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Communication et vulgarisation des sciences


Communication


Rôle central dans l'activité scientifique


Bruno Latour. La Vie de laboratoire. 1988 (La Découverte), évidemment external link. Notamment :
(...) les acteurs reconnaissent que la production d’articles est le but essentiel de leur activité. La réalisation de cet objectif nécessite une chaîne d’opérations d’écriture qui vont d’un premier résultat griffonné sur un bout de papier et communiqué avec enthousiasme aux collègues, au classement de l’article publié dans les archives du laboratoire. Les nombreux stades intermédiaires (conférences avec projection, diffusion de tirés-à-part, etc.) ont tous un rapport sous une forme ou sous une autre avec la production littéraire.

Michel Callon, "Introduction, in idem (dir.), La Science et ses réseaux. Genèse et circulation des faits scientifiques, La Découverte, coll. "Textes à l'appui", 1989 :
Même s'il disposait des équipements les plus perfectionnés, un chercheur resterait paralysé s'il n'était régulièrement approvsionné en documents de toute sorte qui le maintiennent en contact non seulement avec ses collègues et concurrents, lointains ou proches, connus ou inconnus, mais plus généralement avec tous ceux qui s'intéressent à son travail (commanditaires, enseignants…) ou dont le travail l'intéressé. Les chercheurs sont des lecteurs et des écrivains particulièrement attentifs et productifs. Retirez-leur cette littérature dont ils se nourrissent et ils se retrouvent désemparés, ne sachant plus ce qui vaut la peine d'être approfondi. La troisième catégorie rassemble donc les articles scientifiques proprement dits, mais aussi les rapports, les notes de travail, les mémoires, les thèses ou les brevets qui sont lus ou parcourus par les chercheurs pour être repris, réfutés, transformés, démembrés ou… tout simplement ignorés. Pour un chercheur, bien choisir ses lectures est aussi important que de bien choisir ses instruments. (p. 12)

João Caraço. Science et communication. 1999 (PUF coll. Que sais-je ?) :
Cependant, le fait de conjecturer, comme il a été dit, n'est qu'une partie du processus de communication. L'autre partie, au moins aussi importante, correspond à la circulation, à la validation et à l'utilisation dans le langage des connaissances générées. Il semble donc facile de reconnaître que la circulation des connaissances scientifiques constitue une partie du processus consistant à faire de la science, c'est à dire, de l'activité scientifique reconnue en tant que telle. (p. 41)

Jürgen Habermas, La Technique et la science comme "idéologie", Gallimard coll. "Tel", 1990 (1ère édition en allemand, 1968) (trad. Jean-René Ladmiral) :
On a calculé que pendant les cent dernières années, la recherche étant de plus en plus différenciée, le nombre des revues scientifiques spécialisées a doublé tous les quinze ans. De nos jours, il paraît de par le monde quelque 50 000 publications scientifiques périodiques. Avec cet afflux croissant d'informations que doit assimiler le public scientifique, on voit se multiplier les tentatives pour condenser un tel matériel qu'il devient impossible de dominer, pour le trier et le traiter, de telle sorte qu'on puisse en avoir une vue d'ensemble.
Les abstracts ne représentent que la première étape de tout un processus de traduction qui opère la transformation de cette matière brute que représentent les informations initiales. Il existe toute une série de revues qui ont ainsi pour but d'assurer la communication entre les scientifiques des différentes disciplines, car ces derniers ont besoin d'un interprète pour être en mesure d'utiliser pour leur propre travail les informations importantes en provenance des secteurs voisins du leur. Plus la recherche se spécialise, plus grandes sont les distances qu'une information importante a à franchir avant de pouvoir être intégrée au travail d'un autre spécialsite : ainsi les physiciens s'informent-ils par exemple sur les développements récents de la technique et de la chimie en lisant le Time Magazine. C'est sans doute avec raison que Helmut Krauch suppose qu'en Allemagne aussi, les échange entre scientifiques de disciplines différentes en sont déjà réduits à passer par les traductions d'un journalisme scientifique, qui va des comptes rendus bibliographiques de haut niveau aux rubriques scientifiques de la presse quotidienne. […] Étant donné la division du travail très poussée, la "publicité" (Öffentlichkeit) extérieure à la science est à beaucoup d'égards déjà le plus court chemin permettant une intercompréhension interne entre des spécialistes qui sont maintenant devenus tout à fait étrangers les uns aux autres. Mais cette nécessité de traduire les informations scientifiques, qui émane du processus même de la recherche, profite aussi à la communication, très menacée, qui s'établit entre les sciences et le public très large du débat (Öffentlichkeit) politique. (pp. 126-128)

