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  <title>La science, la cité</title>
  <description><![CDATA[Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro]]></description>
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<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2012/05/11/459-sciences-citoyennes-participatives-co">
  <title>Sciences citoyennes, participatives &amp; co</title>
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  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Aujourd'hui même se déroule à l'Institut des Amériques une journée d'étude sur les sciences participatives. Malheureusement je n'y serai pas, mais cela me fournit l'occasion de revenir sur ces notions à la mode, mais pas encore totalement figées, ce qui les rend extrêmement intéressantes.


On...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p>Aujourd'hui même se déroule à l'Institut des Amériques une <a href="http://www.iheal.univ-paris3.fr/spip.php?article3476">journée d'étude sur les sciences participatives</a>. Malheureusement je n'y serai pas, mais cela me fournit l'occasion de revenir sur ces notions à la mode, mais pas encore totalement figées, ce qui les rend extrêmement intéressantes.</p>


<p>On connaît le principe général des initiatives de sciences citoyennes ou participatives&nbsp;: ré-impliquer l'amateur dans la recherche scientifique, ré-enchanter la science en train de se faire en l'ouvrant à tous, donner un sens "citoyen" aux projets de recherche. Cela peut prendre de multiples formes, de la <a href="http://www.criirad.org/">vigilance citoyenne des associations d'étude de la radioactivité</a> aux <a href="http://vigienature.mnhn.fr/">observatoires de la nature et des jardins</a>, en passant par <a href="http://fold.it/">les "jeux sérieux" invitant les internautes à replier des protéines</a>, les <a href="http://boutiquedessciences.free.fr">"boutiques de science" recueillant des besoins citoyens en recherche</a> et les <a href="http://www.iledefrance.fr/recherche-innovation/dialogue-science-societe/partenariats-institutions-citoyens-picri/">recherches menées en concertation avec des parties prenantes</a>. Ces initiatives qui prennent de multiples formes sont malheureusement souvent un peu vite confondues les unes avec les autres, et traitées sans discernement.</p>


<p>Mon but dans cet article est d'avancer une typologie, ou au moins quelques critères distinctifs. Florian Chavolin constate<sup>[<a href="#pnote-459-1" id="rev-pnote-459-1">1</a>]</sup> que ces initiatives articulent deux éléments antinomiques&nbsp;: "académique et profane", et "scientifique et socio-politique". C'est à ces couples qu'il faut porter notre attention. En premier lieu l'implication du profane dans un monde académique <em>a priori</em> fermé&nbsp;: c'est une spécificité de ces projets. Néanmoins, on peut distinguer différents niveaux d'implication&nbsp;:</p>
<ul>
<li>la <strong>contribution</strong>, qui consiste à mettre à disposition la puissance de calcul de son ordinateur ou à générer des données au cours d'activités autres que scientifiques, qui seront réutilisées ensuite par les chercheurs</li>
<li>la <strong>participation</strong>, qui consiste à "donner de sa personne" pour participer à une expérience, faire du recueil de données, s'engager dans un protocole&#8230;</li>
</ul>

<p>Comme exemples de contribution, je citerais par exemple <a href="http://www.google.org/flutrends/">Google Flu Trends</a> qui utilise les historiques de recherche Google des internautes du monde entier pour déterminer l'évolution des épidémies de grippe, ou le programme <a href="http://setiathome.berkeley.edu/">SETI@Home</a> qui utilise la puissance de calcul non utilisée d'ordinateurs de particuliers pour décrypter des signaux de l'espace à la recherche d'extra-terrestres. Comme exemples de participation, je citerais le jeu <a href="http://fold.it/">Fold.it</a> ou l'<a href="http://vigienature.mnhn.fr/observatoire-des-oiseaux-des-jardins">Observatoire des oiseaux des jardins</a>.</p>


<p>La seconde dimension d'analyse concerne l'articulation entre le scientifique et le socio-politique. Ce n'est sûrement pas la même chose de convoquer des citoyens à participer à une "<strong>recherche normale</strong>" que de les impliquer dans une "<strong>recherche transformative</strong>" (pour reprendre le terme de Conrad et Hilchey<sup>[<a href="#pnote-459-2" id="rev-pnote-459-2">2</a>]</sup>). Le terme de "science citoyenne" devrait à mon sens être réservé à la seconde acception, c'est-à-dire aux recherches qui explorent un agenda socio-politique alternatif&nbsp;: développer l'agriculture biologique, donner la parole aux malades, bref répondre à une demande sociale orpheline. Le <a href="http://www.iledefrance.fr/recherche-innovation/dialogue-science-societe/partenariats-institutions-citoyens-picri/">programme PICRI</a> et ses équivalents <a href="http://www.sshrc-crsh.gc.ca/funding-financement/programs-programmes/cura-aruc-fra.aspx">québecois</a> et <a href="http://www.bretagne.fr/internet/jcms/preprod_55964/asosc-appropriation-sociale-des-sciences">bretons</a>, ainsi que les boutiques de science, sont les symboles de cette approche. C'est sans doute là que réside le challenge majeur de la science participative, car il est plus difficile d'impliquer les citoyens à tous les niveaux d'une recherche que seulement au niveau de la production, et les questions sociales forcent la science à sortir de son traitement des problèmes "par discipline et par réduction". Je vous renvoie pour cela à la <a href="http://www.programme-repere.fr/biblio/">base de données bibliographique du programme REPERE</a> (Réseau d'échanges et de projets sur le pilotage de la recherche et l'expertise) et à la <a href="http://www.programme-repere.fr/wp-content/uploads/Synthese_bibliographique_REPERE_avec_resume_executif.pdf">synthèse bibliographique</a> à laquelle j'ai contribué.</p>


<p>Il y aurait probablement d'autres dimensions de la science citoyenne à analyser pour mieux cartographier ce territoire en mouvement&#8230; lesquelles voyez-vous&nbsp;?</p>


<p>Enfin, j'aimerais rebondir sur une remarque d'Yves Gingras <a href="http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-emission-exceptionnelle-a-montreal-science-et-democratie">au micro de France inter</a>. Lui estime qu'il n'y a pas de science citoyenne mais seulement une science vraie ou fausse. Il récuse donc l'usage d'épithètes pour qualifier la science. Ce avec quoi je ne suis pas d'accord&nbsp;: heureusement que la science peut être belle, enthousiasmante, dépaysante, voire déprimante, ennuyeuse, racoleuse&#8230;</p>


<p>Pour aller plus loin&nbsp;:</p>
<ul>
<li>Célya Gruson-Daniel, "Citizen Science&nbsp;: rencontre entre la science et les citoyens" <a href="http://blog.mysciencework.com/2012/03/01/citizen-science-rencontre-entre-la-science-et-les-citoyens.html">sur le blog MySciencework</a>, 1er mars 2012</li>
<li>Mélodie Faury, "Recherches participatives&nbsp;: petit tour d&#8217;horizon" <a href="http://infusoir.hypotheses.org/2683">sur le blog Infusoir</a>, 15 mars 2012</li>
</ul>
<div class="footnotes"><h4>Notes</h4>
<p>[<a href="#rev-pnote-459-1" id="pnote-459-1">1</a>] Florian Charvolin, "Le défi des sciences à amateurs pour penser l'anthropologie des connaissances", in Joëlle Le Marec (dir.), <em>Les études de sciences. Pour une réflexivité institutionnelle</em>, Archives contemporaines, 2010</p>
<p>[<a href="#rev-pnote-459-2" id="pnote-459-2">2</a>] Cathy C. Conrad et Krista G. Hichley, "A review of citizen science and community-based environmental monitoring: issues and opportunities", <em>Environ Monit Assess</em>, 2011, vol. 176, pp. 273–291</p></div>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2012/03/10/458-hommage-a-moebius">
  <title>Hommage à Moebius</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2012/03/10/458-hommage-a-moebius</link>
  <dc:date>2012-03-10T18:49:50+01:00</dc:date>
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  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>À l'occasion du décès de Jean Giraud, alias Mœbius, je republie ce billet de janvier 2011 qui revenait sur ses rapports avec la science et la vulgarisation. Mœbius a fait rêver de nombreux enfants et adultes, qui se sentent tous un peu orphelins ce soir ! Jean, au revoir et surtout merci :-)</description>
  <content:encoded><![CDATA[À l'occasion du décès de Jean Giraud, alias Mœbius, je republie ce billet de janvier 2011 qui revenait sur ses rapports avec la science et la vulgarisation. Mœbius a fait rêver de nombreux enfants et adultes, qui se sentent tous un peu orphelins ce soir ! Jean, au revoir et surtout merci :-) <p>L'artiste génial Mœbius (alias Jean Giraud) expose en ce moment et jusqu'au 13 mars 2011 à la <a href="http://fondation.cartier.com/">Fondation Cartier pour l'art contemporain</a> (Paris). Je n'ai pas vu l'exposition, intitulée "Mœbius-Transe-Forme", mais on m'a offert son catalogue (aux éditions Actes Sud) qui est superbe à tous points de vue ! Une douzaine de pages sont signées <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Cassé">Michel Cassé</a>, directeur de recherche au CEA et chercheur associé à l'Institut d'astrophysique de Paris. En prélude à un entretien avec Mœbius, Michel Cassé avance qu'en matière d'ésotérisme, "la science contemporaine ne craint personne (…) comme en témoigne cette livraison de juin 2010 d'<a href="http://fr.arxiv.org/">arXiv</a>, le serveur internet de la physique de pointe, section 'Relativité générale et cosmologie quantique'" :</p>
<blockquote><p>Title: <em><strong>Brans-Dicke Wormhole Revisited -- II</strong></em><br />
Authors: Ramil Izmailov, Amrita Bhattacharya and Kamal K. Nandi</p>

<p>Title: <strong><em>Dirac's scalar field as dark energy within the frameworks of conformal theory of gravitation in Weyl-Cartan space</em></strong><br />
Authors: Olga V. Babourova, Boris N. Frolov and Roman S. Kostkin</p>

<p>Title: <strong><em>cuInspiral: prototype gravitational waves detection pipeline fully coded on GPU using CUDA</em></strong><br />
Authors: Leone B. Bosi</p>

<p>Title: <strong><em>Unusual Thermodynamics on the Fuzzy 2-Sphere</em></strong><br />
Authors: Sanatan Digal, Pramod Padmanabhan</p>

<p>Title: <em><strong>Effects of inhomogeneities on apparent cosmological observables: "fake'' evolving dark energy</strong></em><br />
Authors: Antonio Enea Romano, Misao Sasaki, Alexei A. Starobinsky</p>

<p>Title: <em><strong>Quantization of horizon areas of the Kerr black hole</strong></em><br />
Authors: Yongjoon Kwon, Soonkeon Nam</p>

