La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

mardi 30 septembre 2008

Première chronique sur les blogs de science sur la Radio suisse romande

Qui a réussi à  faire passer Kate McAlpine sur la Radio suisse romande ? Qui a cité Tom Roud et Dr Goulu à  l'antenne (le temps m'ayant manqué pour citer Pablo et Benjamin Bradu qui sont en lien sur le site de l'émission) ? C'est votre serviteur, dans le cadre d'une chronique consacrée aux blogs dans l'émission "Impatience" de la RSR (1ère chaîne). Chronique qui a toutes les chances de devenir mensuelle : voici déjà  le volume de septembre, les suivants seront à  guetter ici-même ou en s'abonnant au flux de l'émission (RSS de ma chronique uniquement - podcast iTunes de l'émission complète) !

samedi 27 septembre 2008

Soutenance, enfin

Après avoir terminé puis repris les études, me voici sur le point de terminer une seconde fois : mon mémoire de Master "Etudes sociales des sciences et des technologies" a été envoyé aux quatre membres du jury et je m'apprête à  le soutenir mardi prochain. Le sujet de ce travail, je crois, surprendra les lecteurs de ce blog : j'aurais pu me faciliter la tâche et choisir d'étudier les blogs de science, ou les manières de montrer la science en train de se faire, ou toute autre problématique souvent abordée ici-même. Au lieu de ça, il a fallu que mes études d'agronomie me fassent croiser la route des stimulateurs des défenses naturelles des plantes (SDN). Je leur ai consacré un travail bibliographique à  l'Agro, l'occasion de mieux comprendre cette famille originale de pesticides qui aide la plante à  se défendre (on les surnomme aussi "vaccins des plantes"). Mais je voyais bien que je ne pouvais comprendre que 50% des SDN. L'essentiel était invisible pour les yeux… de l'agronome. Il fallait faire œuvre de sociologue pour comprendre ce que travailler sur les SDN veut dire, ce qu'ils doivent déplacer et reconfigurer pour se faire une place au soleil. Bref, les SDN étaient le premier objet "hybdride" (pour reprendre la terminologie de la sociologie des sciences) que je rencontrais pour de vrai.

Du coup, dès que je me suis inscrit en Master, j'ai demandé si l'on était libre de choisir son sujet de mémoire, pour pouvoir le leur consacrer. C'est chose faite, et j'ai cherché à  les accommoder à  la façon de mon autre obsession : Bruno Latour. La soutenance ci-dessous, offerte sous la forme d'un slidecast (c'est-à -dire avec ma douce voix en prime), vous permettra donc de tout savoir (ou presque) sur les SDN avec une approche latourienne. Je ne mets pas mon mémoire en ligne, parce que j'y cite nommément un paquet de chercheurs qui n'ont pas donné leur accord pour voir leurs propos étalés ici. Mais voici déjà  une bonne synthèse et si une version anonymisée devait sortir un jour (pour un article scientifique ?), vous serez les premiers avertis…

mardi 23 septembre 2008

Le zéroïème théorème en histoire des sciences

Le zéroïème théorème, késako ? C'est cette idée selon laquelle une découverte ou une invention qui porte le nom d'une personne n'est jamais due à  cette personne. Le nombre d'Avogadro ? Il a été déterminé en premier par Loschmidt en 1865. La comète de Halley ? Elle était connue un siècle avant que Halley remarque son apparition régulière. Le paradoxe d'Olbers ? Il avait été discuté par Halley et Cheseaux un siècle auparavant et par Kepler deux siècles auparavant.

J. D. Jackson a publié le mois dernier dans l'American Journal of Physics quelques autres exemples empruntés à  la physique où le zéroïème théorème se vérifie (via Nautilus). Mais il raconte aussi cette histoire hilarante : en mathématiques, ce théorème est connu sous le nom de principe d'Arnold, d'après V. I. Arnold. Ce nom lui a été attribué par Michael V. Berry, formalisant ainsi le travail d'Arnold qui avait cherché à  rendre aux mathématiciens russes ce qui leur appartient et à  corriger certains attributions erronées. Mais ces mathématiciens ne peuvant s'empêcher d'être logiques et auto-référentiels jusqu'au bout, Berry proposa aussi la loi de Berry selon laquelle on ne découvre jamais rien pour la première fois.

