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	<title>EnroWiki : LaurensMiliter</title>
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<div class="header">
	<h2>EnroWiki : <a href="http://www.enroweb.com/wiki/wakka.php?wakka=TextSearch&amp;phrase=LaurensMiliter">LaurensMiliter</a></h2>
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<a id="titelanker1"></a><h2>Extraits de &quot;Militer pour la science. Les nouveaux mouvements rationalistes en France (1930-2005)&quot; de Sylvain Laurens</h2>
<br />
<a id="titelanker2"></a><h3>Sauver le grand public de l'irrationnel. La bataille pour l'information scientifique et contre les pseudo-sciences (1970-1993)</h3>
<br />
l'Agence fran&#231;aise pour l'information scientifique (l'AFIS, qui deviendra Association en 1978), qui entend d&#232;s sa formation diffuser aupr&#232;s du plus grand nombre l'esprit critique et les r&#233;sultats de la science. Anim&#233;e par Michel Rouz&#233;, membre de l'UR et h&#233;ritier de la m&#234;me histoire politique, l'AFIS offre un parfait t&#233;moignage de l'&#233;volution m&#233;diatique du combat au nom de la raison dans les ann&#233;es 1970, et indissociablement de la fa&#231;on dont d'autres parcours et d'autres figures militantes sont d&#233;sormais mises en avant. Moins concentr&#233; sur la question du pacifisme et des grandes puissances se livrant la guerre autour de la science, le militantisme rationaliste prend dor&#233;navant surtout pour cible le grand public, qu'il convient de d&#233;tourner de la fausse science et des faux savants. Descendant dans l&#8217;ar&#232;ne m&#233;diatique, le militant rationaliste se doit d'intervenir dans les pol&#233;miques d'actualit&#233;, de prendre le contre-pied des mystifications m&#233;diatiques en y opposant un langage clair et accessible au plus grand nombre sur l'&#233;tat des connaissances scientifiques. L'id&#233;e que la science reste un outil fondamental de l'&#233;mancipation des citoyens est toujours en toile de fond et fait que ce rationalisme s'inscrit indubitablement dans la continuit&#233; de tous les combats sociaux du d&#233;but du xxe si&#232;cle, tout en en gommant les &#233;l&#233;ments les plus imm&#233;diatement partisans ou explicitement politis&#233;s. (p. 120)<br />
<br />
<a id="titelanker3"></a><h4>Comment parler au grand public de l'innovation technologique ?</h4>
<br />
les h&#233;ritiers du noyau Langevin-Joliot n'ont pas tous le m&#234;me rapport &#224; la science exp&#233;rimentale en lien avec les mondes industriels. Ils n'ont pas non plus tous pris le m&#234;me itin&#233;raire politique et n'occupent pas tous les m&#234;mes positions dans le champ scientifique. Une partie d'entre eux reprend la critique des pseudo-sciences pour l'appliquer d&#233;sormais au militantisme &#233;cologique oppos&#233; au nucl&#233;aire, voire au point de vue de certains de leurs coll&#232;gues d&#233;fendant d'autres approches &#233;pid&#233;miologiques (voir chapitre suivant). Dans ce contexte, l'accent mis sur l'irrationalisme de certaines pratiques populaires ou de certaines parasciences permet de se tenir &#224; distance des f&#234;lures internes qui menacent le noyau h&#233;ritier du groupe Langevin et de l'UR. (&#8230;) Ce type d'engagement public contre l'irrationnel qui prend pour cible les rumeurs ou les charlatans reste d&#233;finitivement le compromis le plus acceptable par tous les p&#244;les de la galaxie rationaliste. (p. 143)<br />
<br />
<a id="titelanker4"></a><h3>Le mouvement rationaliste rattrap&#233; par les patrons des nouvelles bureaucraties savantes (1979-2010)</h3>
<br />
<a id="titelanker5"></a><h4>&quot;Le refus du r&#233;el&quot;, livre fondateur d'une &quot;sound science&quot; &#224; la fran&#231;aise</h4>
<br />
&#171;&#160;Le refus du r&#233;el&#160;&#187; [publi&#233; en 1978 par le m&#233;decin et physicien Maurice Tubiana] offre le parfait exemple de la fa&#231;on dont la lutte contre les pseudo-sciences peut d&#233;sormais se conjuguer avec une critique des angoisses qui seraient suscit&#233;es par le progr&#232;s technique. La peur de la mort, relevant &#224; la fois du psychologique et de la nature humaine, expliquerait un comportement tendanciellement irrationnel face au progr&#232;s, que seule une information circulant de mani&#232;re fluide dans l'organisme social pourrait venir compenser. Maurice Tubiana s'y emporte contre l'irrationalisme des patients et les &#171;huit millions de consultations donn&#233;es par an en France par environ 40 000 gu&#233;risseurs&#160;&#187;. Le maintien de ces pratiques malgr&#233; les progr&#232;s de la science va, selon Tubiana, de pair avec d'autres, notamment &#171; la mode des produits dits "biologiques", ou "naturels" [qui] constitue un aspect plus r&#233;cent des mythes alimentaires&#160;&#187;, alors qu'il serait prouv&#233; que la part des pesticides n'est pas si r&#233;duite dans ce type de nourriture et que &#171; m&#233;dicalement parlant, la hantise du poulet aux hormones et des antibiotiques pour l'alimentation du b&#233;tail n'a aucun sens &#187;. (&#8230;) Le discours contre les &#233;cologistes est tr&#232;s r&#233;current dans l'ouvrage. Tubiana ironise sur un mouvement qui &#171; prit son essor aux &#201;tats-Unis avec la b&#233;n&#233;diction de la classe politique et des parents heureux de voir les jeunes abandonner une contestation politique violente pour se polariser sur la d&#233;fense de la nature et des esp&#232;ces animales en voie d'extinction &#187;. Mettant dans un m&#234;me panier &#233;cologie politique et science environnementale, il s'attaque tout &#224; la fois &#224; la mont&#233;e de l'&#233;cologie sur les campus am&#233;ricains (qui aurait servi de d&#233;rivatif et permis de faire oublier aux &#233;tudiants l'opposition &#224; la guerre du Vietnam) et &#224; l'int&#233;r&#234;t nouveau port&#233; par certains d&#233;partements de sciences naturelles aux &#233;cosyst&#232;mes. Parti enseigner en 1967 &#224; l'universit&#233; de Pennsylvanie (Philadelphie), et &#224; l'universit&#233; de Stanford (Californie) en 1961 puis 1970, Tubiana y aurait &#233;t&#233;, si on en croit ses m&#233;moires, horrifi&#233; par l'ambiance de ces campus et par ce qu'il appelle l'&#171; &#233;cologisme &#187;: &#171;&#160;L'&#233;cologisme est n&#233; en 1962 avec le livre de Rachel Carson, Le printemps silencieux, pendant la p&#233;riode d'agitation estudiantine aux Etats-Unis caus&#233;e par la guerre du Vietnam o&#249; les &#233;tudiants partaient pendant leur service militaire.&#160;&#187; (pp. 167-168)<br />
<br />
L&#224; o&#249; la sound science (cette id&#233;e que le d&#233;bat public sur les nouvelles technologies devrait reposer sur de &#171; bonnes &#187; donn&#233;es scientifiques fournies par des experts de tous bords) est port&#233;e aux &#201;tats-Unis par les firmes du tabac, la particularit&#233; fran&#231;aise de ce retournement dans l'argumentation au nom de la science est qu'il a lieu depuis le secteur public de la recherche, qui d&#233;veloppe ses applications industrielles en lien avec des champions nationaux industriels et le monde hospitalier. A cheval entre grands instituts de recherche en sant&#233; publique et m&#233;decine lib&#233;rale, Tubiana porte simultan&#233;ment trois casquettes : il est d'abord un physicien sp&#233;cialiste des radiations, il est ensuite un soutien du nucl&#233;aire civil &#233;nerg&#233;tique, puis un m&#233;decin partisan du d&#233;veloppement de la m&#233;decine nucl&#233;aire. Par l&#224;, il a tendance &#224; minimiser les formes d'exposition directes &#224; des radiations qu'occasionne l'expansion de ce type de dispositifs m&#233;dicaux. Dans le cas fran&#231;ais, un acteur comme Tubiana a, tout &#224; la fois, combattu toute sa vie les industries du tabac et consid&#233;r&#233; la canc&#233;rologie environnementaliste comme suspecte, car l'approche environnementale est pr&#233;cis&#233;ment celle d&#233;fendue &#224; la fois par des cigarettiers et des &#233;cologistes critiquant le nucl&#233;aire. Reprenant la phras&#233;ologie du comit&#233; OMS de 1957 auquel il a particip&#233;, il assimile les partisans de l'&#233;cologie ou les critiques du nucl&#233;aire aux tenants de la voyance ou aux fumeurs qui consomment des d&#233;rivatifs pour fuir le &#171; vertige du n&#233;ant &#187; (titre du dernier chapitre de son livre). (p. 171)<br />
<br />
Depuis ce point de vue, la science serait d'abord une m&#233;thode, et non un esprit adoss&#233; par avance &#224; une &#171;logique formelle &#187;. L'exp&#233;rimentation mettrait en permanence en danger des &#171; th&#233;ories unitaires et simplificatrices sugg&#233;rant que tout peut s'interpr&#233;ter &#224; l'aide de quelques constituants &#233;l&#233;mentaires &#187;. Apr&#232;s &#234;tre revenu sur l'&#233;pisode Lyssenko, Tubiana d&#233;finit ce qui doit rester le r&#244;le de la science &#224; l'&#232;re moderne : le &#171; respect des faits &#187;, la &#171; m&#233;fiance des doctrines &#187;, le &#171; scepticisme constructif &#187; et l'&#171; imagination &#187;. Ne pas refuser le r&#233;el, ce serait d'abord se plier &#224; ce qui fait le propre de l'exp&#233;rimentation en laboratoire. Le technique d&#233;politise. Toutes les &#233;tudes montreraient que &#171; les personnes favorables &#224; l'&#233;nergie atomique acceptent le monde moderne &#187; et &#171; tendent &#224; d&#233;politiser la controverse et &#224; la