<p>Title: <em><strong>Cascading Gravity is Ghost Free</strong></em><br />
Authors: Claudia de Rham, Justin Khoury, Andrew J. Tolley</p></blockquote>
<p>C'est vrai qu'il y a de l'exotisme dans cet inventaire à la Prévert. Quand les physiciens reçoivent chaque matin dans leur boîte mail la liste des nouvelles publications de leur domaine recensées par arXiv, nul doute qu'ils y voient autre chose. Le Dictionnaire de l'Académie <a href="http://www.cnrtl.fr/definition/academie8/ésotérisme">définit l'ésotérisme</a> comme une "doctrine professée à l'intérieur de l'École et réservée à un certain nombre d'adeptes". Les physiciens sont peut-être des adeptes, et leurs "élucubrations" nous sont inaccessibles comme les théories des alchimistes étaient dites "<a href="http://www.cnrtl.fr/definition/academie8/hermétique">hermétiques</a>"… Mœbius le dit à sa façon :</p>
<blockquote>C'est quand même un langage et une description qui ne peuvent être perçus que si on a été initié aux mathématiques à un haut niveau. C'est une cosmologie mathématique, numérique. Ça me rappelle un peu l'Égypte ancienne où il y avait plusieurs façons de décrypter le langage : celle des prêtres, celle des politiques et celle du peuple. C'est le même alphabet mais qui coexistait en trois langues. Ceux qui étaient au-dessus pouvaient comprendre les deux autres, mais ceux du bas ne pouvaient pas comprendre ceux du dessus…</blockquote>
<p>Peut-on, néanmoins, rendre accessibles ces savoirs ? Vaste question, qui agite les neurones de tous les penseurs de la vulgarisation depuis de nombreux siècles. À défaut, on peut aussi les rendre sensibles, les amener à un autre niveau de matérialité ou de pensée qui soit partageable. Michel Cassé avance que les illustrations et les bande-dessinées de Mœbius sont de cet ordre-là :</p>
<blockquote>Généreux, surabondant est le vide quantique, il est si peuplé de particules virtuelles qu'on s'étonne d'y voir à travers. Qui chantera les métamorphoses de ce haut vide, sinon Mœbius, réserve d'espace, généreux comme le temps ?</blockquote>
<p>Ou encore :</p>
<blockquote>La mécanique quantique est la mécanique de l'incertitude, de la déviation, de la transgression, celle de Mœbius,  par excellence.</blockquote>
<p>Tout ceci est fort intéressant, surtout rehaussé des œuvres du sieur Giraud. Malheureusement, l'argumentation de Michel Cassé est souvent très absconse, succombant à son tour à un ésotérisme post-moderne qui tombe à plat. Mœbius me paraît plus raisonnable et intéressant à la fois (il parle d'expérience) :</p>
<blockquote>Au-delà de l'aspect utilitaire [raconter des histoires], je me pose les questions, mais je manque d'outils pour aller jusqu'au bout de la réflexion. Ce qui est formidable quand je te rencontre et que je rencontre le monde de la physique, c'est que je m'aperçois qu'il y a des similitudes et des rencontres avec mon intuition, ma dérive poétique…</blockquote>
<p>Comment ne pas penser, à cette lecture, aux brèves rencontres <a href="http://www.cognition.ens.fr/traces/images/downloads/dp_science_pas%20_art.pdf">que nous vante Jean-Marc Lévy Leblond</a>, "où telle œuvre d’art entre en résonance momentanée avec tel travail de science, sans pour autant que se confondent les cheminements de l’artiste et du scientifique" ?</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2012/01/09/457-stephen-hawking-ou-les-trois-corps-du-roi">
  <title>Stephen Hawking ou les trois corps du roi</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2012/01/09/457-stephen-hawking-ou-les-trois-corps-du-roi</link>
  <dc:date>2012-01-09T23:20:48+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Hier, le fameux physicien Stephen Hawking — directeur de la recherche au Centre de cosmologie théorique de l'université de Cambridge, CH, CBE, FRS, FRSA — fêtait ses 70 ans. L'homme a déjà été honoré par la série Simpson, souvenons-nous :



A mon tour de lui dédier un billet...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p>Hier, le fameux physicien Stephen Hawking &#8212; directeur de la recherche au Centre de cosmologie théorique de l'université de Cambridge, CH, CBE, FRS, FRSA &#8212; fêtait ses 70 ans. L'homme a déjà été honoré par la série <em>Simpson</em>, souvenons-nous&nbsp;:</p>

<p class="center"><iframe width="420" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/6nrWc4M2IwI" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>

<p>A mon tour de lui dédier un billet inspiré par une réflexion lue il y a quelque temps chez Michael M. J. Fischer<sup>[<a href="#pnote-457-1" id="rev-pnote-457-1">1</a>]</sup> et tirée d'<a href="http://stsc.berkeley.edu/content/hélène-mialet" hreflang="en">Hélène Mialet</a>. Elle voit trois corps chez Hawking&nbsp;:</p>
<ol>
 <li>le corps fragile atteint de sclérose latérale amyotrophique (ou maladie de Charcot), une maladie neurodégénérative qui provoque une atrophie et un tremblement des muscles, sans affecter l'esprit, la personnalité, la mémoire, les sens, la vue&#8230; Une pneumonie contractée lors d'une visite au CERN en 1985 l'a forcé à subir une trachéotomie, qui a encore retiré à Hawking le peu de voix qui lui restait. Ce corps biologique est désormais "cyborg" dans le sens où il est pourvu d'un <a href="http://www.hawking.org.uk/the-computer.html" hreflang="en">appareillage informatique</a> qui lui permet de s'exprimer grâce à une voix de synthèse</li>
 <li>le corps "distribué", fait de l'intelligence et de l'attention du personnel qui s'occupe de lui ou de sa machine, et des étudiants qui font les calculs que lui ne peut plus exécuter</li>
 <li>le corps "sacré", le corpus scientifique magistral construit depuis 40 années par Hawking et qu'il laissera derrière lui.</li>
</ol>

<p>Les historiens utilisent l'expression des "deux corps du roi" pour exprimer le fait qu'à la mort du monarque français, son corps physique est enterré mais son corps mystique, celui qui incarne la souveraineté de la monarchie, est transmis à son successeur&nbsp;: <q>le roi est mort, vive le roi !</q>. On pourrait dire la même chose du troisième, voire du deuxième corps d'Hawking, qui survivront à sa mort.</p>


<p>Mais la question la plus intéressante, celle qui intéresse en tous cas les anthropologues et sociologues du corps, consiste à se demander en quoi chaque corps marque l'autre. A ces questions, on a des rudiments de réponse donnés par le maître lui-même&nbsp;: <a href="http://dht.revues.org/419#ftn50" hreflang="fr">le fait de prendre beaucoup de temps pour se mettre au lit</a> lui a donné l'occasion de réfléchir aux trous noirs&nbsp;; <a href="http://dht.revues.org/419#ftn55" hreflang="fr">il évite les calculs fastidieux en développant ses intuitions</a> et en prenant des raccourcis&nbsp;; <a href="http://dht.revues.org/419#ftn57" hreflang="fr">il a choisi la cosmologie car c'est une discipline qui n'exige pas que l'on donne de cours magistraux</a>, un des rares domaines dans lesquels son incapacité de parler n'était pas un sérieux handicap et où la compétition était encore peu ardue. Mais il suffit d'obtenir un entretien avec lui, comme Hélène Mialet, pour s'apercevoir que <q>parler avec Stephen Hawking c&#8217;est parler avec l&#8217;ordinateur qui donnera une version stéréotypée de sa vie</q> : <q>des bouts entiers de son histoire [il faudrait dire "de sa légende"] sont maintenant rédigés dans son ordinateur, les réponses attendent toutes prêtes qu’on vienne les chercher.</q> Bref, <q>l'autobiographie du savant est désormais presque stabilisée</q>. Ce que nous dit par contre cette expérience, c'est à quel point le Hawking qui ne contrôle plus son premier corps maîtrise ses deuxième et troisième corps, et au-delà même son image, avec reprise incessante des mêmes citations puisqu'il refuse désormais d&#8217;accorder toutes interviews écrites.</p>


<p>Si l'imagerie populaire se partage entre l'image d'un homme hors du commun qui a réussi à repousser les limites de son propre corps et celle d'un handicapé favorisé <q>en n'étant plus distrait par les occupations quotidiennes et mondaines que partage la commune humanité pour s'adonner pleinement à la pensée</q>, Stephen Hawking reste un mystère, presqu'aussi insondable qu'un trou noir, et c'est ce qui le rend si fascinant.</p>


<p>Pour en savoir plus, je ne peux que recommander la lecture du livre d'Hélène Mialet à paraitre cette année&nbsp;: <em><a href="http://press.uchicago.edu/ucp/books/book/chicago/H/bo3750667.html" hreflang="en">Hawking Incorporated</a></em>&nbsp;!</p>
<div class="footnotes"><h4>Notes</h4>
<p>[<a href="#rev-pnote-457-1" id="pnote-457-1">1</a>] Michael M. J. Fischer, "Body Marks (Bestial/Divine/Natural). An essay into the social and biotechnological imaginaries, 1920-2005 and bodies to come", in Ivan Crozier (dir.), <em>A cultural history of the human body in the modern age</em>, Berg, 2010</p></div>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/12/18/456-le-chercheur-fait-des-experiences-et-resout-des-equations">
  <title>Le chercheur fait des expériences et résout des équations ?</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/12/18/456-le-chercheur-fait-des-experiences-et-resout-des-equations</link>
  <dc:date>2011-12-18T10:55:21+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Voici un dernier extrait du livre collectif Les scientifiques jouent-ils aux dés ? (Éditions du Cavalier Bleu) auquel j'ai participé (version de l'auteur, différente de la version finalement publiée). Je profite de sa publication pour vous inviter nombreux à une discussion qui aura lieu le jeudi 12...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p><em>Voici un dernier extrait du livre collectif </em>Les scientifiques jouent-ils aux dés ?<em> (<a href="http://www.lecavalierbleu.com/">Éditions du Cavalier Bleu</a>) auquel j'ai participé (version de l'auteur, différente de la version finalement publiée). Je profite de sa publication pour vous inviter nombreux à une discussion <a href="http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1540">qui aura lieu le jeudi 12 janvier 2012 à la librairie Mollat</a> (Bordeaux), en compagnie de Bastien Lelu (co-directeur de l’ouvrage), Édouard Kleinpeter (co-auteur) et votre serviteur ! La rencontre sera animée par Olivier Laügt (directeur de l'Institut des sciences de l’information et de la communication et du Master Médiation des Sciences à Bordeaux 3).</em></p>