Par conséquent, le zéroïème théorème vérifie parfaitement la loi de Barry puisqu'il a été proposé par l'historien des sciences Ernst Peter Fischer en 2006, dans un article intitulé "Fremde Federn. Im Gegenteil" publié dans le journal allemand Die Welt. Mais il ne vérifie par le principe d'Arnold, selon lequel il aurait dû s'appeller "théorème de Fischer".

En fait, le nom du théorème est une allusion à  la Symphonie n° 0 en ré mineur d'Anton Bruckner : cette oeuvre de jeunesse, composée en 1869, est en fait la troisième symphonie du compositeur mais il ne l'avait pas numérotée, d'où le numéro 0 qu'on lui attribua après sa mort. Elle s'appelle Die Nullte en allemand, The Zeroth en anglais et Zéroïème en français... d'où ma traduction.

En tous cas, si vous avez d'autres exemples historiques vérifiant le zéroïème théorème... les commentaires vous sont ouverts !

vendredi 19 septembre 2008

Compte-rendu du World Knowledge Dialogue Symposium

Les affaires urgentes expédiées, voici enfin le compte-rendu de ce symposium à  Crans-Montana (Suisse). Même si mes lecteurs suisses ont pu déjà  en entendre un avant-goût dans l'émission "Impatience", sur la 1ère :

Concrètement, ce fut un colloque très riche, grâce à  la diversité des participants (et pas que des intervenants, j'y reviendrai) et de la magnifique ambiance qui a régné au sein du groupe des étudiants et a permis des rencontres inédites. C'est pas tous les jours que l'on rencontre un panel de jeunes d'horizons divers (psychologie, sociologie, graphisme, robotique, neurosciences, bioéthique, ingénierie…) extrêmement curieux et intelligents. Si si, je tenais à  le dire !

L'objectif principal du symposium était de mettre en pratique les acquis de la première édition en 2006, c'est-à -dire de faire dialoguer les savoirs (sciences naturelles et humanités) autour de deux thèmes principaux : comportement coordonné, altruisme et conflit / intelligence collective en réseau et savoir individuel. La forme du symposium était pensée pour réfléchir à  la fois aux conditions de ce dialogue (première et dernière journées) et le mettre en œuvre (deux journées du milieu). Je ne reviendrai pas sur la méta-réflexion, qui est souvent trop abstraite à  mon goût, mais soulignerai la pertinence du choix des présentateurs qui sont intervenus sur l'un des deux thèmes. Celui sur le comportement, par exemple, a démarré avec une très bonne présentation de Raghavendra Gadagkar sur la coopération chez les insectes sociaux (vidéo - liveblog), suivie d'une encore meilleure présentation de Frans de Waal sur l'empathie et le sentiment de justice chez les primates (vidéo - liveblog) et suivie d'une intéressante présentation de Karen Cook sur la confiance et la coopération dans les relations sociales (vidéo - liveblog). Après la pause, l'ancien Haut commissaire aux réfugiés des Nations unies Jean-Pierre Hocké est venu présenter des problèmes concrets (vidéo - liveblog) et a voulu amorcer un dialogue avec les trois scientifiques du panel. L'enchaînement des présentations et leur gradation, de l'insecte aux conflits humains, sont absolument exemplaires et représentatifs du travail qui a été fourni pour réunir les meilleurs conférenciers sur chaque sujet.

Le dialogue attendu, malheureusement, n'a pas eu lieu, probablement parce que chaque scientifique s'est replié sur sa discipline et sa micro-compétence lorsque Jean-Pierre Hocké a appelé à  l'aide. Certes, il faut être humble, comme l'ont répété à  plusieurs reprises les scientifiques intervenants. Mais ne faut-il pas essayer d'ouvrir des portes et de voir comment rassembler les compétences peut apporter quelques solutions à  des problèmes concrets ?