ramener &#224; son aspect technique &#187;. &#192; l'inverse, les personnes hostiles au nucl&#233;aire, souvent issues de milieux litt&#233;raires, verraient dans les centrales un moyen de conjurer leur angoisse: &#171;&#160;Le contestataire type serait plut&#244;t de formation litt&#233;raire et il peut avoir fait des &#233;tudes sup&#233;rieures. Il tend &#224; politiser le probl&#232;me et prend volontiers une position anti-technocratique. Pour lui la science est d&#233;shumanisante. La nature identifi&#233;e &#224; la m&#232;re est sacr&#233;e, il ressent comme sacril&#232;ge toute exploitation intensive de la m&#232;re nature et pense qu'il faut en arriver &#224; la croissance z&#233;ro pour m&#233;nager celle-ci.&#160;&#187;<br />
<br />
Dans cette nouvelle version du discours rationaliste, l'opposition avec la tradition classique (philosophie, sciences humaines) est consomm&#233;e. Dans ce cadre-l&#224;, le &#171; r&#244;le de l'information &#187; (titre de la troisi&#232;me partie du livre de Tubiana) est de faciliter la circulation des informations dans le corps de la soci&#233;t&#233;. &#171; Les r&#233;actions psychosociologiques devant l'atome soulignent l'importance et les difficult&#233;s de la communication. Le contact s'&#233;tablit mal entre l'opinion et les sp&#233;cialistes &#187;, regrette Tubiana. Ce point de vue sur ce qui ferait obstacle &#224; la science entra&#238;ne un renversement complet des propositions des physiciens des ann&#233;es 1930, pour lesquels les croyances politiques importaient peu puisque la science allait r&#233;soudre la question sociale.<br />
<br />
Pour Tubiana, les croyances politiques sont dangereuses, car contraires &#224; l'exp&#233;rimentation, et il faudrait donc &#224; l'inverse imposer les principes de l'approche exp&#233;rimentale au champ politique : <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;Non seulement les doctrines politiques ne fournissent pas de solutions mais elles peuvent g&#234;ner leur recherche dans la mesure o&#249; elles conduisent &#224; refuser de voir les faits. Il est vraisemblable que si l'on parvenait &#224; se lib&#233;rer des cill&#232;res issues des dogmes, qu'un abord empirique, objectif permettrait de trouver des rem&#232;des techniques &#224; de nombreux probl&#232;mes class&#233;s comme politiques ; concilier la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales avec le maintien des motivations, am&#233;liorer l'objectivit&#233; de l'information tout en respectant la libre expression des opinions sont des probl&#232;mes op&#233;rationnels qui peuvent se traiter comme tels&#160;&#187;.</div>
<br />
Cet ouvrage t&#233;moigne d'une transformation des registres d'intervention des savants occupant des positions dominantes dans la bureaucratie scientifique fran&#231;aise. Le chemin est ouvert pour une &#233;pist&#233;mologie pla&#231;ant l'innovation technologique &#171; au-dessus&#187; des &#233;ventuelles craintes citoyennes. La responsabilit&#233; du savant est d&#233;sormais de ne pas &#233;couter les mises en garde de profanes qui auraient en la mati&#232;re des pratiques irrationnelles, voire vichystes. Cette approche port&#233;e par les tenants de l'instrumentation et de la bureaucratie scientifique a pour elle l'appui du pouvoir politique et la force sociale conf&#233;r&#233;e par une croissance industrielle retrouv&#233;e. Elle va peu &#224; peu entrer en concurrence avec le discours tenu par les militants se voulant les h&#233;ritiers d'une &#233;pist&#233;mologie engag&#233;e. (p. 172-173)<br />
<br />
<a id="titelanker6"></a><h4>L'UR et l'AFIS tiraill&#233;es entre &#233;pist&#233;mologie engag&#233;e et plaidoyer pour la technologie</h4>
<br />
Peu &#224; peu, le point de vue port&#233; par les tenants d'une science exp&#233;rimentale va prendre le pas sur celui des h&#233;ritiers d'une &#233;pist&#233;mologie engag&#233;e. Entra&#238;n&#233;s par le discours de certains patrons de la bureaucratie scientifique et par des effets d'audience, les d&#233;fenseurs du rationalisme vont privil&#233;gier une posture m&#234;lant glorification des d&#233;couvertes industrielles et d&#233;nonciation des charlatans et des &#171; gogos &#187;. Ce point de vue sera encore renforc&#233; &#224; compter de la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980 par les tenants de la z&#233;r&#233;tique qui se donnent pour cibles tout autant les pseudo-sourciers que les opposants aux lignes &#224; tr&#232;s haute tension (THT). (p. 182)<br />
<br />
<a id="titelanker7"></a><h4>La z&#233;t&#233;tique : le rationalisme sans la responsabilit&#233; du savant</h4>
<br />
<a id="titelanker8"></a><h5>La z&#233;t&#233;tique contre les technophobes</h5>