Anouk Barberousse et Laurent Pinon, "Activité scientifique et écriture", in idem (dir.), Écriture scientifique, Genesis, 2003, pp. 7-18 :
Souligner l'importance de l'écriture dans l'activité scientifique peut ainsi provoquer deux réactions : on peut considérer qu'il s'agit ou bien d'un truisme, ou bien d'un paradoxe scandaleux. En effet, les résultats scientifiques doivent nécessairement être transmis pour atteindre ce statut ; et il se trouve qu'ils sont de plus en plus transmis par l'écrit. Les écrits scientifiques sont ainsi, depuis les débuts de la science moderne au XVIIe siècle au moins, la mémoire externe des scientifiques. Mais d'autre part, l'acte d'écriture est périphérique dans la vie quotidienne des chercheurs : ce n'est pas pour écrire qu'ils ont choisi leur métier. Affirmer que l'écriture tient une place importante dans leur quotidien pourrait passer pour sous-entendre qu'ils consacrent leur temps à des tâches subsidiaires. (p. 7)

Modalités, historique


cf. Guédon, Jean-Claude, A l'ombre d'Oldenburg : Bibliothécaires, chercheurs scientifiques, maisons d'édition et le contrôle des publications scientifiques (trad. française de [[Guedon2001]]), , 2001, http://www.bpi.fr/uploadfile/oldenburg-jcguedon.pdf external link

Jean-Marc Lévy-Leblond. "La langue tire la science" in La pierre de touche : la science à l'épreuve. 1996 (Gallimard coll. Folio essais) :
Et les registres de la communication sont divers, en s'en tenant toujours à l'activité scientifique professionnelle. On peut en distinguer trois : la communication informelle, pendant le travail d'élaboration du savoir (l'activité de recherche proprement dite), qui prend place à l'intérieur du laboratoire ; la communication institutionnelle, dès lors qu'il s'agit, au sein de la collectivité scientifique, de faire connaître, discuter et valider les résultats obtenus ; la communication publique, qui vise la diffusion et la reconnaissance sociale du savoir. Le tableau suivant résume et concrétise ces formes multiples. (p. 235)

Communication informelleCommunication institutionnelleCommunication publique
Communication écriteCahiers de laboratoire, courrier (et Internet, etc.)Articles spécialisés (publications primaires)Vulgarisation (livres, presse)
Communication oraleDiscussions de travail, échanges (téléphone)Colloques, séminaires, conférences de presseEnseignement, médias (radio, télé)

Jean-Paul Gaudillière, "Cahiers de laboratoire et traces de la production scientifique : de nouveaux objets pour l'histoire ?", pp. 223-237 in Françoise Balibar et Marie-Laure Prévost, Pasteur, cahiers d'un savant, CNRS-Editions - Zulma :
Traces de la production scientifique et modes de reconstruction (p. 229) :

Mode de reconstructionTextesDispositifsAudiences
Temps réel, non linéaireCahiers, notesConstructions locales, gestesÉquipe de recherche
Rétrospectif, non linéaireLettres, brouillonsPrototypes, inscriptions, protocolesRéseaux informels
Rétrospectif, linéaireRapports, articlesOutils standards, noticesGroupes de spécialistes
Prospectif, linéaireArticles, manuels, essaisInstruments de démonstrationÉtudiants, public cultivé

Georges Lochak. Défense et illustration de la science. 2002 (Ellipses) :