<p class="center"><img src="/blogsciences/images/couv_traces.jpg" alt="" /></p>

<h3>Les chercheurs ne sont pas tous en sciences dures</h3>

<p>Quand <a href="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2008/06/27/295-des-eleves-et-des-chercheurs">on demande à des enfants de dessiner un chercheur</a>, ils pensent généralement à la blouse blanche, au tableau rempli d'équations et aux éprouvettes. Dans leur tête, le chercheur est donc bien celui qui fait des expériences et des résout des équations. Mais cette idée se retrouve plus largement au sein du grand public, entretenue par des figures comme le professeur Tournesol qui n'hésite jamais à expérimenter et à bricoler, seul dans l’atelier qui lui sert de laboratoire. Pourtant, les albums de Tintin regorgent d'autres figures de savants comme l’archéologue Philémon Siclone dans ''Les cigares du pharaon'' ou le sigillographe (historien spécialiste des sceaux) Nestor Halambique dans ''Le sceptre d’Ottokar''. Ceux-là incarnent un autre visage de la science, plus discret car peut-être moins photogénique : les sciences humaines et sociales auxquelles se rattachent l'archéologie ou l’histoire mais aussi la géographie, la sociologie, la communication, l'anthropologie, les sciences politiques, la linguistique…</p>

<p>En France, un quart des chercheurs du secteur public appartenait en 2005 aux sciences humaines et sociales. La balance ne penche donc pas en faveur de ces disciplines qui n'ont souvent ni blouse ni tableau et on peut comprendre que l'image la plus répandue soit celle du laboratoire expérimental. Pourtant, deux tiers des étudiants de l'enseignement supérieur sont inscrits en sciences humaines et sociales, contre un tiers qui étudie en sciences de la matière et de la vie. C'est sans doute que le terrain d'étude des premières — qu'il s'agisse de notre société, de notre économie ou de nos institutions — offre plus de débouchés professionnels, et nous interdit donc de les oublier !</p>


<h3>Les chercheurs lisent et écrivent surtout</h3>

<p>Que les chercheurs fassent des expérimentations ou pas, des calculs ou pas, il y a forcément une activité à laquelle ils doivent se livrer : écrire pour rendre- compte de leur travail et partager leurs résultats avec la communauté, lire ce que leurs collègues ont fait. Comme le souligne le sociologue Michel Callon : "Les chercheurs sont des lecteurs et des écrivains particulièrement attentifs et productifs. Retirez-leur cette littérature dont ils se nourrissent et ils se retrouvent désemparés, ne sachant plus ce qui vaut la peine d'être approfondi." Des chiffres aident à comprendre l'importance de cette activité, cantonnée à des publications spécialisées (revues académiques, brevets…) : les astronomes et astrophysiciens lisent en moyenne plus de 220 articles par an et y passent plus de 140 heures. Les chimistes font plus forts avec 270 articles lus par an en moyenne, auxquels ils consacrent près de 200 heures. En sciences humaines et sociales où la lecture est au cœur du travail d'analyse, de synthèse et de production des connaissances, les chercheurs y passeraient en moyenne 65% de leur temps !</p>

<p>L'écriture en recherche a un autre rôle très important, moins scientifique qu'administratif : les laboratoires doivent fréquemment justifier l'intérêt de tel ou tel projet de recherche, demander des financements ou des soutiens en présentant leurs ambitions… En 1864, Louis Pasteur écrivait déjà au Ministre de l'instruction publique pour lui demander des subventions. En quelques paragraphes, il arrive à faire passer l'intérêt du Ministre de la grandeur de la France aux travaux sur la fermentation du vin, en montrant comment les deux sont liés. Faisant état de la nécessité d'aller étudier en Arbois les cuves de vin, il réclame alors la coquette somme de 2500 francs en sous-entendant que sa demande sera renouvelée "les années suivantes". Ces productions écrites participent de l'élaboration d'un programme de recherche, même si elles pèsent souvent comme une tâche ingrate et inutile. Aux États-Unis, les chercheurs déclarent passer 42% de leur temps à des tâches administratives, qui vont du remplissage de formulaires à la participation aux réunions !</p>

<p>Enfin il ne faudrait pas oublier les écrits préparatoires dans le cahier de laboratoire : les chercheurs y notent en temps réel leur travail, y compris toutes les expérimentations ou les hypothèses qui s'avèreront stériles. On estime que de toute cette cuisine, seulement 5% sera rendu public lors du passage à la communication formelle.</p>

<p>Bien que tout ceci constitue la réalité du travail scientifique, ce n'est pas forcément ce que les chercheurs eux-mêmes viennent y chercher et ce qu'ils veulent en retenir. Dans une enquête menée en 1995 auprès de chercheurs de toutes disciplines, une large majorité des sondés ont répondu qu'ils n'aimaient pas écrire. Et ils ont admis à plus de 90% n'avoir pas été suffisamment formés pour devenir des spécialistes de l'écriture scientifique et que leurs étudiants ne sont pas mieux préparés. Nous sommes donc face à un paradoxe intéressant.</p>


<h3>Les chercheurs ne sont pas tous semblables</h3>

<p>Au-delà des différences entre disciplines, il existe aussi des différences entre chercheurs. Il faut s'imaginer le monde de la recherche comme une galerie de personnages aussi divers que les passants que l'on peut croiser dans la rue. Dans son livre <em>Petit point</em>, le prix Nobel de physique Pierre-Gilles de Gennes propose justement un bestiaire de "cas un peu subtils, où le positif et le négatif se mêlent intimement — le vrai tissu de la science".</p>

<blockquote><strong>Quelques portraits-types de scientifiques signés Pierre-Gilles de Gennes</strong>

<p>Lanterne est un administrateur de la recherche né : peu importe qu'il n'ait pas "une vision très profonde des besoins réels du secteur (…) il sait lire les textes de Bruxelles, se mouler dans les organigrammes". Leduc est une coqueluche des médias et "dans la chaleur communicative des projecteurs", il sort parfois de son domaine d'expertise et "commet de graves impairs". Pluvieux "fut un rénovateur inspiré, donnant de la verdeur à une science un peu vieillotte" ; mais il s'est laissé glisser dans une administration d'où il est sorti fatigué. Après avoir défriché un domaine et créé une école de pensée, Vladimir se prend pour un prophète et entraîne "nombre de jeunes dans des programmes brumeux" visant à "comprendre la nature profonde de la vie". Ancre “s’est glissé dans l’une des multiples commissions qui examinent les recherches des autres” et même quand son expertise atteint des limites, “il s’érige en arbitre des élégances”.</p></blockquote>

<p>En général, cette spécialisation dépend de l'âge et du profil des chercheurs. Un jeune chercheur en thèse met la main à la pâte et produit les résultats qui font avancer le laboratoire. Le chercheur plus âgé gagne en autonomie et se mêle de stratégie de recherche, en concevant ses propres projets et en évaluant ceux de ses confrères. Enfin, les chercheurs seniors décident de l’utilisation des fonds du laboratoire, participent à des commissions et représentent le laboratoire à l’extérieur pour lui donner du crédit et de la visibilité. Une chose est sûre : malgré l'importance de l'écriture et de la lecture, le silence ne règne pas dans les laboratoires. La recherche scientifique c'est aussi beaucoup de discussions animées qui viennent enrichir ces écrits ! Les discussions de couloir, même si elles tendent à être complétées par des échanges de courriel, sont primordiales pour poser une question, soumettre une hypothèse, partager un moment fort… Finalement, le travail de chercheur ressemble beaucoup au travail de bureau !</p>


<h3>Bibliographie</h3>

<ul><li>Michel Callon (1989), "Introduction", in Michel Callon (dir.), <em>La Science et ses réseaux. Genèse et circulation des faits scientifiques</em>, Paris : La Découverte, coll. "Textes à l'appui"</li>
<li>Pierre-Gilles de Gennes (2002), <em>Petit point</em>, Paris : Le Pommier</li>
<li>Ken Hyland et Françoise Salager-Meyer (2008), "Scientific writing", <em>Annual Review of Information Science and Technology</em>, vol. 42, pp. 297–338</li>
<li>Sam Kean (2006), "Scientists spend nearly half their time on administrative tasks, survey finds”, <em>The Chronicle of Higher Education</em>, 7 juillet</li>
<li>Observatoire des sciences et des techniques (2009), <em>Indicateurs de sciences et de technologies</em>. Édition 2008, Paris : Economica</li>
<li>Marie-Claude Roland (2009), "Quality and integrity in scientific writing: prerequisites for quality in science communication", <em>Journal of Science Communication</em>, vol. 8, n° 2</li>
<li>Carol Tenopir, Donald W. King, Peter Boyce, Matt Grayson, Keri-Lynn Paulson (2005), "Relying on electronic journals: Reading patterns of astronomers", <em>Journal of the American Society for Information Science and Technology</em>, vol. 56, n° 8, pp. 786–802</li>
<li>Odile Welfelé (1998), “Organiser le désordre : usages du cahier de laboratoire en physique contemporaine”, <em>Alliage</em>, n° 37-38, pp. 25–41</li></ul>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/10/23/455-l-ethique-affaire-de-tous-les-chercheurs">
  <title>L'éthique, affaire de tous les chercheurs</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/10/23/455-l-ethique-affaire-de-tous-les-chercheurs</link>
  <dc:date>2011-10-23T17:55:51+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>À l'aimable invitation de Thomas alias @valerossi, je devais intervenir hier avec Mélodie à la journée des doctorants en informatique du Labri pour une table-ronde consacrée à l'éthique, la déontologie et la morale dans la recherche. Une laryngite et une nuit blanche m'ayant joué un sale tour, j'ai...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p><em>À l'aimable invitation de Thomas alias <a href="http://twitter.com/valerossi">@valerossi</a>, je devais intervenir hier avec Mélodie à la journée des doctorants en informatique du <a href="http://www.labri.fr/">Labri</a> pour une table-ronde consacrée à l'éthique, la déontologie et la morale dans la recherche. Une laryngite et une nuit blanche m'ayant joué un sale tour, j'ai malheureusement dû déclarer forfait. Voici la substance de mon intervention, avec quelques tuyaux fournis par les informaticiens <a href="http://twitter.com/dmonniaux">David Monniaux</a> et <a href="http://twitter.com/nholzschuch">Nicolas Holzschuch</a> que je remercie. Je vous invite également à <a href="http://infusoir.hypotheses.org/1761">lire l'autre intervention de Mélodie</a>.</em></p>


<h3>Une mauvaise habitude&nbsp;: créer des comités d'éthique</h3>


<p>En général quand on parle d'éthique, c'est en l'accolant au terme "comité"&nbsp;: l'éthique, c'est ce dont s'occupe un comité d'éthique. Et comme il fait ça très bien, on est bien content de pouvoir se reposer sur lui. C'est une tradition américaine, qui fait florès à Bruxelles (Commission européenne) et en France.</p>


<p>Dernier avatar de cette manie&nbsp;: fin 2009, deux rapports du comité d'éthique du CNRS et d'une commission de l'Inria <a href="http://www.inria.fr/actualite/mediacenter/creation-d-un-comite-d-ethique">recommandaient la création d'un comité d'éthique sur la recherche dans les sciences et technologies du numérique</a>, de composition pluridisciplinaire.</p>