D'autres occasions de dialogue ont été manquées, trop nombreuses à  mon goût. Lorsque la philosophe Gloria Origgi a posé une question au biologiste Edward Wilson sur l'historicité des concepts qu'il manipule, comme l'altruisme (introduit par Auguste Comte dans son Catéchisme positiviste), celui-ci a répondu complètement à  côté. Certes, il n'avait probablement pas de réponse et c'est sans doute une question qu'il n'a jamais considérée. Mais l'espace était justement ouvert pour que la discussion s'engage… Dommage !

 World Knowledge Dialogue 2008

Quelques difficultés ont également émergé. Faut-il parler de trans-, inter- ou pluri-disciplinarité ? Pour le philosophe Paul Boghossian, cela ne fait aucun doute : nous sommes à  l'ère de la pluri-disciplinarité, c'est-à -dire de l'échange entre disciplines qui ont des choses à  se dire, plutôt que dans celle de la trans-disciplinarité qui cherche à  abattre les murs des disciplines ou celle de l'inter-disciplinarité qui suppose quelques électrons libres naviguant à  leur gré entre plusieurs champs auxquels ils n'appartiennent pas vraiment. Autre question : le dialogue des savois vise-t-il de nouvelles avancées théoriques ou à  résoudre des problèmes pratiques ? Si la première réponse est la bonne, il faut se méfier du mélange des genres : Paul Boghossian, réagissant notamment à  plusieurs remarques de Wilson, a particulièrement insisté sur le fait qu'avoir une explication évolutive au fait que l'homme croit que 1+1=2 n'équivaut pas à  l'explication de cette égalité.

Bref, cette difficulté du dialogue me fait dire que Marie-Claude Roland a décidément raison :

Le discours scientifique s'est accommodé d'un "prêt-à -écrire" qui a peu à  peu fourni aux chercheurs un ersatz, sous forme de "prêt-à -penser", les privant du goût d'argumenter, de débattre et de s'engager dans des controverses. (…) ce sont des générations entières de jeunes chercheurs qui en font les frais: les compétences qu'on attend d'eux – esprit critique, capacité à  formuler et manier des concepts, à  défendre ses idées et à  se relier à  la société –, sont en effet très difficiles à  acquérir et à  développer dans l'environnement de recherche actuel.

Teaser : prochainement si tout va bien, quelques réflexions sur les anciens prix Nobel...

dimanche 14 septembre 2008

Des nouvelles de la discipline

Quelle est l'actualité de la sociologie des sciences ? En août, à  Rotterdam, se tenait le congrès annuel 4S-EASST (Society for the Social Studies of Science et European Association for the Study of Science and Technology). Le programme est habituellement très chargé, avec une assistance venue du monde entier (et de plus en plus d'Asie de l'est), et c'est souvent l'occasion pour les doctorants de se faire voir un peu. Cette année, un blog a été tenu par un participant, pour nous faire vivre le congrès de l'intérieur. Extrait :

J'ai démarré aujourd'hui par une session consacrée aux réseaux, et j'ai été frappé par la manière dont les gens visualisent les réseaux et topologies de l'innovation technologique, essayant d'apporter du concret aux mondes de la théorie de l'acteur-réseau [celle de Latour et Callon] et de la théorie de l'activité. Le côté pervasif des réseaux et de leurs images s'étend à  la recherche elle-même, ou au moins à  des vues nouvelles sur l'action des gènes comme l'a décrit Christophe Bonneuil dans un article.

Puis il rend compte de discussions sur le rôle de l'imaginaire dans le développement technologique, une session sur le thème "Développement et matérialité" avec une étude comparative Argentine/Chine et une autre session sur la recherche pharmaceutique. Une des tendances qu'il a observées cette année est la fécondité des échanges entre sociologie des sciences et études sur le développement, autour de thèmes communs comme l'expertise, la participation, la responsabilité, les processus d'inclusion ou d'exclusion lors de prises de décision. Les études sur le développement ont probablement apprendre de l'approche critique de l'expertise fournie par la sociologie des sciences, tandis que cette dernière peut s'inspirer des scientifiques dissidents des études sur le développement et leur habitude de saisir des controverses de grande ampleur (pesticides, barrages, sols, désertification etc.).