Mais au XVIIIe siècle, les hommes de science français se tinrent, pour l'essentiel, en dehors de tout cela — sociétés savantes ou université — et ils le restèrent longtemps, se contentant de correspondre entre eux, et avec leurs pairs étrangers.
Il est intéressant de noter, tant est lente l'évolution des mœurs, que Français et étrangers conservaient, du discours péripatéticien et des traditions alchimiques, un penchant pour la polémique et un goût du secret. Ils s'épuisaient en libelles et en débats publics, se défiaient par voie d'huissier, en concours anonymes, consignaient des théorèmes sans démonstration, notaient des résultats sous forme d'anagrammes illisibles ou de codes connus d'eux-seuls, pour se perdre ensuite en querelles de priorité.
Pendant près d'un siècle après sa formation, l'Académie des Sciences de Paris ne publia pas ses Comptes rendus pour ne pas en révéler le contenu scientifique et l'on se demandait si publier la critique d'un livre encourage sa lecture ou, au contraire, la décourage en en révélant la teneur. (p. 96)

Communication sur Internet


cf. Pignard-Cheynel, Nathalie, La communication des sciences sur Internet. Stratégies et pratiques, Université Grenoble 3, Grenoble, France, 2004, http://sciences-medias.ens-lsh.fr/scs/IMG/pdf/These_PIGNARD-6.pdf external link

Vulgarisation, médiation


Comment vulgariser ?


Bruno Latour, Le Métier de chercheur, regard d'un anthropologue, INRA éditions, coll. "Sciences en questions", 2001 :
(…) n'est-il pas paradoxal de vouloir toujours intéresser le public aux faits, alors que pas un seul scientifique ne s'yn intéresse ? Le scientifique s'intéresse précisément à ce qui n'est pas encore un fait. La source de son intérêt, de sa passion, c'est le tri entre ce qui sera jugé scientifiquement valable et ce qui ne le sera pas. Le ressort de l'intérêt à l'intérieur de la communauté scientifique n'est donc pas celui qu'on utilise à l'extérieur de cette communauté pour diffuser la science. Il y a là matière à réflexion ! (p. 45)

Harry Collins et Trevor Pinch, Tout ce que vous devriez savoir sur la science, éditions du Seuil, coll. "Points sciences", 2001 (pp. 189-190) :
Le débat sur l'appréhension publique de la science est également faussé par une confusion entre méthode et contenu. C'est la méthode que nous voulons voir expliquée, mais c'est le contenu de la science que la plupart des gens curieux de ces questions attendent qu'on leur révèle — autrement dit, ce que les puissants croient être le contenu de la science. La raison invoquée par ceux qui se préoccupent de faire connaître la science au public est que les questions scientifiques et techniques sont de plus en plus souvent impliquées dans le processus politique. Les citoyens, lorsqu'ils votent, ont besoin d'un minimum de connaissances pour décider s'ils préfèrent voir augmenter le nombre des centrales thermiques ou des centrales nucléaires, augmenter la production de blé ou la propreté des rivières, la vivisection ou les progrès de la médecine, ou encore savoir su ce sont là les seules alternatives. Peut-être existe-t-il des solutions neuves — force marémotrice, agriculture biologique, test des médicaments sans vivisection. Les "vulgarisateurs" semblent croire que si l'homme de la rue connaissait mieux les questions scientifiques, il serait mieux à même de décider de toutes ces choses.
Comment peut-on penser cela ? C'est une des plus grandes illusions de notre temps. Pourquoi ? Parce que, dans ces débats, on trouvera toujours des docteurs et des professeurs pour défendre des opinions opposées. Les arguments sont en grande partie forgés dans les universités. Les défenseurs des deux bords p. 190 -> ont donc des connaissances en des domaines précis qui dépassent de beaucoup celles que l'on pourra jamais espérer attendre de l'homme de la rue et tous savent comment défendre leur point de vue avec netteté et sans commettre d'erreurs évidentes. La raison pour laquelle de tels débats sont insolubles en dépit de toutes ces compétences est ce que nous tenté de démontrer dans ce livre. En d'autres termes, nous avons montré qu'il est impossible aux chercheurs de trancher leurs désaccords en affinant leurs expériences, en acquérant de nouvelles connaissances, en faisant progresser les théories ou en clarifiant leur pensée. Il est vain de croire que le public en général puisse faire mieux.
Nous sommes d'accord avec les médiateurs de la science pour affirmer que le citoyen a besoin d'être assez informé pour se prononcer sur des questions techniques, mais il n'est pas nécessaire que l'information porte sur le contenu de la science : elle doit concerne les rapports entre les experts et les hommes politiques, les médias et le reste de la population. Le citoyen sait de longue main comment s'y retrouver au milieu d'avis divergents qui prétendent être autre chose que ce qu'ils sont. "Qui croire ?" n'est pas la seule question ; il y en a deux : "Qui croire ?" et "Les scientifiques sont-ils des dieux ou des charlatans ?" La seconde est celle qui rend le débat si incertain du fait, comme nous l'avons dit, que deux options seulement sont proposées.