<p>Dans le même ordre d'idée, le Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche en 2008 a confié au "chargé des relations science-société" du CNRS <a href="http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1023268,0.html">une mission sur l'intégrité scientifique</a>. Pourquoi est-ce choquant&nbsp;? Parce qu'associer l'intégrité scientifique, qui concerne chaque chercheur dans son travail le plus fondamental, à l'interface science-société conduit à penser que c'est la société "impure" qui salit les pratiques sinon irréprochables des chercheurs.</p>



<h3>Pourquoi c'est dangereux&nbsp;?</h3>


<p>Revenons quelques instants sur le plus connu des comités d'éthique, le Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE), est aussi l'un des tout premiers et date de février 1983. Il s'est imposé comme lieu de la réflexion nécessaire sur les progrès scientifiques en biologie. Cette réflexion se traduisait d'abord par des avis ("voici ce que nous pensons"), puis après 1994 par des recommandations ("voici ce qu'il conviendrait de faire"), <a href="http://grit-transversales.org/archives/revue/59/democratie.html">conduisant tout droit à des décisions du parlement</a>. Dépourvus de toute légitimité démocratique, les comités d'éthique ont ainsi tendance à supplanter le législateur.</p>


<p>Au niveau communautaire, la Commission a mis en place son premier organe consultatif d'éthique en 1991, <a href="http://owni.fr/2010/09/21/l’ethique-en-pratique-est-ce-bien-democratique/">pour rassurer les investisseurs en biotech et garder le contrôle du débat</a>.</p>


<p>Pour ces raisons et d'autres, l'éthique ne doit pas être confisquée par quelques "sages" situés au-dessus de la mêlée.</p>



<h3>L'éthique, affaire de tous</h3>


<p>Pour reprendre ce que disait Lucas Bento [doctorant en droit et intervenant à la table-ronde], la liberté et à l&#8217;indépendance du chercheur qui sont autant mis en avant doivent avoir quelques contreparties. Il me semble que le sens de responsabilité en fait partie. Non pas pour "arrêter tout" (quoique&#8230;) mais pour prendre de la distance, recentrer les questions ou corriger les réponses.</p>


<p>L'histoire des sciences nous offre quelques exemples parlants&nbsp;:</p>

<ul>
<li>dans les années 1950, les biologistes William Russell et Rex Burch formulent la règle des "3R" pour humaniser l'expérimentation animale&nbsp;: replace - reduce - refine</li>
<li>dans les années 1950, Norbert Wiener pressent l&#8217;importance des bouleversements sociaux induits par les développements de l&#8217;automatique théorique et de ses applications. Il pose alors les fondements de ce qu&#8217;il appelle la cybernétique du second ordre, qui étudie la dynamique de systèmes constitués eux-mêmes de systèmes cybernétiques, comme l&#8217;est la société.</li>
<li>en 1975, Paul Berg (futur prix Nobel) prend soudain conscience des risques du génie génétique et propose par une lettre à ses collègues biologistes de stopper les recherches. Quelques mois plus tard, il organise la conférence d'Asilomar pour réfléchir collectivement à une mitigation des risques, ce qui permit de lever le moratoire. (Au passage, le fait que de nombreux pionniers de la biologie moléculaire étaient d'anciens physiciens ayant participé au projet Manhattan, n'a pas été étranger à cette décision)</li>
</ul>

<p>Dans son plan stratégique 2008-2012, l'Inria s'était donné pour objectif d'analyser le besoin et de trouver des solutions pour accompagner ses chercheurs confrontés à des questions éthiques. Puis en 2010, il a reconnu que toutes ses équipes de recherche peuvent "être confrontées à des questions éthiques" (<a href="http://www.inria.fr/actualite/mediacenter/creation-d-un-comite-d-ethique">source</a>).</p>



<h3>L'éthique en pratique dans les sciences et technologies du numérique</h3>
<p class="center"><img src="/blogsciences/images/COMETS_enjeux_TIC.png" alt="" /></p>

<p>Voici les enjeux les plus sensibles en termes d'éthique selon <a href="http://www.cnrs.fr/fr/organisme/ethique/comets/docs/rapportComets091112.pdf">le rapport du Comité d'éthique du CNRS</a> :
<ul>
 <li>protection de la vie privée (intrusion, traçabilité, cryptage et confidentialité, conservation des données, gestion des informations personnelles)</li>
 <li>impact sur l'homme (nouvelles médecines, homme augmenté, manipulations mentales, addictions, saturation cognitive et nouveaux modes de pensée, informatique émotionnelle)</li>
 <li>droits des robots (le robot comme une personne)</li>
 <li>risques sanitaires (antennes relais), technologiques (défaillance des appareils) ou environnementaux (déchets électroniques)</li>
 <li>formation et travail (accès au savoir, télétravail, harcèlement numérique&#8230;)</li>
 <li>échanges économiques (droits de propriété, monnaies et modèles économiques, pratiques commerciales)</li>
 <li>vie collective (fonctionnement démocratique et e-gouvernement, souveraineté et cyberterrorisme, communautés, gouvernance des réseaux, confiance et défiance)</li>
 <li>information et connaissances (qualité des informations, mise à disposition d'informations, gestion de la connaissance)</li></ul></p>


<h3>Un comité d'éthique 2.0</h3>


<p>Le comité d'éthique que j'appelle de mes v&#339;ux c'est celui qui ne se substitue pas à la parole des chercheurs mais qui les sensibilise et forme les chercheurs aux enjeux éthiques, qui soutien des projets de recherche ELSA ("Ethical, legal and social aspects")&#8230;</p>


<p>Pour conclure, j'aimerais vous lire un extrait de <a href="http://www.lecavalierbleu.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=306">l'ouvrage collectif <em>Les scientifiques jouent-ils aux dés ?</em></a>, auquel j'ai participé&nbsp;:
"la conscience éthique, tout comme la prise en compte des contraintes externes dans la détermination des champs de recherche, montre simplement que la science ne constitue pas une activité déconnectée du tissu économique et social de son époque. Le mythe du savant enfermé dans sa tour d'ivoire est définitivement révolu".</p>


<p>Je compte sur vous pour le démontrer au quotidien&nbsp;!</p>


<h3>Ressources pour exercer sa vigilance</h3>

<p><ul>
<li><a href="http://www.revue-terminal.org">revue ''Terminal''</a> sur les enjeux culturels et sociaux des TIC</li>
<li><a href="http://www.nature.com/embor/archive/subject.html" hreflang="en">rubrique "Science &amp; Society"</a> de la revue <em>EMBO Reports</em></li>
<li>rubriques <a href="http://cacm.acm.org/browse-by-subject/legal-aspects" hreflang="en">"Legal Aspects"</a> et <a href="http://cacm.acm.org/browse-by-subject/computers-and-society" hreflang="en">"Computers &amp; Society"</a> du site <em>Communications of the ACM</em> (regroupant la revue éponyme et une plateforme de blogs)</li>
</ul></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/09/23/454-des-neutrinos-et-des-twittos">
  <title>Des neutrinos et des twittos</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/09/23/454-des-neutrinos-et-des-twittos</link>
  <dc:date>2011-09-23T10:32:09+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Un twitto, c'est un utilisateur de Twitter. Voici un échantillon de la réception par cette communauté de l'annonce de neutrinos supraluminiques.

View "Des neutrinos plus rapides que la lumière ?" on Storify...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p>Un twitto, c'est un utilisateur de Twitter. Voici un échantillon de la réception par cette communauté de l'annonce de neutrinos supraluminiques.</p>

<p class="center"><script src="http://storify.com/enroweb/des-neutrinos-plus-rapides-que-la-lumiere.js"></script><noscript><a href="http://storify.com/enroweb/des-neutrinos-plus-rapides-que-la-lumiere" target="_blank">View "Des neutrinos plus rapides que la lumière ?" on Storify</a></noscript></p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/07/31/453-reouverture-du-national-museum-of-scotland">
  <title>Réouverture du National Museum of Scotland</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/07/31/453-reouverture-du-national-museum-of-scotland</link>
  <dc:date>2011-07-31T18:38:18+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Après 3 ans de travaux ayant coûtée la bagatelle de 47 millions de livres, l'aile est du National Museum of Scotland à Edimbourg vient de rouvrir ce week-end. L'attente était à son comble et la campagne de promotion tournée autour du slogan "Discover the bigger picture" avait joliment entretenu le...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p>Après 3 ans de travaux ayant coûtée la bagatelle de 47 millions de livres, l'aile est du National Museum of Scotland à Edimbourg vient de rouvrir ce week-end. L'attente était à son comble et la campagne de promotion tournée autour du slogan "Discover the bigger picture" avait joliment entretenu le suspense.</p>


<p class="center"><img src="/blogsciences/images/dinos-dodos.jpg" alt="" />&nbsp;&nbsp;<img src="/blogsciences/images/airmen-chessmen.jpg" alt="" /></p>


<p><a href="http://feastbowl.wordpress.com/2011/07/19/finding-the-big-idea/" hreflang="en">Sur son blog</a>, l'équipe du musée explique ce que recouvre cette idée conçue avec l'agence de communication <a href="http://www.visitframe.co.uk/" hreflang="en">Frame</a> à Glasgow&nbsp;:</p>


<blockquote><p><em>Discover the Bigger Picture is about encouraging you to look deeper into things. To find out more. We&#8217;re inviting you on a journey. We want you to uncover the surprising and inspiring connections behind each and every story. We want you to be curious. We want to make you question things. We want to inspire you. We want you to discover the bigger picture at the National Museum of Scotland.</em></p>
<p>"Découvrir la vision d'ensemble" c'est encourager à voir au fond des choses. En savoir plus. Nous vous invitons à un voyage. Nous voulons que vous découvriez par vous-même les connections surprenantes et inspirantes derrière chaque histoire. Nous voulons que vous soyez curieux. Nous voulons vous faire questionner les choses. Nous voulons vous inspirer. Nous voulons que vous découvriez la vision d'ensemble au National Museum of Scotland.</blockquote>


<p>Après une inauguration en grande pompe le matin (<a href="http://www.flickr.com/photos/photojennic/sets/72157627302915220/">photos</a> / <a href="http://vimeo.com/27056696" hreflang="en">vidéo</a>) devant 2.000 personnes rassemblées dans la rue, 22.000 visiteurs ont passé les portes du musée le premier jour&nbsp;!</p>

<p class="center"><iframe src="http://player.vimeo.com/video/27056696?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="225" frameborder="0"></iframe></p>

<p>Ce qu'ils ont découvert, c'est d'abord un bâtiment victorien calqué sur le Crystal Palace londonien, entièrement rénové. La "Grand Gallery", haute de 18 mètres, comprend 3 niveaux qui permettent de déambuler et de rejoindre les 16 salles attenantes.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994527832/" title="Grand Gallery by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6125/5994527832_f1e86f44d9.jpg" width="374" height="500" alt="Grand Gallery"></a></p>