L'autre thème qui l'a marqué est celui de l'imaginaire, la manière dont les attentes et visions du futur sont crées et entretenues, et comment elles façonnent les perceptions publiques des utopies ou dystopies à  venir, fondées dans les peurs et espoirs présents. Ainsi, générer et entretenir le juste niveau d'attentes (permettant de créer des visions crédibles du futur et de soutirer des financements) tout en ne risquant pas de faillir à  ses engagements, est un art en soi !

Enfin, le blogueur ("Dom") n'hésite pas à  rendre compte de ce qui fait le sel des congrès, y compris la manière dont sont habillés les participants (description plutôt flatteuse pour la discipline d'ailleurs !).

Au même moment que ces sociologues se rassemblaient, un article paraissait dans EMBO Reports pour prendre du recul sur une profession très proche, à  l'intersection entre science et société (via Nautilus). Les auteurs de l'Université de Maastricht reviennent sur les études des aspects éthiques, légaux et sociaux des développements scientifiques et technologiques (ELSA), qui tente selon eux de réussir là  où l'histoire des sciences a échoué : réconcilier la science avec la société, et les sciences naturelles avec les SHS. Cette mission que l'histoire des sciences s'était assignée après-guerre, E. J. Dijksterhuis l'avait énoncée en 1953 en reprenant la fameuse image de l'océan séparant les deux cultures selon C. P. Snow :

Le détroit qui nous sépare est très large. [Par contre], vous trouverez en amont un ferry qui peut vous faire traverser. Ce ferry est nommé histoire des sciences et je serai un homme heureux si vous acceptez que je sois votre capitaine.

Dans leur article, les auteurs font valoir que le ferry moderne des ELSA est une entreprise collective, qui a besoin de ses articles, revues, cours, laboratoires, institutions. Sauf que souvent, en prétendant créer une passerelle et se faire médiateur, on augmente que plus la distance qui sépare deux rives. Ils ont donc interrogé huit chercheurs parties prenantes de programmes ELSA, qui reflètent bien la difficulté de situer ce courant : pour certains c'est un assemblage lâche, auquel chaque chercheur contribue sans changer profondément son appartenance disciplinaire, les biologistes et philosophes ou sociologues se côtoyant ponctuellement pour écrire un article ou participer à  un congrès. Est cité en exemple le programme de recherche en éthique, droit et sociologie qui accompagnait le projet de séquençage du génome humain — une expérience qui est apparemment considérée comme un échec. Pour d'autres, il faut au contraire fusionner les horizons de chaque spécialiste et les faire réellement dialoguer afin que l'entreprise fonctionne : il s'agit de dépasser l'océan entre les deux cultures plutôt que de le réduire, par exemple en créant des modules "Biologie et société" dans les formations de biologie ou en conditionnant le financement de programmes de recherche en génomique à  l'existence d'un volet "science dans la société".

En tous cas, en vue des débats brûlants d'actualité scientifique et de la priorité politique qui lui est accordée, le champ ELSA a toutes les armes en main pour réussir là  où l'histoire des sciences a échoué ! Il a déjà  ses revues, ses institutions et forums, ses financements, ce qui en fait un champ professionnel bien établi… et toujours ravi d'accueillir de nouveaux membres !

mardi 9 septembre 2008

En route pour la Suisse et le World Knowledge Dialogue Symposium !