<br />
D&#232;s les premiers enseignements, la z&#233;t&#233;tique ne s'attaque pas qu&#8217;aux voyants ou aux croyances religieuses. Elle se donne aussi occasionnellement pour cible les peurs suscit&#233;es par les nouvelles technologies. Le site internet du laboratoire ni&#231;ois est orn&#233; par un mot de f&#233;licitations de Maurice Tubiana, re&#231;u par Broch apr&#232;s la parution d'<em>Au c&#339;ur de l'extra-ordinaire</em> : &#171; De tout temps la science a suscit&#233; des r&#233;actions de tous ceux qui n'acceptent pas l'objectivit&#233; et la rationalit&#233;, mais aujourd'hui, dans notre civilisation toute enti&#232;re fond&#233;e sur la science et la technique, ces r&#233;actions sont particuli&#232;rement dangereuses. &#187; Dans la brochure d'enseignement pr&#233;par&#233;e par Broch, il est pr&#233;cis&#233; d'embl&#233;e qu'un des objectifs du cours est de se d&#233;faire des charlatans, mais aussi des peurs face &#224; certaines nouvelles technologies. &#171; Quand on vous parlera d'&#233;tudes publi&#233;es dans des revues scientifiques et de savants chercheurs ayant, par exemple, "d&#233;montr&#233; que les lignes THT provoquent des leuc&#233;mies chez les enfants", vous saurez... que c'est - peut-&#234;tre - du pipeau et, surtout, vous saurez pourquoi c'est peut-&#234;tre du pipeau ! &#187;, pr&#233;cise ainsi le support de cours pour licence &#224; l'universit&#233; de Nice sans par ailleurs discuter une s&#233;rie d'articles &#233;pid&#233;miologiques sur le sujet qui sont souvent cit&#233;s par les sp&#233;cialistes.<br />
<br />
[Les &#233;tudiants] sont invit&#233;s &#224; se d&#233;partir des pseudo-sciences en apprenant &#224; reconna&#238;tre ce qui rel&#232;ve de champs cognitifs non scientifiques, &#224; rep&#233;rer les &#171; Sympt&#244;mes de science pathologique&#187;. Six sympt&#244;mes seraient ainsi faciles &#224; isoler:<br />
1.	 Effet maximum observ&#233; caus&#233; par un agent d'intensit&#233; &#224; peine d&#233;tectable<br />
2.	 Intensit&#233; de l'effet proche des limites de d&#233;tectabilit&#233;<br />
3.	 All&#233;gations d'une grande pr&#233;cision<br />
4.	 Th&#233;ories fantastiques contraires &#224; l'exp&#233;rience<br />
5.	 R&#233;ponses aux critiques par des excuses ad hoc imagin&#233;es sous l'inspiration du moment<br />
6.	 Pourcentage supporters/critiques grimpe rapidement &#224; 50/50 puis retombe lentement &#224; z&#233;ro (source : &#171;&#160;Z&#233;t&#233;tique 1, M&#233;thodologie scientifique&#160;&#187;, support de cours Licence, UFR Sciences, Universit&#233; de Nice Sophia-Antipolis, <a href="http://unice.fr/zetetique/polycop_methodo.pdf">http://unice.fr/zetetique/polycop_methodo.pdf</a>&#160;<a href="http://unice.fr/zetetique/polycop_methodo.pdf"><img src="http://www.enroweb.com/wiki/images/external.png" alt="external link" /></a> ) (p. 191-192)<br />
<br />
<a id="titelanker9"></a><h3>Le triomphe d'une &#233;pist&#233;mologie de march&#233;</h3>
<br />
<a id="titelanker10"></a><h4>Vers une association de d&#233;fense du d&#233;veloppement technologique et industriel</h4>
<br />
<a id="titelanker11"></a><h5>Un changement de g&#233;n&#233;ration &#224; la t&#234;te de l'AFIS</h5>
<br />
La plus grande nouveaut&#233; r&#233;side dans la multiplication des articles critiquant directement les doutes soulev&#233;s par l'exploitation commerciale de certaines technologies (39 % des articles &#224; compter des ann&#233;es 2000). La revue consacre d&#233;sormais des num&#233;ros entiers aux OGM, aux ondes des t&#233;l&#233;phones portables ou au changement climatique. Selon Jean-Paul Krivine, cette &#233;volution n'est pas sp&#233;cialement antinomique avec les points de vue de Rouz&#233;. Le d&#233;c&#232;s de celui-ci laissait surtout les coud&#233;es franches pour d&#233;velopper pleinement l'AFIS sous un mode plus militant et favorable aux technologies. (&#8230;) Le comit&#233; de r&#233;daction devient d&#232;s lors le lieu de production d'un nouveau &#171;credo&#187;, qui repose essentiellement sur l'id&#233;e que l'expertise scientifique serait la science et que seule la d&#233;cision finale rel&#232;verait du politique : <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;On tombait toujours avec l'UR - je caricature un peu - avec un certain nombre de personnes de l'UR, avec ce qu'on essayait d'&#233;carter.<br />