Mise en culture de la science


Jean-Marc Lévy-Leblond, "Pour des centres culturels scientifiques et techniques" in L'Esprit de sel, Points Seuil, 1984 :
La science, aujourd'hui, n'est pas intégrée à la culture, qu'elle soit savante ou populaire — et la technique, si elle en est moins absente, n'y est guère reconnue. Par ailleurs, il n'y a plus de culture professionnelle, digne de ce nom, propre aux milieux scientifiques. Lorsqu'on parle de "culture scientifique et technique", ce ne peut donc être pour la partager ou la développer — mais bien pour la créer : il s'agit de mettre en culture la science et la technique. Une condition nécessaire de cette mise en culture est évidemment la prise en compte des sciences sociales et humaines.
Il s'agit là d'une politique, au sens plein du terme, qui vise inséparablement des objectifs sociaux, économiques, culturels :
Une telle politique exige avant tout l'organisation d'échanges et de confrontations entre les producteurs de science et de techniques (chercheurs, ingénieurs, mais aussi techniciens et ouvriers, tant dans les institutions de recherche que dans les entreprises), les diffuseurs (enseignants, journalistes, commerciaux), le "public" — organisé (associations, syndicats, collectivités locales, comités d'entreprise, PMI) ou pas — et les responsables politiques et institutionnels. Ces confrontations, voire ces conflits, éviteront tout d&érapage de l'entreprise d'acculturation vers une extension sournoise du pouvoir des experts. À l'encontre d'une politique technocratique ou paternaliste, il ne s'agit pas seulement de partager le savoir, mais de le changer. Multiplier les échanges des milieux scientifiques techniques avec le corps social doit modifier, et la science et la société. On ne peut mettre la science en culture sans la mettre en question.
Une telle politique ne peut être menée :
Une telle politique exige des moyens nouveaux. Elle doit être multiforme et conjuguer des initiatives d'ampleurs très diverses. Mais pour qu'apparaissent pleinement le caractère novateur et l'échelle nationale de cette entreprise, pour lui assurer un caractère durable et éviter sa marginalisation ou sa gadgétisation, pour matérialiser l'engagement de fond de l'État et des collectivités locales, pour équilibrer le poids et contre-balancer l'inertie des institutions traditionnelles, il convient d'ancrer cette politique sur la création de quelques foyers importants autonomes et permanents que, faute de mieux, on nommera Centres culturels scientifiques et techniques (CCST).

Jean Caune, "La culture scientifique et technique en question", in Isabelle Pailliart (dir.), La publicisation de la science, Presses universitaires de Grenoble, 2005 :
Au début des années quatre-vingt, Jean-Marc Lévy-Leblond, dans cette perspective, proposait de "mettre en culture la science et la technique" en prenant en compte les sciences sociales et humaines (L’esprit de sel, 1982, p. 304). Ce projet, vingt ans plus tard, reste largement en friche. On peut se demander si les conditions de sa mise en œuvre ont été réellement prises en compte. La "mise en culture de la science" ne relève pas d'un processus unilatéral de diffusion. Elle consiste à articuler, par le biais des pratiques sociales, l'insertion des savoirs et des conditions de la connaissance dans les processus de formation et d'expression des personnes et dans la trame des liens symboliques dans la Cité. (p. 168)

cf. Kunth, Daniel, La place du chercheur dans la vulgarisation scientifique, Ministère de la recherche et de l'espace --- Délégation à l'information scientifique et technique, 1992, http://sciences-medias.ens-lsh.fr/scs/IMG/pdf/rapport_Kunth-3.pdf external link
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