J'ai l'honneur, après avoir candidaté en tant qu'étudiant de Master, d'être invité au World Knowledge Dialogue Symposium 2008 qui se tient dans les montagnes suisses de mercredi après-midi à  samedi matin. Cet événement biannuel réunit tous le gratin de la matière grise mondiale, avec cette année Edward O. Wilson (le père du concept de biodiversité mais aussi de la sociobiologie), l'éthologue Frans de Waal, le neurobiologiste Jean-Pierre Changeux, le prix Nobel de chimie Richard R. Ernst et les prix Nobel de physiologie-médecine John Sulston et Christiane N-usslein-Volhard. Kofi Annan avait été annoncé mais ne figure plus au programme, snifff. Heureusement, il reste mes petits chouchous à  moi (s'ils m'autorisent cette familiarité) : Joël de Rosnay, dont les livres m'ont accompagné toute ma jeunesse, et Florence Devouard, ingénieur agronome et ancienne présidente du conseil d'administration de la Fondation Wikimedia.

Ce "Davos de la science" (l'expression est de moi) s'organise cette année autour de deux thèmes interdisciplinaires :

  • intelligence collective en réseau et savoir individuel : convergences et divergences
  • comportement coordonné, altruisme et conflit : du comportement animal à  l'économie et la prévention de la violence.

Comme il m'est demandé de travailler et participer activement au forum, je ne garantis pas de live-blogging, auquel cas je ferai un compte-rendu circonstancié plus tard. Sinon, c'est à  suivre ci-dessous. Je me dois aussi de vous prévenir : j'ai une prévention naturelle contre ce genre d'évenements où l'on croit résoudre les problèmes du monde en deux coups de cuillère à  pot et autour de quelques petits fours, donc le défi pour eux sera de me faire revenir enthousiaste (mais il est prévu du Steve Reich et John Cage au concert de gala, je devrai au moins aller mieux après ça !).

P.S. : Certaines conférences sont ouvertes au public, pour ceux qui n'habitent pas loin de Crans-Montana.

 

dimanche 7 septembre 2008

Why blog?

Voilà  une chaîne qui est partie avec un titre en anglais, je range donc mon franco-activisme dans un placard pour vous donner les raisons pour lesquelles je blogue, à  la demande du Doc'. Mais d'abord, quelques éléments de contexte : l'idée de demander à  des chercheurs blogueurs pourquoi ils tiennent un blog est venue de l'exemple de ScienceBlogs.com, sur une suggestion de l'ami Livio. Je compte compiler les arguments des uns et des autres sur mon wiki, et me livrer éventuellement à  une comparaison transatlantique après coup.

  1. Mon premier blog était motivé par l'envie de parler de ce que j'aime et ce qui me plaît, afin d'avoir un espace qui me ressemble et offrir un contenu que j'espérais intéressant à  des âmes-sœurs surfant sur le Net. Je crois que cette motivation existe encore, et qu'il y a des personnes qui aiment connaître les dernières controverses autour du facteur d'impact ou l'actualité de la sociologie des sciences. Ce faisant, j'espère augmenter positivement la masse d'information disponible et faire du Web un espace toujours plus riche et intéressant.
  2. Je blogue aussi pour acérer mon esprit, pour la gymnastique intellectuelle que cela représente : se tenir au courant, aller chercher l'angle inédit, se forcer à  écrire régulièrement. Bon, il faut dire aussi que j'ai une prédisposition à  la masturbation intellectuelle (mais les blogueurs scientifiques doivent tous l'avoir) et que j'adore lire et aller voir ailleurs ce qui se fait (c'est pour cela que je me suis lancé dans un Master de sociologie des sciences après mon diplôme d'ingénieur en sciences dures).
  3. En bloguant, je m'efforce aussi de conserver une trace de ce travail. Il est disponible à  toute heure en ligne, et me permet de revenir sur des sujets que je n'ai pas approfondis depuis un certain temps (en effet, je fonctionne beaucoup par vagues monomaniaques). De la même façon, le live blogging des conférences a replacé chez moi la prise de notes dans un cahier : c'est plus durable et profite à  d'autres.
  4. Je blogue pour être visible, exister, me faire voir. Comme l'expliquait Ben Goldacre dans sa présentation à  la conférence "Science Blogging 2008" : Andy Warhol promettait 15 minutes de célébrité dans tout sa vie, les blogs nous offrent d'être célèbre pour 15 personnes (c'est le concept de micro fame). Voilà  une idée qui me plaît, même si j'espère toucher plus de personnes que cela.