 Il ne s'agit pas de savoir si Monsanto ce sont des bons ou pas, ou si le capitalisme c'est bien ou pas. Il s'agit de savoir si c'est fond&#233; ou pas ce qui est racont&#233; sur les OGM. La d&#233;cision c'est encore autre chose. Le credo qu'on a vraiment solidifi&#233; &#224; l'AFIS et qui est maintenant un truc clair qui est notre marque de fabrique sur ces controverses c'est de dire qu'il faut s&#233;parer dans nos soci&#233;t&#233;s la question de l'&#233;valuation du risque qui r&#233;l&#232;ve de l'expertise et donc des faits scientifiques, des experts, etc. de la question de la d&#233;cision. Qui bien s&#251;r doit prendre en compte les connaissances mais releve aussi de considerations economiques, sociologiques, politiques et tout ce qu'on veut. Et que le premier est affaire de science et le deuxi&#232;me de d&#233;mocratie, de vote et de parlement, Enfin si on veut interdire les OGM parce que Dieu ne veut pas, pourquoi pas, mais la science n'a rien &#224; dire l&#224;-dessus. C'est de la politique qui sera sanctionn&#233;e aux &#233;lections et &#231;a sort de notre champ.&#160;&#187; </div>
<br />
Sur cette place pr&#233;pond&#233;rante laiss&#233;e &#224; l'expertise dans une d&#233;fense du rationalisme, l'&#233;volution est notable - surtout si l'on compare aux Cahiers rationalistes des ann&#233;es 1960 qui reliaient expertise industrielle et int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Sans doute, la transformation des profils sociologiques des animateurs de l'AFIS (dont beaucoup endossent eux-m&#234;mes, par leur m&#233;tier, la figure de l'expert) joue pour beaucoup dans l'essor de ce type de d&#233;finition de la science, englobant p&#234;le-m&#234;le recherche fondamentale et expertise. Plusieurs travaux r&#233;cents en sciences sociales am&#232;nent &#224; distinguer plus pr&#233;cis&#233;ment expertise et r&#233;sultats scientifiques.<br />
L'expertise est d&#233;j&#224; s&#251;rement une projection dans l'espace de la d&#233;cision politique en ce qu'elle met en avant des r&#233;f&#233;rences &#224; des mod&#232;les de d&#233;cision ou des valeurs limites d'exposition. Elle valorise des pans de la recherche acad&#233;mique (une partie de la toxicologie industrielle notamment) au d&#233;triment d'autres disciplines. Cette nouvelle fa&#231;on d'aborder ce que serait le r&#244;le de l'AFIS tend &#224; mettre en avant les bienfaits potentiels qui pourraient &#234;tre tir&#233;s de l'application industrielle des nouvelles technologies. Cette &#233;volution attise ainsi rapidement des divisions au sein du comit&#233;. Certains amateurs &#233;clair&#233;s, souvent autodidactes sur les questions scientifiques et qui avaient spontan&#233;ment propos&#233; leur soutien &#224; la revue &#224; l'&#233;poque o&#249; Michel Rouz&#233; tenait seul les r&#234;nes, se trouvent en d&#233;calage avec la promotion sans retenue d'une nouvelle ligne &#233;ditoriale.<br />
L&#8217;AFIS ne va pas rester longtemps ce lieu neutre regroupant toutes les tendances rationalistes. (p. 205-207)<br />
<br />
<a id="titelanker12"></a><h5>Tensions et d&#233;parts d'une partie des amateurs &#233;clair&#233;s</h5>
<br />
Dans un double mouvement, la lutte contre la voyance devient secondaire, alors que la d&#233;fense des nouveaux fronts industriels ouverts par les avanc&#233;es des d&#233;couvertes g&#233;n&#233;tiques ou technologiques s'av&#232;re indiscutable.<br />
Dans la revue Science et pseudo-sciences, la ligne &#171; Tubiana/Refus du r&#233;el &#187; s'&#233;tend d&#233;sormais &#224; bien d'autres sujets que le nucl&#233;aire. Certains doutes soulev&#233;s par des citoyens face au d&#233;veloppement commercial de certaines technologies se trouvent assimil&#233;s &#224; des positions quasi &#233;sot&#233;riques. Nombre de questions port&#233;es par les mouvements &#233;cologistes sont pr&#233;sent&#233;es comme purement et simplement &#171; irrationnelles&#187;. Henri Manguy (ing&#233;nieur du son &#224; TF1 et membre du comit&#233; de r&#233;daction depuis plusieurs ann&#233;es) avait r&#233;guli&#232;rement port&#233; la contradiction dans les colonnes du bulletin, mais ne se retrouve plus dans cette fa&#231;on de poser les probl&#232;mes. Apr&#232;s plusieurs passes d'armes internes et apr&#232;s avoir notamment &#233;crit un article pour d&#233;fendre le principe de pr&#233;caution, il finit par quitter l'association en mai 2002: <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;Avec Michel Rouz&#233;, il n'&#233;tait pas du tout oppos&#233; &#224; ce que je fasse &#231;a. Il n'&#233;tait pas du tout oppos&#233; &#224; l'&#233;cologie en g&#233;n&#233;ral, aux id&#233;es &#233;cologistes. Par contre, ce qu'il s'est pass&#233; par la suite, l'&#233;quipe qui a pris le relais, c'est pour &#231;a que je suis parti parce que je trouvais que l'aspect &#171; lutte contre les pseudo-sciences&#160;&#187; passait un petit peu... enfin ne passait pas en dessous mais il y avait un c&#244;t&#233; anti-&#233;cologiste qu'il ny avait pas avant. [...] Il y a eu un changement de ligne &#233;ditoriale. Un changement pas brut, mais voil&#224;. Moi, ma position dans l'AFIS c'&#233;tait lutter contre les pseudo-sciences mais je n'&#233;tais pas non plus scientiste alors qu'il m'a sembl&#233; que cela devenait scientiste. C'est-&#224;-dire qu'on ne pouvait plus critiquer la science ou critiquer tel ou tel aspect de la technoscience, tout &#231;a. On ne pouvait plus. C'&#233;tait interdit.&#160;&#187;</div>
