La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

jeudi 20 avril 2006

Blogs scientifiques ou pseudo-scientifiques ?

Avec l'explosion des blogs, la science trouve là  un nouveau vecteur de diffusion, de sensibilisation voire de discussion. La communication est plus directe, elle n'est pas soumise à  la loi de l'audimat, elle peut prendre son temps.

Deux chercheurs de l'Université d'Oxford se sont penchés sur le phénomène des blogs scientifiques dans la revue Science. Au-delà  des constatations générales, ils ont aussi voulu évaluer la qualité scientifique de l'information qui y est diffusée. Partant des quelques 400000 blogs relatifs à  l'environnement et la biodiversité, ils ont trouvé 30 blogs qui mentionnent un taux journalier d'extinction des espèces. Alors que le consensus scientifiques s'établit entre 74 et 150 espèces/jour, environ 40% des blogs visités donnent des chiffres supérieurs à  200 espèces/jour, donc faux en l'état actuel des connaissances.

Le monde des blogs est donc très riche mais en ce qui concerne l'information scientifique, il équivaut à  un bouillon où tout se mélange allégrement. Chacun peut prendre la parole, les militants écologiques ne s'en privent pas, et il n'est pas toujours facile de savoir qui écrit et en quelle qualité (le présent blog est symptomatique puisque l'auteur se cache sous un pseudonyme et ne divulgue pas ses qualités).

Il apparaît donc que les blogs scientifiques peuvent être un moyen de communiquer la science, voire "autour de la science" dans le cas des militants, mais que peut-être plus qu'ailleurs, l'esprit critique du lecteur doit s'exercer. Tout n'est pas à  prendre pour argent comptant, et tout n'est pas à  mettre au même niveau. Un moyen simple de se repérer est de vérifier que la source des informations est donnée et éventuellement les qualités de l'auteur (formation, affiliation, expertise...).

dimanche 9 avril 2006

En première ligne de la chikungunya

Lionel Suz, médecin, habite à  l'île de la Réunion et est un blogueur invétéré depuis 2002. De ce fait, dès le 9 octobre 2005 il bloguait sur la chikungunya en rassemblant le maximum d'informations dont il disposait. Depuis, c'est à  un vrai travail de fond qu'il s'est livré et il met à  mal certaines "vérités" qui ont été assénées par les médias, les experts et les hommes politiques. Il a l'humilité de reconnaître que les médecins étaient peu préparées à  cette épidémie mais montre que même un généraliste peu accéder à  des sources d'information de première main (littérature scientifique et médicale) — nos experts et conseillers nationaux n'ont donc aucune excuse...

Parmi les erreurs qu'il dénonce :

Nombre de ses textes ont été repris tels quels par Wikipédia et des portails d'information réunionnais. Enfin, il met également à  disposition un excellent article de synthèse... Après tout ça, vous devriez répondre sans problème à  son quizz chikungunya !

mercredi 5 avril 2006

Pesticides et QI

La revue Minnesota Medicine de mars 2006 publie les résultats préliminaires d'une étude destinée à  mettre en évidence le lien entre l'exposition aux pesticides des enfants d'agriculteurs et leurs QI. Ces premiers résultats se passent des données de dosage de pesticides, qui viendront ultérieurement ; seul a été comparé le QI d'enfants vivant à  proximité ou dans des fermes avec ceux d'autres groupes d'enfants vivant à  plus d'un mile de toute exploitation agricole.

Comme le résume justement le MDRGF :

L'etude montre que les enfants vivants dans ou près des fermes ont en moyenne un Q.I inférieur de 5 à  7 points par rapport aux autres enfants. Selon Tom Petros, Professeur de psychologie, cette différence est significative. Les résultats des dosages effectués chez les enfants seront disponibles prochainement et permettront peut-être de mettre en évidence une relation entre l'exposition à  certains pesticides particuliers et un déficit des capacités cognitives.

Pourtant, ce même MDRGF annonce sur son site : "Aujourd'hui, l'étude qui analyse l'effet des pesticides sur le QI des enfants!"

On voudrait écrire une phrase choc qu'on ne s'y prendrait pas mieux. Or elle est fausse puisque, à  ce stade et en l'absence de données de dosage, l'étude n'analyse pas encore l'effet des pesticides sur le QI mais simplement celui de la vie à  la ferme...

Enfin, corrélation n'est pas cause ; si les données de dosage prouvent par la suite que ces enfants sont effectivement exposés aux pesticides, rien ne dit que c'est la raison de leur baisse de QI mais simplement que les deux mesures sont corrélées. En la présence d'autant de facteurs, il sera ensuite plus difficile de montrer le lien de cause à  effet...

[Mise à  jour 06/04] : Le MDRGF a retiré de son site la phrase incriminée, que l'on peut retrouver quelque temps encore sur l'impitoyable cache de Google...

[Mise à  jour 03/05] : Comme prévu, la phrase incriminée a disparu du cache de Google. Il n'est donc plus possible de la retrouver...