Les blogueurs à  qui je passe le relais (et qu'ils n'oublient pas de laisser un commentaire chez Tom Roud une fois qu'ils ont repris la chaîne) — il n'est pas obligatoire d'être chercheur, c'est juste moi qui en profite pour récolter des données :

mercredi 3 septembre 2008

Lecture estivale : Bill Bryson

Voici un livre qui m'a longtemps fait de l'œil sur les étagères des librairies anglophones (la traduction en français n'étant sortie qu'il y a un an, chez Payot, après quatre années d'attente) : Une histoire de tout ou presque. Et je ne m'y suis pas trompé, non plus que ses millions de lecteurs avant moi, y compris Boulet qui en parlait il y a quelques jours : Bill Bryson raconte avec délectation une histoire (courte) de presque tout, de l'atome à  la galaxie en passant par la Terre et ses habitants. Surtout, dans toutes ces histoires qui pourraient paraître réchauffées à  un lecteur scientifique, Bryson insuffle de la magie et de la passion. Je crois n'avoir jamais senti d'aussi près l'insaisissable absolu du big bang ou l'irréelle magie des dinosaures, dont on arrive à  reconstituer la morphologie et l'habitat à  partir de quelques morceaux d'os.

Mais Bryson s'intéresse également aux vies aventureuses des grands savants, ceux de la révolution scientifique comme ceux dont l'Histoire a à  peine retenu le nom et qui font le régal du lecteur. Je pense au discret chimiste suédois Karl Scheele, à  l'autodidacte James Croll qui fournit la première explication aux âges glaciaires, digne du film "Will Hunting", au malchanceux Gideon Mantell à  qui l'on doit la première description d'un dinosaure, à  l'insupportable Richard Owen, fameux anatomiste, paléontologue et fondateur du Musée d'histoire naturelle de Londres, qui fit honte au savoir-vivre britannique ou à  l'original James Hutton, le fondateur de la géologie dont personne n'a lu les livres tellement ils sont illisibles. J'ai aussi appris les dessous de la décapitation de Lavoisier pendant la Révolution française, savoureux !

L'auteur n'hésite pas non plus, et c'est tant mieux, à  donner toute leur place aux questions qui restent sans réponse, lesquelles nous apprennent sans doute plus sur la science et son fonctionnement que ses victoires.

Au fil des 500 pages, il tresse bien une histoire de presque tout, passant avec maestria d'un personnage à  un autre et de la géologie à  la chimie, sans jamais donner l'impression que c'est artificiel. L'auteur nous gratifie également de quelques citations hilarantes, comme cette réponse d'Enrico Fermi à  un étudiant qui lui demandait le nom d'une particule (muon, méson, boson, baryon, tachyon… ?) : "Jeune homme, si je pouvais me souvenir du nom de ces particules, je serais devenu botaniste." Ou cette remarque d'un collègue à  qui on annonçait que le physicien Rutherford, connu pour sa voix de stentor, allait participer à  une émission de radio transatlantique : "Pourquoi utiliser la radio ?"

Bill Bryson avoue avoir passé trois ans sur ce livre, sur les entretiens avec quelques autorités scientifiques triées sur le volet ainsi que sur sa documentation (on retiendra d'ailleurs l'astucieuse façon de citer ses sources, qui n'entrave en rien la lecture) : on sent tout ce travail mais la mission est plus que remplie ! Un petit bémol toutefois, l'américano-centrisme avec l'attribution de la découverte de Lucy à  Donal Johanson uniquement (même si la littérature francophone tombe dans le travers opposé en l'oubliant souvent au profit d'Yves Coppens) et la profusion d'exemples comme le parc national de Yellowstone ou le cratère de Manson dans l'Iowa.

J'avais prévu de mettre ce livre en parallèle avec La Science du Disque-monde, autre ouvrage de vulgarisation au parti pris très différent. Le temps m'a malheureusement manqué pour cumuler les lectures (la faute au jeu "Soul Bubbles" sur DS ?), mais promis, j'en parle sur ce blog dès que c'est fait !