<br />
Le d&#233;part de Jacques Poustis (&#8230;) est tout aussi embl&#233;matique du tournant pris par la nouvelle r&#233;daction de l'AFIS au d&#233;but des ann&#233;es 2000. Militant rationaliste depuis de longues ann&#233;es, Poustis n'est pas hostile &#224; la vaccination.<br />
Mais il s'estime lui-m&#234;me victime des adjuvants en aluminium d&#233;sormais utilis&#233;s pour les vaccins de l'h&#233;patite B. Il dit souffrir des suites d'une myofasciite &#224; macrophages. Il tente de relayer au sein de l'AFIS les d&#233;bats naissants autour des adjuvants aux vaccins en s'appuyant sur les &#233;tudes de l'INSERM de Romain Gherardi et Fran&#231;ois-J&#233;r&#244;me Autier. Le conseil d'administration de l'AFIS lui oppose une fin de non-recevoir et ouvre &#224; l'inverse les colonnes de la revue de l'AFIS au professeur Pierre B&#233;gu&#233; de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine: <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;A la mort de Rouz&#233;, Krivine a pris le relais. Il y a toujours dans cette &#233;quipe un r&#233;f&#233;rent pour tout ce qui est m&#233;decine, pour eux c'est le docteur B&#233;gu&#233; qui est &#224; l'Acad&#233;mie de m&#233;decine. [...] Et quand j'ai eu mes probl&#232;mes avec mon vaccin h&#233;patite B, il y a eu une r&#233;action du professeur B&#233;gu&#233; qui a &#233;t&#233; contact&#233; par quelqu'un de l'&#233;quipe de l'&#233;poque qui a dit &#171; mais non, il n'y a aucun probl&#232;me avec l'aluminium &#187;. Alors on ne s'est plus trop entendus &#224; compter de cette &#233;poque, car moi j'avais d'autres points de vue, notamment deux professeurs de l'INSERM Cr&#233;teil qui travaillaient depuis quelques ann&#233;es sur ce probl&#232;me vaccinal. Eux ont pris ces travaux de l'INSERM comme des travaux anti-vaccination. Mais ce n'&#233;tait pas du tout &#231;a. [...] Cela ma fait chier quand ils ont commenc&#233; &#224; parler de &#231;a &#224; l'AFIS. E3M [Entraide aux malades de la myofasciite &#224; macrophages] veut revenir au phosphate de calcium qui existait jusqu'en 1985 quand Sanofi a rachet&#233; Meirieux. L'aluminium co&#251;tait beaucoup moins cher comme adjuvant au vaccin. Nous, on se bat juste pour le retour au phosphate de calcium qui ne posait pas de probl&#232;me. Donc j'ai claqu&#233; la porte de l&#8217;AFIS. Alors l&#224;, j'ai commenc&#233; &#224; m'apercevoir que l'on pouvait &#234;tre rationaliste int&#233;griste. La position de l'AFIS maintenant c'&#233;tait de dire ce que dit B&#233;gu&#233;: &#171; Les vaccins c'est un pourcentage risque/avantage et il faut accepter les risques. &#187; Oui mais il y avait un autre adjuvant qui ne posait aucun probl&#232;me avant! Il est pourtant dit noir sur blanc que l'association E3M n'est pas anti-vaccin mais veut simplement revenir au phosphate de calcium. Moi, je regrette car il y avait des gens que j'aimais beaucoup mais d'autres que je trouvais sectaires et ils ont des r&#233;f&#233;rents qui ont pignon sur rue. J'ai d&#233;missionn&#233; et j'ai quitt&#233; la revue.&#160;&#187;</div>
<br />
Le changement &#233;ditorial ne provoque pas seulement un malaise dans le petit groupe des lecteurs assidus agr&#233;g&#233;s par Rouz&#233; au fil des ans. Certains noms de la m&#233;decine commencent aussi &#224; douter des raisons sous-jacentes &#224; l'affirmation soudaine de cette ligne syst&#233;matiquement favorable aux applications industrielles des d&#233;couvertes scientifiques.<br />
C'est le cas notamment de Marcel-Francis Kahn, membre du comit&#233; de parrainage de la revue, qui a un premier accrochage avec le comit&#233; de r&#233;daction &#224; l'occasion de la publication d'un article peu critique sur les dangers caus&#233;s par les petites radiations et r&#233;dig&#233; sur la base d'un rapport de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine coordonn&#233; par Maurice Tubiana et Andr&#233; Aurengo [en 2005]. Kahn estime malhonn&#234;te la d&#233;fense d'une position qui ne tient pas compte des d&#233;couvertes les plus r&#233;centes en mati&#232;re d'exposition aux radiations. La rupture d&#233;finitive survient quelque temps plus tard, apr&#232;s un colloque sur les OGM : <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;Il y avait eu cet article et moi, je