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EnroWiki : LivresLus2012

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2012

- Stéphane Audeguy. La Théorie des nuages. 2005 (Gallimard, coll. "Folio")
- Éric Chauvier. Somaland. 2012 (Allia)

On nettoie les poubelles des incinérateurs, ou les camions de GLOUBY (un site sous-traitant des autres sites, spécialisé dans le nettoyage des camions transportant des matières dangereuses et lui-même classé à risques). Et quand on est là-bas, même l'odeur du photack on la r'grette (colère tenue en laisse - vieux teckel). Parce que là-bas c'est un mélange (mine dégoûtée), c'est le spécial mix avec des trucs qui puent, c'est même pas imaginable. Ça vous suit la nuit, quand vous vous endormez (colère tenue en laisse - labrador). Vous avez beau vous laver et vous laver encore, prendre trois douches de suite, ça reste, ça pue trop, c'est trop dégueulasse. Le pire c'est quand vous venez juste de vous doucher et que vous sentez le propre et tout, vous ouvrez la fenêtre de la salle de bain, en été, c'est normal, et là, c'est le photack qui rentre et là, y'a plus rien à faire, plus de douche ni rien, c'est fini, ça vous achève, ça pue trop quoi (colère tenue en laisse - dogue argentin). Ça m'est arrivé plusieurs fois. Vous allez vous coucher et tout et vous puez trop toute la nuit et le matin aussi, et c'est pas la peine de penser à se laver parce que le photack ça s'infiltre partout (chien de guerre).

Non, le silène. Le photack on connaît, mais le silène personne n'en parle… Pour la polymérisation du plastique qui sert aux prothèses, il faut aussi du silène, ça vous le savez. C'est ça, le problème. Parler du photack, c'est éviter d'avoir à parler du silène (avec l'air entendu d'un conférencier). C'est pour faire diversion. Parce que le silène ça ne sent rien. Le photack c'est le solvant, on est d'accord qu'on le sent de temps en temps et que c'est peut-être pas si grave (marquant une pause didactique). J'ai demandé à un type à la mairie. Mais le silène, on en parle jamais (ton insistant, altéré peut-être par une once de désespoir). J'ai des preuves de ce que je dis (regard pénétrant).

- Patrick Deville. Peste & choléra. 2012 (Le Seuil, coll. "Fictions & cie")
- Jo Clifford. The Tree of Knowledge. 2011 (Nick Hern Books)
- Cédric Villani. Théorème vivant. 2012 (Grasset)
- Maylis de Kerangal. Naissance d'un pont. 2010 (Gallimard, coll. "Folio")

Dans la chemise banale, les conclusions des premiers sondages opérés par les géotechniciens à Coca et les quantitatifs de l'ouvrage. Assis à sa table, Diderot feuilleta dans cet ordre — qui était à rebours. Aux premiers feuillets, il reconnut son langage, il était là chez lui. Mesures, tableaux, graphiques, ces conclusions détaillaient avec précision les informations livrées par les sondes récemment posées sur le sol de Coca, têtes chercheuses munies de petites charges explosives dont on analysait les déflagrations — bruit, propagation et vibration des ondes de choc — afin de connaître la réalité de la matière, sa morphologie interne, la teneur de sa constitution, sa potentialité. Pour Diderot, ces notes avaient quelque chose de terriblement émouvant : c'était comme de lire ce que répercutaient en surface les petits coups de canne blanche que l'aveugle donne contre le sol pour seulement pouvoir marcher dessus — mais encore fallait-il travailler à se donner ces cannes blanches, justement, à les inventer, puis à les manipuler avec petits coups nets, secs, afin qu'elles soient simplement dignes de confiance. C'était la description sensible d'un tâtonnement gigantesque et c'était là tout ce qu'il aimait, ça ressemblait vraiment à la vie. (pp. 70-71)

Nous allons mettre en place un jeu de tensions phénoménal, un système magique de transmission des forces, nous allons toucher la délicatesse même ! Diderot filtre ces commentaires entre ses dents tandis qu'il dessine des schémas sur le tableau, traçant des fléchettes dynamiques (des → et des ↓) sur des F majuscules, et ceux-ci bientôt se font slogans, portés d'une voix claire : le pont suspendu c'est le nec plus ultra de l'ingéniosité humaine, de la débrouillardise, une affaire de répartition des puissances et des masses, le génie de l'équilibre sans quoi il n'est que de la fatigue et de l'usure, des tiraillements, des effondrements, de la laideur. Il déborde d'appétence, les ingénieurs adorent — se remémorent leurs années de maths spé, les problèmes et les colles, les expériences sur les paillasses glacées, l'eau froide et sale au fond des lavabos, la blouse grise, revoient encore le halo de leur lampe de bureau sur les copies doubles à carreaux, ce cercle jaune découpé dans l'obscurité de leur piaule, la tête inquiète de leur mère dans l'entrebâillement de la porte, tu trouves ? tu as bientôt fini ?, couche-toi !, et la fête que c'était de résoudre le problème dans le creux de la nuit, la perception soudaine de leur intelligence nue quand ils chopaient la courbe du pont suspendu, définissaient la fameuse chaînette, le cosinus hyperbolique, se frottaient les paupières une fois établie la formule —, et tous ont soudain le sentiment d'être parfaitement à leur place (…). (pp. 285-286)

- Fabrice Bourland. Le Serpent de feu. 2012 (1018, coll. "Grand détectives")
- Gideon Defoe. Les Pirates ! dans : Une aventure avec les savants. 2004 (J'ai Lu)
- Terry Pratchett. Le Régiment monstrueux. 2003 (Pocket, coll. "Fantasy")
- Rebecca Skloot. The Immortal Life of Henrietta Lacks. 2010 (Broadway Paperbacks)
- Arthur Conan Doyle. "L'Oncle Jérémie et les siens" in Inédits et introuvables. 1888 (Robert Laffont, coll. "Bouquins")
- Arthur Conan Doyle. "Le Mystère de Cloomber" in Inédits et introuvables. 1888 (Robert Laffont, coll. "Bouquins")

La science vous dira qu'il n'existe pas de pouvoirs comme ceux que proclament les mystiques orientaux. Moi, John Fothergill West, puis répondre avec confiance que la science se trompe. Car qu'est-ce que la science ? La science est le consensus d'opinion des hommes de science, et l'histoire montre qu'ils sont lents à accepter une vérité. La science s'est moquée de Newton pendant vingt ans... La science a prouvé mathématiquement qu'un navire en fer ne pouvait flotter ; et la science a déclaré qu'un navire à vapeur ne pourrait traverser l'Atlantique. Comme le Méhitophélès de Goethe, le fort de nos savants professeurs est : Stets verneinen. Thomas Didymus en est, pour me servir de son jargon, le prototype. Qu'il apprenne que, s'il voulait cesser de croire à l'infaillibilité de ses propres méthodes et regarder à l'est, d'où son venus tous les grands mouvements, il trouvera là une école de philosophes et de savants qui, suivant d'autres voies que les siennes, sont de plusieurs milliards d'années plus avancés que lui, sur tous les ponts essentiels de la science... (p. 121)
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