<p>Ce qui frappe ensuite, c'est le nombre d'objets présentés&nbsp;: plus de 8 000 dont 80 % sont montrés pour la première fois au public depuis la création du musée en 1866. Vous y trouverez notamment plusieurs salles consacrées aux sciences de la vie et de la terre, qui m'ont semblé les plus populaires. Les habitués du Museum à Paris ne seront pas dépaysés.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5993959247/" title="La Galerie consacrée au monde vivant (3 étages) by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6030/5993959247_3ff719f3b7.jpg" width="374" height="500" alt="La Galerie consacrée au monde vivant (3 étages)"></a>&nbsp;&nbsp;<a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994525322/" title="T-Rex by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6130/5994525322_526166e1f3.jpg" width="500" height="374" alt="T-Rex"></a></p>


<p>Mais plus qu'un musée d'histoire naturelle, c'est à un vrai musée d'histoire humaine et naturelle que nous avons affaire&nbsp;: l'art, l'industrie, la science, la technologie, les animaux, l'espace, la Terre, les cultures du monde&#8230; toute la planète semble s'être donné rendez-vous à Edimbourg, comme le montrent ces objets manufacturés et cette plaque d'un train à vapeur reliant Glasgow à Londres.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5993963729/" title="Princess Alice, un des trains à vapeur qui faisaient la liaison Glasgow-Londres by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6122/5993963729_dd0930d259.jpg" width="500" height="374" alt="Princess Alice, un des trains à vapeur qui faisaient la liaison Glasgow-Londres"></a></p>


<p>Parmi mes trouvailles et coups de c&#339;ur, voici un dodo et une superbe <em><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Ironstone" hreflang="en">ironstone</a></em> où le fer est oxydé, preuve de l'apparition de la photosynthèse (dans les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Stromatolithe">stromatolithes</a>) et du dégagement d'oxygène dans l'océan.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994520164/" title="Dodo by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6144/5994520164_e2058a0b9c.jpg" width="374" height="500" alt="Dodo"></a>&nbsp;&nbsp;<a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994527110/" title="Superbe &quot;ironstone&quot; by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6140/5994527110_bed9974485.jpg" width="374" height="500" alt="Superbe &quot;ironstone&quot;"></a></p>

<p>La science est présentée à travers quelques unes de ses réalisations récentes&nbsp;: la brebis Dolly (premier mammifère cloné, à Edimbourg justement) ou les miracles de la robotique qui permettent de redonner un bras ou une main à ceux qui l'ont perdu.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5993963099/" title="Dolly, la brebis clonée by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6013/5993963099_89bc32dabd.jpg" width="374" height="500" alt="Dolly, la brebis clonée"></a>&nbsp;&nbsp;<a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994522732/" title="Edimbourg, capitale des prothèses by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6131/5994522732_a21bbe3553.jpg" width="374" height="500" alt="Edimbourg, capitale des prothèses"></a></p>

<p>On trouve aussi un modèle de la double hélice d'ADN, dont on raconte qu'il fut construit par Francis Crick lui-même pour un cours qu'il donna à l'université d'Edimbourg.</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994525850/" title="Modèle d'ADN by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6017/5994525850_2f2d5f307f.jpg" width="374" height="500" alt="Modèle d'ADN"></a></p>


<p>Cependant, les interrogations envers le "progrès" ne sont pas absentes, comme ce panneau consacré à l'énergie nucléaire qui rappelle Tchernobyl et&#8230; Fukushima&nbsp;!</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5994522022/" title="Fukushima : voici de l'information récente pour un musée ! by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6013/5994522022_48996eb83f.jpg" width="500" height="374" alt="Fukushima : voici de l'information récente pour un musée !"></a></p>

<p>Bien que l'Ecosse soit la vedette de l'aile ouest du musée qui était restée ouverte pendant les travaux, elle apparaît également ici puisque de nombreux spécimens ont été ramenés par des savants, explorateurs ou notables écossais. Est ainsi mis à l'honneur Alexander Fleming, qui naquit le 6 août 1881 dans une ferme de Lochfield près de Darvel dans l'East Ayrshire. Dans cette vitrine sont montrées toutes ses médailles et récompenses, y compris son prix Nobel (au premier plan).</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5993964349/" title="L'ensemble des médailles et récompenses reçues par Alexander Fleming by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6010/5993964349_c553554017.jpg" width="374" height="500" alt="L'ensemble des médailles et récompenses reçues par Alexander Fleming"></a></p>

<p>James Young Simpson, obstétricien et professeur à Edimbourg qui découvrit les propriétés anesthésiantes du chloroforme, était également amateur d'archéologie et collectionneur. Il fit don d'un <a href="http://www.nms.ac.uk/our_collections/highlights/assyrian_relief.aspx" hreflang="en">bas relief assyrien</a> vieux de 3 000 ans qui est montré dans le musée. On retrouve également Charles Darwin, qui étudia la médecine à Edimbourg, représenté ici à travers un exemplaire de <em>L'Origine des espèces</em> (deuxième édition, 1860), un oiseau qu'il a empaillé (<em>Upucerthia dumetaria</em> ou Upucerthie des buissons), et quelques scarabées épinglés par sa main.</p>


<p>Enfin, l'alliance entre art et science est également présente avec ces admirables "spécimens" entièrement soufflés en verre, qui font partie des dernières acquisitions du musée (malheureusement je n'ai pas noté le nom de l'artiste).</p>

<p class="center"><a href="http://www.flickr.com/photos/enro/5993971769/" title="&quot;Specimens&quot; artistiques entièrement soufflés en verre. by Enro, on Flickr"><img src="http://farm7.static.flickr.com/6005/5993971769_34d1798885.jpg" width="500" height="374" alt="&quot;Specimens&quot; artistiques entièrement soufflés en verre."></a></p>


<p>Voici donc un somptueux musée entré de plein pied dans le XXie siècle. C'est un cabinet de curiosité plus grand que nature, dans un écrin architectural unique. Certes ce n'est pas l'Exploratorium de San Francisco et ses dispositifs interactifs, ni le <em>Science Museum</em> de Londres et ses questionnements sur la science en train de se faire. Néanmoins, les amateurs y trouveront leur bonheur et seront bien avisés d'envisager de prochaines vacances à Edimbourg.</p>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/06/02/452-est-ce-la-methode-scientifique-qui-guide-le-travail-du-chercheur">
  <title>Est-ce la méthode scientifique qui guide le travail du chercheur ?</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/06/02/452-est-ce-la-methode-scientifique-qui-guide-le-travail-du-chercheur</link>
  <dc:date>2011-06-02T14:43:17+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>J'ai écrit avec quelques camarades du groupe Traces un livre collectif intitulé Les scientifiques jouent-ils aux dés ?, à paraître aux éditions du Cavalier Bleu. Son principe : analyser nombre d’idées reçues sur la science et sur ceux qui la font, en mobilisant les travaux de l'histoire,...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p><em>J'ai écrit avec quelques camarades du <a href="http://www.groupe-traces.eu/">groupe Traces</a> un livre collectif intitulé</em> Les scientifiques jouent-ils aux dés ?<em>, à paraître aux <a href="http://www.lecavalierbleu.com/">éditions du Cavalier Bleu</a>. Son principe&nbsp;: analyser nombre d&#8217;idées reçues sur la science et sur ceux qui la font, en mobilisant les travaux de l'histoire, sociologie et philosophie des sciences. L'ouvrage a été dirigé par Bastien Lelu et Richard-Emmanuel Eastes, et préfacé par Dominique Pestre. Mélodie a déjà publié ses textes sur <a href="http://infusoir.hypotheses.org/804">la vulgarisation</a> et <a href="http://infusoir.hypotheses.org/783">le progrès</a> et après <a href="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/04/15/451-les-experts-sont-ils-formels">celui sur l'expertise</a>, voici le chapitre sur la méthode scientifique (co-écrit avec Bastien) (version des auteurs, différente de la version finalement publiée).</em></p>


<p class="center"><img src="/blogsciences/images/couv_traces.jpg" alt="" /></p>

<h3>Le chercheur est-il méthodique&nbsp;?</h3>


<p>Au cinéma, la découverte scientifique est souvent présentée <a href="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2007/11/14/202-comment-raconter-la-science-aux-enfants">à la façon d'une enquête policière</a>. Une question remplace le crime, des expériences remplacent les indices et les témoins, le coupable devient l&#8217;inconnu ou une maladie à combattre. Le chercheur mène l&#8217;enquête, investigateur entièrement dévolu à sa cause, dont la passion confine parfois à l&#8217;acharnement. Méthodique, il avance par étapes, vient à bout des questions qui s&#8217;enchaînent et lève peu à peu le voile de l&#8217;ignorance qui recouvre la réalité. Cette vision de la science suppose une méthode implacable de raisonnement et d'élimination des fausses pistes. Le héros scientifique qui triomphe a toutes les qualités morales du "bon"&nbsp;: honnête, méticuleux, il est mû par le seul désir d&#8217;accéder à la vérité.</p>


<p>À l'école, on tente alors d'inculquer aux élèves les fondements de cette «&nbsp;méthode scientifique&nbsp;», qui verrait systématiquement les hypothèses succéder aux observations, les expériences adéquates menant ensuite à la conclusion, celle-ci s'imposant d'elle-même pourvu que l'élève-apprenti ait bien fait son travail. Pourtant, et l'on pourrait s'en étonner, la démarche suivie par un chercheur dans son laboratoire ne suit en rien cette progression linéaire, aussi fictive qu'idéalisée. Elle est plutôt faite de tâtonnements, de retours en arrière, de hasards et de conclusions hâtives avant d'en arriver aux «&nbsp;bons&nbsp;» résultats.</p>


<p>Étudiant des biologistes au travail dans les années 1980, Bruno Latour et Steve Woolgar ont ainsi assisté à des raisonnements impropres ("La bombésine se comporte parfois comme la neurotensine&nbsp;; la neurotensine fait décroître la température&nbsp;; donc la bombésine fait décroître la température") qui suffisent pourtant "à lancer une recherche qui devait conduire à des résultats salués comme une contribution exceptionnelle". Et ces anthropologues et sociologues des sciences de conclure à propos des procédures utilisées par les scientifiques&nbsp;: "si elles sont logiques, elles sont stériles&nbsp;; si elles sont fructueuses, elles sont logiquement incorrectes".</p>


<p>Enfin, on peut mentionner le fait que parler d'une seule méthode scientifique, qui serait universelle, ne tient pas longtemps lorsque l'on prend conscience de l'infinie diversité des pratiques. Diversité d'une discipline à l'autre, tout d'abord, le travail du généticien n'ayant pas grand chose de commun avec celui du climatologue qui utilise des modèles numériques pour appréhender les phénomènes ou de l'archéologue qui ne peut pas mener d'expériences sur le passé. Diversité géographique ensuite, les variations observées d'un pays à l'autre ou même d'un laboratoire à l'autre permettant d'ailleurs à la recherche de ne pas s'enliser trop longtemps si un choix de méthode s'avère contre-productif. Diversité, enfin, au cours du temps, les pratiques de ce début de XXIe siècle n'ayant plus grand chose de commun avec celles qui avaient cours ne serait-ce qu'il y a cinquante ans.</p>