leur avais &#233;crit en leur disant que ce rapport avait &#233;t&#233; &#233;crit par Tubiana et je leur ai racont&#233; cette histoire que je viens de vous raconter. Ils m'ont r&#233;pondu qu'ils ne pouvaient pas prendre ma lettre car je citais un nom propre. Alors je leur ai r&#233;pondu quand vous attaquez les gens du Criirad ou d'autres, &#231;a ne vous g&#234;ne pas de prononcer un nom propre et c'est l&#224; que j'ai commenc&#233; &#224; m'&#233;loigner de l'AFIS. [...] Dans cette histoire de l'Acad&#233;mie de m&#233;decine ils montraient qu'ils avaient un respect des institutions et des trucs officiels. [...] Je sais bien qu'ils respectent les corps constitu&#233;s. Mais il y avait quand m&#234;me un virage tr&#232;s net de leur d&#233;fense de tout ce qui touchait les OGM. Et l&#224; je me suis dit quand on se met &#224; d&#233;fendre...<br />
 Ils ont m&#234;me organis&#233; une s&#233;ance compl&#232;te au S&#233;nat !&#160;&#187;</div>
<br />
Ancien des maquis vietnamiens dans lesquels il a combattu aux c&#244;t&#233;s de Jean-Michel Krivine, Marcel-Francis Kahn explique en entretien avoir toujours eu une &#171; dent contre Monsanto&#187;, en raison de l'agent orange. Il trouve l'&#233;tude de Gilles-&#201;ric S&#233;ralini faible sur le plan scientifique, car il consid&#232;re notamment que les rats utilis&#233;s pour l'&#233;tude ne sont pas standards ou que les pr&#233;sentations des r&#233;sultats ne respectent pas tous les attendus scientifiques. Cependant, il s'&#233;tonne du caract&#232;re imm&#233;diat et violent de la r&#233;action du bureau de l'AFIS d&#232;s la publication de l'article incrimin&#233;. Apr&#232;s plusieurs publications univoques sur les OGM, il demande sur-le-champ aux membres du conseil d'administration de l'AFIS de publier leurs conflits d'int&#233;r&#234;ts comme c'est la coutume dans le champ scientifique d&#233;sormais : <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;Ils m'ont reproch&#233; d'avoir dit et &#233;crit que [Louis-Marie] Houdebine et [Marcel] Kuntz &#233;taient pay&#233;s. Mais je n'ai jamais dit &#231;a. Je demandais qu'ils donnent leurs conflits d'int&#233;r&#234;ts. [...] La demande de publication des conflits d'int&#233;r&#234;ts, maintenant plus personne ne s'&#233;tonne de &#231;a. Y compris dans les livres, les revues, on mentionne les conflits d'int&#233;r&#234;ts, donc quand je leur ai demand&#233; de publier leurs conflits d'int&#233;r&#234;ts, ils ont fait comme si c'&#233;tait insultant. [...] Pourtant, ils ont des brevets dans lesquels ils ont &#233;t&#233; subventionn&#233;s. Ils ont dit &#171;&#231;a, c'est tout &#224; fait diff&#233;rent&#160;&#187;.&#160;&#187;</div>
<br />
La place manque ici pour entrer dans le d&#233;tail de chacune de ces pol&#233;miques internes &#224; l'AFIS, d'autant plus qu'elles d&#233;bordent de la s&#233;quence historique que s'est donn&#233;e cet ouvrage. Elles ont bien souvent pour point commun une tension n&#233;e du rapport de certains militants aux applications commerciales des d&#233;couvertes scientifiques. Par leurs formations (plus ouvertes au priv&#233; qu'auparavant), par la promotion de la figure de l'entrepreneur scientifique et de l'&#233;volution des fronti&#232;res entre public et priv&#233;, une nouvelle g&#233;n&#233;ration de militants a un lien tout autre &#224; l'expertise priv&#233;e ou au d&#233;veloppement de nouvelles technologies. Or, ce sont ces derniers qui animent d&#233;sormais la structure. Si des portes claquent &#224; l'AFIS, cela marque donc surtout une transition entre deux mod&#232;les. Les adh&#233;sions restent modestes, mais se stabilisent, puis progressent l&#233;g&#232;rement. L'association compte 272 adh&#233;rents en 2003 (contre 166 en 2001) et pr&#232;s de 800 abonn&#233;s aux Cahiers (contre 565 en 1999). Des b&#233;n&#233;voles (essentiellement des ing&#233;nieurs ou des enseignants du secondaire) continuent d'animer au quotidien le comit&#233; de r&#233;daction, tandis qu'un comit&#233; d'honneur compos&#233; de noms d'universitaires prestigieux apporte toujours un capital symbolique scientifique aux publications de l'association. Aur&#233;ol&#233; par l'affaire Sokal, Jean Bricmont est nomm&#233; pr&#233;sident d'honneur en 2001, et &#171;&#160;Science et pseudo-sciences&#160;&#187; d&#233;laisse sa couverture monochrome pour une couverture en couleur. Un site internet est lanc&#233; qui passe entre 2002 et 2008 de 120 &#224; pr&#232;s de 1 200 visiteurs par jour. Le site s'inscrit r&#233;solument dans la nouvelle ligne de la revue et traite aussi largement des questions li&#233;es aux innovations industrielles et aux nouvelles technologies. &#192; compter de 2006, Michel Naud devient le nouveau pr&#233;sident de l'AFIS. Ce centralien, dirigeant d'une fonderie, &#233;tait membre de l'UR au moins depuis 1992 et, depuis 1996, pr&#233;sident de l'UR Loire-Atlantique. II cr&#233;e &#233;galement une antenne nantaise de l'AFIS (l'ANAIS, qui prendra r&#233;guli&#232;rement position contre les arrachages locaux d'OGM ou contre un moratoire OGM). Louis-Marie Houdebine rejoint ce petit groupe.<br />
<br />
Ce directeur de recherche &#224; l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) devient membre du conseil scientifique de l'AFIS. Il est par ailleurs le cofondateur et administrateur d'une start-up appel&#233;e Bioprotein Technologies SA se proposant de mener des exp&#233;rimentations transg&#233;niques sur des animaux. La structure actionnariale de la firme comprend alors comme actionnaire Vincent Bamberger, un haut cadre de l'entreprise de conseil Arthur D. Little, Claude Allary de la soci&#233;t&#233; de conseil Biohonest, Fran&#231;ois Deneux, Marc Le Bozec, etc. Dans les pages informations de certains num&#233;ros de la revue (notamment le num&#233;ro hors-s&#233;rie de 2007 sur les OGM), on retrouve ainsi des articles annon&#231;ant l'avanc&#233;e des recherches de cette firme sans que soit mentionn&#233; en dessous de l'article un &#233;ventuel lien entre cette soci&#233;t&#233; et un membre du conseil scientifique de l'AFIS : <br />
<div class="indent"> &#171;&#160;Les z&#233;t&#233;ticiens &#233;taient frileux, voire hostiles &#224; ces sujets en disant &#171;Ah! les OGM, on ne sait pas&#187;. Une approche qui &#233;tait de dire &#171; nous entre science et pseudo-sciences on ne sait pas, on est agnostique et on va regarder les deux&#187;. Et pour nous, on ne pouvait pas avoir un agnoticisme comme &#231;a. Ce qui fait que le projet qui &#233;tait de rapprocher un peu les deux ne s'est pas fait. [...] On a une orientation, une ligne directrice qui est sans complaisance sur tout un certain nombre de choses, &#224; l'Union rationaliste, enfin &#224; Raison pr&#233;sente on va trouver des tas de choses sur les OGM, on va nous dire des fois c'est peut-&#234;tre dangereux, sur la psychanalyse, etc.&#160;&#187;</div>
<br />
Sur le climat &#233;galement, l'AFIS a des positions tr&#232;s ambivalentes. Dans son num&#233;ro 280 de janvier 2008, elle ouvre ses colonnes &#224; Charles Muller, qui tient alors un site internet intitul&#233; &#171; climat-sceptique&#187;. Celui-ci introduit en fran&#231;ais ce concept de climato-scepticisme. Devenu aujourd'hui courant, peu de gens ont not&#233; que le terme &#171;scepticisme&#187; est donc v&#233;ritablement &#224; prendre au premier sens historique du terme, il renvoie au courant sceptique. L'article d&#233;fend l'id&#233;e que, dans les variations climatiques du moment, il est difficile de d&#233;terminer la part qui revient au dioxyde de carbone et donc &#224; la pollution et la part &#171; naturelle&#187;. Les scientifiques selon Muller disent que l'on ne peut que mal identifier le &#171;bruit de fond&#187; de variabilit&#233; naturelle qui entoure le climat. On retrouve aussi cette r&#233;f&#233;rence au scepticisme en mati&#232;re de climat avec l'invitation par l'antenne nantaise de l'AFIS, le 2 d&#233;cembre 2008, du professeur Maxence Revault d'Allonnes, descendant d'Ernest Renan et qui donne une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; Les effets de la rotation de la terre sur le climat &#187;. Plusieurs militants sont aussi proches de la mouvance lib&#233;rale voire libertarienne comme Peggy Sastre (membre un temps du conseil d'administration) ou Jean-Paul Oury (proche de l'institut Turgot et candidat pour Alternative lib&#233;rale aux &#233;lections locales).<br />
<br />
Le noyau dur qui anime r&#233;ellement l'association reste - comme souvent dans le monde associatif - tr&#232;s r&#233;duit. L'association b&#233;n&#233;ficie n&#233;anmoins du soutien de plus en plus pr&#233;sent de la Libre Pens&#233;e (repr&#233;sent&#233;e par Roger Lepeix et des militants proches de la mouvance OCI mais aussi, jusqu'en 2008-2009, par les militants de l'ADLPF via Antoine Thivel). Les &#233;volutions qui ont ainsi secou&#233; l'AFIS en interne ont pourtant d&#233;bouch&#233; sur un nouveau point d'&#233;quilibre. L'AFIS a vu sa ligne &#233;ditoriale s'homog&#233;n&#233;iser beaucoup plus fortement et a d&#233;laiss&#233; en grande partie la r&#233;flexion sur la responsabilit&#233; sociale du savant ou m&#234;me la la&#239;cit&#233;. Confront&#233;e &#224; des &#233;volutions identiques, l'UR, dans ce contexte de divisions potentielles, est en revanche entr&#233;e durablement en crise. (p. 207-213)</div>


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