<h3>D'où vient l'impression de méthode&nbsp;?</h3>


<p>Si le sentiment qu'il existe une «&nbsp;méthode scientifique&nbsp;» est cependant si fort, c'est peut-être que les écrits des scientifiques eux-mêmes l'alimentent. En effet, pour que son travail soit considéré comme valable, tout scientifique se doit de le publier, c'est à dire le mettre en forme, à la fois pour qu'il soit compréhensible par ses pairs (collègues) et pour qu'il puisse être mis en rapport avec leurs propres travaux. Ceci demande un processus d'écriture spécifique qui passe par une reconstruction totale du travail dont il rend compte. Oubliées, les erreurs successives&nbsp;! Mis de côté, les choix faits au petit bonheur&nbsp;! Sans oublier les hypothèses, formulées bien souvent après que les résultats les aient suggérées&#8230;</p>


<p>Ces reconstructions parsèment l&#8217;histoire des sciences et ont entretenu l&#8217;idée d&#8217;une méthode scientifique gravée dans le marbre. Prenons l&#8217;exemple de Gregor Mendel, ce moine glorifié comme le scientifique idéal aux vertus monastiques, cherchant la vérité et non la gloire. On raconte qu&#8217;il a mis en évidence les lois de l&#8217;hérédité grâce à un travail méticuleux sur de longues années, croisant des centaines de lignées de pois, comptant et recomptant des milliers de grains. Pour obtenir ces résultats qui sont encore considérés comme valides aujourd&#8217;hui, il aurait compté la répartition des formes après chaque croisement entre parents différents, obtenant le ratio &#8220;magique&#8221; de 9:3:3:1 dans la génération-fille. En réalité, il ne conçut pas un protocole expérimental parfait dès le départ puisque des vingt-deux caractères qu'il a étudiées, seuls sept ont été réellement exploitées (pois lisse ou ridé, plante haute ou naine, gousse enflée ou flétrie&#8230;), les autres donnant des résultats soit inexploitables soit incohérents avec le reste. Il s&#8217;y cachait d&#8217;autres phénomènes liés à la transmission des caractères entre générations, écartés à l&#8217;époque et compris seulement plus tard&nbsp;!</p>


<h3>Un travail collectif</h3>


<p>L'exemple de Mendel nous enseigne également que la communauté scientifique procède à des ajustements et des réinterprétations constantes des conclusions de chacun&nbsp;: des deux "lois de Mendel" bien connues des biologistes, une seule était présente dans sa publication de 1866, et ce sont des biologistes modernes qui ont interprété les résultats de Mendel comme montrant à la fois la ségrégation des caractères et leur assortiment indépendant dans les gamètes. En 1900, travaillant avec d&#8217;autres concepts et d'autres outils, trois chercheurs ont retrouvé indépendamment les uns des autres des résultats équivalents  &#8212; plusieurs décennies après que Mendel et ses travaux furent tombés dans l'oubli. Malgré l&#8217;individualité de chaque scientifique, les interprétations dont il se permet et la diversité des approches possibles, un fond commun rend donc possible la constitution d&#8217;un corpus solide de connaissances.</p>


<p>Le travail de publication et de transmission des résultats est vital pour la communauté scientifique, c'est-à-dire en fait pour chacun des chercheurs qui, pris individuellement ou même au niveau de leurs laboratoires, ont besoin des résultats des autres pour pouvoir continuer à avancer. Les pairs représentent tout à la fois la base de travaux antérieurs sur laquelle un scientifique fonde son travail, et l'instance de jugement qui valide (ou non) ses propres résultats avant leur publication dans des revues académiques (un processus que l'on nomme le "peer review", ou "relecture par les pairs"). Cette interaction mutuelle entre l'individuel et le collectif passe par une mise en forme idéalisée du travail que l'on confond trop souvent avec la méthode qu'aurait suivi le scientifique. C'est bien de la dimension collective de l'entreprise scientifique qu'il s'agit.</p>


<p>On peut remarquer que le développement des sciences dans le monde antique, la "révolution scientifique" du XVIIe siècle en Europe ainsi que l'accélération et la professionnalisation du travail scientifique au XXe siècle tiennent pour partie aux avancées fulgurantes des dispositifs de transmission des connaissances &#8212; l'écriture d'abord, puis l'imprimerie et enfin les technologies de l'information et de la communication. Si ces deux progrès sont intimement liés, c'est bien parce que pour exister, le savoir scientifique doit être formalisé, transcrit puis diffusé au corps des scientifiques et de la société. Si l'idée de "génie individuel" en sort un peu écorné, nous gagnons dans la dimension collective de la science sa valeur et sa robustesse. Ce que soulignait Anatole France en écrivant dans sa nouvelle "Balthasar" (1889) que "la science est infaillible&nbsp;; mais les savants se trompent toujours".</p>


<h3>Bibliographie</h3>

<ul>
<li>Douglas Allchin (2003), "Scientific myth-conceptions", <em>Science Education</em> 87(3), 329-351.</li>
<li>Ron Curtis (1994), "Narrative form and normative force: Baconian story-telling in popular science", <em>Social Studies of Science</em> 24(3), 419-461.</li>
<li>Pierre Laszlo (1999), <em>La Découverte scientifique</em>, Paris&nbsp;: Presses universitaires de France.</li>
<li>Bruno Latour et Steve Woolgar (1988), <em>La Vie de laboratoire. La Production des faits scientifiques</em>, Paris&nbsp;: La Découverte.</li>
<li>Robert K. Merton (1973), <em>The Sociology of Science</em>, Chicago&nbsp;: University of Chicago Press.</li>
<li>Hans Reichenbach (1953), <em>The Rise of Scientific Discovery</em>, Los Angeles&nbsp;: University of California Press.</li>
<li>Isabelle Stengers et Bernadette Bensaude-Vincent (2003), <em>100 mots pour commencer à penser les sciences</em>, Paris&nbsp;: Les empêcheurs de penser en rond. Voir en particulier le chapitre Méthode.</li>
<li>René Taton (1955), <em>Causalités et accidents de la découverte scientifique. Illustration de quelques étapes caractéristiques de l'évolution des sciences</em>, Paris&nbsp;: Masson.</li>
</ul>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/04/15/451-les-experts-sont-ils-formels">
  <title>Les experts sont-ils formels ?</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/04/15/451-les-experts-sont-ils-formels</link>
  <dc:date>2011-04-15T10:47:33+02:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>J'ai écrit avec quelques camarades du groupe Traces un livre collectif intitulé Les scientifiques jouent-ils aux dés ?, à paraître aux éditions du Cavalier Bleu dans la collection "Idées reçues Grand angle". Son principe : analyser nombre d’idées reçues sur la science et sur ceux qui la...</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <p><em>J'ai écrit avec quelques camarades du <a href="http://www.groupe-traces.eu/">groupe Traces</a> un livre collectif intitulé</em> Les scientifiques jouent-ils aux dés ?<em>, à paraître aux <a href="http://www.lecavalierbleu.com/">éditions du Cavalier Bleu</a> dans la collection "Idées reçues Grand angle". Son principe&nbsp;: analyser nombre d&#8217;idées reçues sur la science et sur ceux qui la font, en mobilisant les travaux de l'histoire, sociologie et philosophie des sciences. L'ouvrage a été dirigé par Bastien Lelu et Richard-Emmanuel Eastes, et préfacé par Dominique Pestre. Mélodie a déjà publié <a href="http://infusoir.hypotheses.org/804">son texte sur la vulgarisation</a>, voici le mien sur l'expertise (version de l'auteur, différente de la version finalement publiée).</em></p>


<p class="center"><img src="/blogsciences/images/couv_traces.jpg" alt="" /></p>


<h3>L'expertise, qu'est-ce c'est&nbsp;?</h3>


<p>L'expert, c'est d'abord le spécialiste, comme les héros de cette série télévisée qui se livrent à des reconstitutions de scènes de crime ou à l'identification d'empreintes ADN. Équipés de leurs outils, armés de connaissances bien maîtrisées, ils sont capables de donner du sens à des éléments d'information épars et incomplets. Une flaque de sang, un lambeau de tissu sous un ongle&#8230; Leur théâtre d'action est surtout mécanique, parfois aseptisé, offrant des conditions de travail très proches de celles du laboratoire et permettant de mettre naturellement en application un savoir scientifique et technique.</p>


<p>Mais il y a une autre figure de l'expert. Dans la presse, face à un tribunal ou lors d'une audition parlementaire, l'expert est un spécialiste qui doit sortir de son champ d'action contrôlé et mettre son savoir en situation. Il n'est plus simplement chargé d'objectiver ou de quantifier, et on lui demande de préciser d'où il parle, de fournir des arguments avec un degré de confiance qui peut être inférieur à 100% et d'avancer des recommandations. Ce qui compte alors, c'est non seulement la science froide et solide, mais aussi les théories en émergence, la culture des communautés scientifiques, leurs présupposés. On raconte ainsi que quand Al Gore était vice-président des États-Unis, il demandait à chaque expert qu'il auditionnait&nbsp;: "Quelles sont vos hypothèses ?" Car il savait bien que chaque théorie ou explication avancée par la science repose sur des hypothèses, et que la conclusion ne vaut rien si on ne sait pas quelles sont ces hypothèses de départ ou implicites du raisonnement. Quand un biologiste explique qu'un maïs OGM est équivalent en substance au même maïs non OGM, c'est que pour lui la transgenèse découle des techniques précédentes de sélection variétale et ne constitue pas une rupture conceptuelle ou technique.</p>


<p>Lorsque la parole de l'expert devient publique et sert de passerelle entre science et décision, c'est de sa responsabilité de rendre cet échaufaudage intellectuel visible, et de celle des autorités de mettre en &#339;uvre une expertise contradictoire qui confronte les points de vue et ose faire ressortir les divergences. En ce qui concerne les OGM par exemple, <a href="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2007/01/07/87-ogm-et-cultures-epistemiques-des-chercheurs">il a été montré</a> que les généticiens n'ont globalement pas les mêmes positions que les écologues ou les agronomes. Et surtout, ils ne basent pas leurs positions sur les mêmes arguments et considérations, ce qui force à prendre de la distance ou au moins à remettre en perspective l'éclairage des experts.</p>


<p>Sinon, les conséquences peuvent être graves. L'expert ne se contente pas de donner un avis mais conduit à ériger des normes, les hiérarchiser, et contribue ainsi à énoncer de nouvelles règles de comportement qui structurent le monde où nous vivons &#8212; qu'il s'agisse d'autoriser des aliments nouveaux, d'encadrer les nouvelles pratiques de procréation médicalement assistée ou de réguler le commerce international.</p>



<h3>Faut-il avoir confiance dans l'expertise&nbsp;?</h3>


<p>L'expertise scientifique sert souvent à éclairer l'action politique. Qu'elle soit le fait d'un corps constitué, comme l'Académie des sciences dont c'est l'une des missions, ou d'individus volontaires, elle permet de mettre les savoirs techniques au service de la société. Cependant, il arrive aux décideurs de faire appel aux experts pour recouvrir leurs décisions d'un vernis d'objectivité (au lieu d'assumer les valeurs qui les justifient) ou se dédouaner de leur responsabilité en cas d'impopularité ou d'échec. Les chercheurs continuent cependant à se porter caution parce qu'ils y trouvent leur intérêt, justifiant ainsi les investissements consacrés à la recherche scientifique et se prévalant du rôle de "conseiller du prince" considéré comme privilégié. Ce petit jeu peut être risqué&nbsp;: en entretenant leur "privilège d'extra-territorialité politique" (comme l'appelle Jean-Marc Lévy-Leblond), les chercheurs veulent échapper à la juste règle commune et peuvent se retrouver pris au piège entre une fausse autonomie et un effilochement des alliances avec le corps social. C'est-à-dire qu'à vouloir imposer à tous leur rève d'un savoir objectif et positif, à la fois utile pour eux et l'humanité entière, ils se retrouvent vidés du sens premier de leur mission et du soutien collectif.</p>


<p>C'est une des raisons pour lesquelles les institutions ou laboratoires de recherche ne doivent pas perdre de vue l'environnement dans lequel elles avancent et ce qui leur permet de tenir une position d'expertise indépendante et impartiale. Jusqu'à l'émergence du débat public sur les OGM, l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) se positionnait comme un fer de lance de l'innovation variétale, obtenant de nouvelles variétés destinées aux agriculteurs français, y compris transgéniques. Il s'apprêtait vers 1995-1996 à mettre sur le marché un colza génétiquement modifié, tolérant à un herbicide, co-développé avec des sociétés semencières privées. Mais la direction de l'Inra fit volte-face en 1997-1998, pour ne pas perdre sa légitimité à intervenir ensuite comme expert dans l'espace public. Cette barrière que l'Inra décida de ne pas franchir n'est pas toujours identifiable facilement. Les experts d'un domaine se retrouvent parfois à conseiller des entreprises privées et à siéger dans des comités d'homologation, sans y voir forcément de conflit d'intérêt&#8230; et en profitant même de ces diverses activités pour enrichir leur expertise&nbsp;!</p>


<p>C'est pourquoi on fonde de plus en plus la légitimité de l'expertise non plus sur la légitimité de la science mais sur des procédures contrôlables. Ces procédures ont déjà été évoquées&nbsp;: expertise collective et non individuelle, contradictoire plutôt qu'appuyée sur les seules positions qui font consensus, mentionnant les avis minoritaires, transparente et indépendante. Au lieu de contenir l'incertitude et de chercher à la réduire, il s'agit de la cerner et la rendre visible. Et tenter de cadrer le moins possible les experts&nbsp;: si le Comité permanent amiante (1982-1995) n'a pas permis de faire émerger le risque de ce matériau pour la santé publique et d'en interdire l'usage, c'est parce qu'il était pris dans un dispositif qui lui laissait comme seule possibilité d'intervention le contrôle de l'exposition professionnelle.</p>



<h3>Les nouvelles tendances de l'expertise</h3>


<p>L'expertise scientifique a longtemps été le fait de chercheurs engagés. Mais depuis la fin des années 1970, on assiste à une transformation des mobilisations des chercheurs, qui ne se reconnaissent plus dans l'image du communiste Frédéric Joliot-Curie ou du "chercheur responsable" qui politise son champ de compétence. À la place, on voit émerger la figure du "lanceur d'alerte" sanitaire ou environnementale, plus rare, individuel et moins directement en porte-à-faux avec l'institution. Les collectifs de chercheurs engagés, porteurs d'une contre-expertise comme dans les domaines du nucléaire ou de la santé, ont quasiment disparu au profit des organisations de la société civile (associations de malades, de solidarité, écologistes&#8230;). Ce mouvement est à la croisée de quatre tendances complémentaires, amenées à se développer&nbsp;:</p>

<p><ul>
<li>face à des enjeux de plus en plus globaux et complexes (comme le climat ou la biodiversité), l&#8217;expertise scientifique participe souvent davantage à l&#8217;extension de la controverse et à la polarisation des débats qu&#8217;elle ne permet d&#8217;en sortir&nbsp;; plutôt que d'attendre la preuve scientifique formelle, on en vient à privilégier une attitude comme celle du principe de précaution, qui fait valoir que l&#8217;absence de preuves ne saurait empêcher l&#8217;adoption de mesures destinées à prévenir un dommage. La trajectoire entre le laboratoire et l'expertise devient moins linéaire, remplacée par un processus d'apprentissage collectif au fur et à mesure que les certitudes évoluent&nbsp;;</li>
<li>le corps social dans son ensemble profite de cette recherche en plein air. Au moment même où le niveau de scolarisation progresse, le credo du progrès est mis à distance et l'État décline, les frontières entre professionnels des institutions scientifiques et autres acteurs (usagers, malades, publics, praticiens, militants&#8230;) ne peuvent que devenir poreuses, impulsant une société de la connaissance disséminée&nbsp;:</li>
<li>les savoirs et engagements profanes sont reconnus pour leur légitimité et leur utilité, venant compléter les savoirs scientifiques experts. Cette combinaison a fait ses preuves dans de nombreux cas, des bergers anglais dont l'expérience locale peut être plus opératoire que des savoirs scientifiques plaqués abruptement aux malades du sida intervenant dans la conception de nouveaux essais thérapeutiques&nbsp;;</li>
<li>les citoyens et groupes concernés s'impliquent de plus en plus dans les décisions, approfondissant ainsi la démocratie délégative par une démocratie dialogique avec une multiplication des espaces de débats et de choix (démocratie technique participative, conférences de citoyens&#8230;).</li></ul></p>



<h3>Bibliographie&nbsp;:</h3>

<p><ul>
<li><del>Jacqueline</del> Janine Barbot (2002), <em>Les Malades en mouvements : la médecine et la science à l&#8217;épreuve du sida</em>, Paris&nbsp;: Balland</li>
<li>Christophe Bonneuil (2005), "<a href="http://sciences-medias.ens-lyon.fr/article.php3?id_article=56">Les transformations des rapports entre sciences et société en France depuis la Seconde Guerre mondiale&nbsp;: un essai de synthèse</a>", in Joëlle Le Marec et Igor Babou (dir.), <em>Actes du colloque Sciences, Médias et Société</em>, École normale supérieure Lettres et sciences humaines, Lyon 15-17 juin 2004, p. 15-40</li>
<li>Christophe Bonneuil (2006), "<a href="http://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00140594">Cultures épistémiques et engagement des chercheurs dans la controverse OGM</a>", <em>Natures Sciences Sociétés</em>, vol. 14, pp. 257-268</li>
<li>Christophe Bonneuil et Frédéric Thomas (2008), "L'Inra dans les transformations des régimes de production des savoirs en génétique végétale", in Christophe Bonneuil, Gilles Denis et Jean-Luc Mayaud (dir.), <em>Sciences, chercheurs et agriculture</em>, Paris : L'Harmattan/Éditions Quæ, pp. 113-135</li>
<li>Michel Callon, Pierre Lascoumes et Yannick Barthe (2001), <em>Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique</em>, Paris&nbsp;: Seuil</li>
<li>Emmanuel Henry, "<a href="http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00135903/fr/">Militer pour le statu quo. Le Comité permanent amiante ou l'imposition réussie d'un consensus</a>", <em>Politix</em>, n° 70, pp. 29-50</li>
<li>Pierre-Benoît Joly (1999), "Besoin d'expertise et quête d'une légitimité nouvelle&nbsp;: quelles procédures pour réguler l'expertise scientifique ?", <em>Revue française des affaires sociales</em>, vol. 53, pp. 45-53</li>
<li>Jean-Marc Lévy-Leblond (1996), <em>La Pierre de touche</em>, Paris&nbsp;: Gallimard Folio essais</li>
<li>Naomi Oreskes (2004), "Science and public policy: what's proof got to do with it?", <em>Environmental Science &amp; Policy</em>, vol. 7, pp. 369-383</li>
<li>Philippe Roqueplo (1996), <em>Entre savoir et décision, l'expertise scientifique</em>, Paris&nbsp;: INRA Éditions</li>
<li>Alexis Roy (2002), <em>Les experts face au risque: le cas des plantes transgéniques</em>, Paris&nbsp;: Presses universitaires de France</li>
<li>Brian Wynne (1992), "Misunderstood misunderstanding: Social identities and public uptake of science", <em>Public Understanding of Science</em>, vol. 1, pp. 281-304</li></ul>]]></content:encoded>
</item>
<item rdf:about="http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/03/02/450-vers-une-science-feministe">
  <title>Vers une science féministe ?</title>
  <link>http://www.enroweb.com/blogsciences/index.php?2011/03/02/450-vers-une-science-feministe</link>
  <dc:date>2011-03-02T10:52:27+01:00</dc:date>
  <dc:language>fr</dc:language>
  <dc:creator>Enro</dc:creator>
  <dc:subject>G&amp;eacute;n&amp;eacute;ral</dc:subject>
  <description>Le féminisme n’est pas que pour les femmes !
Être féministe, qu’est-ce que ça veut dire au juste ? On peut répondre que c’est reconnaître l’injustice de la condition féminine et la combattre. Cas classique, ceux qui se battent contre l’inégalité ou les pressions sociales dirigées contre les femmes....</description>
  <content:encoded><![CDATA[ <h3>Le féminisme n’est pas que pour les femmes !</h3>
<p>Être féministe, qu’est-ce que ça veut dire au juste ? On peut répondre que c’est reconnaître l’injustice de la condition féminine et la combattre. Cas classique, ceux qui se battent contre l’inégalité ou les pressions sociales dirigées contre les femmes. Si l’on s’y attarde, on s’aperçoit que ce discours est plus profond : même si les inégalités entre les sexes semblent naturelles et peuvent être prétendument expliquées par des références scientifiques (souvenons-nous des <a href="http://www.prismedetete.net/comment-la-science-fabrique-des-contes-de-fees/" target="_blank">métaphores sur la reproduction humaine</a>) , les féministes insistent sur leur côté construit et donc modifiable. Ainsi, l’être humain a le pouvoir d’aller contre les perceptions courantes de soi et de la société.</p>
<p>Une version féministe de la science ne devrait pas seulement chercher à défendre la place de la femme. Ce n’est pas non plus une science qui ferait appel à des qualités considérées comme féminines (préférence donnée aux comportements complexes de coopération et d’interaction par rapport aux attitudes individualistes et dirigistes), car féministe n’est pas synonyme de féminin.</p>

<p>Une science féministe, c’est une science faite en féministe donc en refusant l’idée d’une limite des potentialités humaines. Celui ou celle qui s’en réclame doit rester fidèle à ses valeurs et sa culture propres et, tout en s’inscrivant dans le champ scientifique, rendra également des comptes à la communauté sociale et politique à laquelle il ou elle appartient. Un beau programme, s’il en est.</p>
<h3><strong>La science moderne et ses alternatives</strong></h3>

<p>Mais si on accepte une science féministe, en sommes-nous conduits à accepter une science créationniste ou une science communiste ? Voilà qui irait contre l’idée de science une et indivisible. Même si la pratique de la recherche scientifique est plurielle et que les disciplines qui la composent entrent parfois en conflit. Et elle est entourée d’une démarcation qui nous fait bien sentir où commence la science (entre la psychologie et l’économie) et où elle s’arrête (avec les Bogdanov).</p>

<p>Pourtant, la science moderne telle qu’on la connaît aujourd’hui aurait pu être différente. On voit bien comment le développement de la science moderne en Occident a été fortement marqué par les riches gentlemen des Lumières, dirigés contre la sagesse populaire des femmes et des « sorcières » (1). On sait aussi qu’il suit globalement une même direction — celle d’une plus grande maîtrise de l’environnement conduisant à une meilleure efficacité de la production (je ne parle pas de « progrès » car cette notion a trop de connotations).</p>

<p class="center"><img title="pantheon" src="http://www.prismedetete.net/wp-content/uploads/2011/02/pantheon.jpg" alt="" width="600" height="400" /><br /><em>Panthéon – la Patrie, entre la Liberté et l’Histoire, distribue des couronnes aux grands hommes</em></p>

<p>Du coup, certains philosophes des sciences ont proposé de regarder la science moderne comme quelque chose qui aurait pu ne pas arriver. Ils envisagent alors d’autres versions de la science, dont la science féministe. Petit tour d’horizon…</p>

<p>La première alternative est dite néo-marxiste. Au XIXe siècle, les philosophes allemands Engels et Marx défendaient une certaine vision de l’histoire et de l’économie, qui a été étendue depuis à d’autres disciplines. Trois idées marquent la vision néo-marxiste de la science. Ce ne sont pas ses mauvais usages mais la nature même de la science bourgeoise qui explique l’emprise croissante de la technologie (modification génétique de l’homme, contrôle de la matière à l’échelle manométrique, remplacement de l’homme par la machine etc.). Dans sa volonté de tout expliquer en décomposant mécaniquement des systèmes complexes (réductionnisme), la science bourgeoise serait néfaste. Une autre science néo-marxiste et plus émancipatrice est possible, et elle nous rapprochera de la vérité. Selon certains philosophes, cette science dépasserait la séparation entre sujet et objet, entre le rationnel et l’émotionnel…</p>

<p>Faisant la jonction entre l’avant et l’après mai 1968, le philosophe français Michel Foucault s’est intéressé aux pratiques de discours qui font exister un objet. Selon lui, la scientificité (2) n’est qu’une étape du discours, qui advient lorsque les normes de vérification et de cohérence sont fixées par un ensemble de critères formels. Ces critères dépendent du contexte historique et sont fondamentalement idéologiques. Foucault note également que la connaissance est nécessaire au pouvoir (qu’il nomme « bio-pouvoir »(3)) et que celui-ci pousse à la normalisation totale de nos vies. On peut alors imaginer une science qui s’oppose ou résiste à l’absorption par le pouvoir, s’étendant à partir de foyers alternatifs — ce dont Foucault lui-même semble douter, y voyant encore et toujours la main du pouvoir !</p>
<h3>La voix des femmes</h3>
<p>Pour Evelyn Fox Keller, la généticienne devenue philosophe féministe dans les années 1970, nos conceptions de ce qui fait la connaissance scientifique sont biaisées par l’expérience infantile de l’objectivité. Celle-ci est elle-même marquée par des normes et structures sociales : depuis la Grèce antique, la vérité est assimilée à une vertu proche de l’amour (« phile ») ; puis elle deviendra « eros » par la force des choses ; ainsi, la recherche de la vérité « s’érotisera » avec le développement d’une vision où l’homme triomphe de la nature en la courtisant, allant jusqu’à la violer s’il faut.</p>

<p class="center"><img title="femme" src="http://www.prismedetete.net/wp-content/uploads/2011/02/femme.jpg" alt="" width="600" height="400" /><br /><em>Ernest Barrias, « La Nature se dévoilant devant la Science », 1899 au Musée d’Orsay</em></p>

<p>Avec cette prépondérance de l’idée de contrôle, les explications mécanistes et réductionnistes sont privilégiées au détriment des modèles d’auto-organisation et de forte interaction. L’éducation des jeunes garçons favorise une autonomie statique (qui se construit en dominant les autres, et en détachant le sujet de l’objet) que l’on retrouve ensuite en science. Cependant, une autre objectivité plus proche de l’éducation féminine, fondée sur l’autonomie dynamique (qui admet le lien aux autres et notre connexion avec le monde), est possible.</p>

<p>Enfin, la philosophe de la biologie Donna Haraway s’est penchée en 1989 (4) sur la primatologie, discipline dont les principes méthodologiques sont constamment révisés sur le terrain. Elle montre que, au-delà des mœurs et de l’organisation sociale des grands singes, les primatologues étudient des systèmes représentés par des métaphores qui peuvent changer au cours du temps. Ainsi, à la métaphore de la « division du travail » a succédé celle de la « circulation de l’information », etc. Pour Donna Haraway, l’éthologie et l’étude des animaux n’ont jamais porté sur les animaux eux-mêmes, mais sur des systèmes que les animaux ont servi à incarner (typiquement, les sociétés mâles dominantes). Plutôt que de réclamer sans cesse une objectivité transcendante, Haraway nous encourage à reconnaître que toute connaissance est locale, médiée, située et partielle.</p>
<h3>Comment crée-t-on une science féministe ?</h3>
<p>Ainsi, la science féministe n’est qu’une des multiples façons de remettre à plat une définition de la pratique scientifique que l’on pensait acquise. La science féministe n’est pas révolutionnaire : elle prolonge essentiellement les modes de raisonnement et de justification existants. Les théories qu’elle produit peuvent être comparées avec d’autres théories scientifiques alternatives. Ouf, pas de créationnisme ou de science communiste en vue ! Une fois ce préalable posé, la philosophe Helen Longino donne sa recette pour créer une science féministe en seulement deux étapes :
<ul>
	<li>abandonner l’idée que c’est en faisant parler les données qu’on crée un savoir absolu, et donc ne plus rester passif face aux données</li>
	<li>domaine par domaine, regarder quelles hypothèses fondamentales sont tenues latentes et leur influence sur le processus de recherche. Pour cela, il est bon de connaître l’histoire du domaine</li>
</ul></p>

<p>Présentée ainsi, la science féministe fait moins peur et emprunte beaucoup de traits aux exigences de réflexivité présentes dans certaines méthodes scientifiques. Et pourtant, elles sont loin d’être majoritaires ! Dans « Science as Social Knowledge », l’auteure prend l’exemple des recherches cognitives sur les différences liées au sexe ainsi que les recherches paléo-anthropologiques sur les sociétés préhistoriques. Quand les chercheurs essayent de comprendre comment l’évolution des sociétés préhistoriques a été marquée par le changement de comportement d’un groupe en particulier, ils font entrer en ligne de compte tout un tas de « valeurs » masculines comme hypothèses de base. Entre la théorie de l’homme-chasseur (développant des outils en pierre utiles à la chasse) et celle plus récente de la femme-cueilleuse (développant des outils organiques — branchages… — qui ne se sont pas conservés), il n’y a pas de désaccord sur les données de fouille, <a href="http://books.google.com/books?id=BKCHvoKevuQC&amp;lpg=PA198&amp;ots=kwc8zEc10G&amp;dq=homme%20chasseur%20femme%20cueilleuse&amp;hl=fr&amp;pg=PA198#v=onepage&amp;q=les%20m%C3%AAmes%20donn%C3%A9es%20prennent%20un%20sens%20tout%20diff%C3%A9rent&amp;f=false" target="_blank">seulement sur leur interprétation</a>.</p>

<p class="center"><img title="artparietal" src="http://www.prismedetete.net/wp-content/uploads/2011/02/artparietal.jpg" alt="" width="400" height="500" /></p>

<p>L’ouvrage de Longino a été écrit en 1990. Vingt ans après, il semble que certaines de ces valeurs masculines ont été effectivement battues en brèche en science, y compris par la présence accrue de femmes chercheuses ! Cependant, il ne faudrait pas en conclure que nous sommes entrés dans l’ère de la science féministe. Pour Manuela de Barros, philosophe et théoricienne de l’art à l’université Paris 8, « il en va de la science féministe comme du féminisme en général : une idée difficile à rendre opératoire dans les comportements et les compréhensions profondes », notamment parce qu’elle s’oppose à « un système qui a peu d’intérêt à changer ses prémices puisqu’elles profitent à ceux qui les ont créées ». Cette « note de bas de page » de l’histoire des sciences mérite à mon sens de rester vive dans les esprits, j’espère que ce billet y contribuera !</p>

<em>Je remercie Manuela de Barros pour sa relecture et ses commentaires.</em>

<p>Notes :</p>

<p>(1) Au passage, on ne dira jamais assez combien l’expression « remède de bonne femme » est méprisante !</p>

<p>(2) On appelle « scientificité » le caractère de ce qui est scientifique, c’est-à-dire la qualité des pratiques et des théories qui cherchent à établir des régularités reproductibles, mesurables et réfutables dans les phénomènes par le moyen de la mesure expérimentale, et à en fournir une représentation explicite (définition Wikipédia).</p>

<p>(3) <em>La volonté de savoir</em>, Gallimard, 1976 (Tome I de l’<em>Histoire de la sexualité</em>) ; <em>Il faut défendre la société</em>, Cours au Collège de France, 1975-76, Hautes études, Gallimard/Seuil.</p>

<p>(4) <em>Primate Visions : Gender, Race, and Nature in the World of Modern Science</em>. Routledge : New York and London, 1989.</p>

<p><strong>Pour aller plus loin :</strong>
<ul>
	<li><a href="http://www.samizdat.qc.ca/cosmos/sc_soc/sc_mx_pg.htm">à propos de la notion de science chez Karl Marx</a></li>
        <li><a href="http://biosex.univ-paris1.fr/dossiers-thematiques/biologie-et-feminisme/">à propos du féminisme en biologie, et de la critique féministe comme "contrôle" des concepts et conditions d'expérience
	<li><a href="http://plato.stanford.edu/entries/feminism-epistemology">épistémologie féministe et philosophie des sciences</a> dans la <em>Stanford Encyclopedia of Philosophy</em></li>
</ul></p>

<p>&gt;&gt; Illustrations CC Flickr : <a href="http://www.flickr.com/photos/wallyg/" target="_blank">wallyg</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/bierdoctor/" target="_blank">BierDoctor</a>, <a href="http://www.flickr.com/photos/pierre_pouliquin/" target="_blank">Pierre Pouliquin</a></p>

<p>&gt;&gt; Cet article a été <a href="http://www.prismedetete.net/vers-une-science-feministe-2/">publié initialement sur le Pris(m)e de tête.</a></p>]]></content:encoded>
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