La science, la cité

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Top 10 des romans à teneur scientifique lus en 2015

J’ai lu très exactement 42 romans en 2015, ce qui améliore encore mon bilan de 2014 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, la liste de 2014) :

N° 11 : Le Triste destin de Kitty da Silva d’Alexander McCall Smith, 2005 (in One City)

Une jolie histoire de cœur et d’interculturalité par l’auteur des Chroniques d’Edimbourg et ancien professeur de droit de la médecine — ou comment un jeune indien arrive à Edimbourg avec son diplôme de médecine pour intégrer un laboratoire de recherche sur les cellules souches.

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N° 10 : Le Cerveau à sornettes. Traité de l’Évitisme de Roger Price, 1951

L’évitisme est une théorie philosophico-humoristique inventée par Roger Price et recommandée par Georges Perec en préface (C’est drôle ? Oh oui ! C’est drôle. Vous me jurez que c’est drôle ? Je vous jure que c’est drôle. C’est américain ? Oui, c’est américain, mais c’est quand même drôle.). Ce n’est pas pour rien qu’on y trouve un air de famille de Cantatrix sopranica L. dudit Perec. Extrait : Vous remarquerez que la femelle Néandertal était également dotée d’un physique très primitif. Certaines mutations typiquement féminines ne s’étaient pas encore produites. je veux parler du buste, bien sûr. Le buste ne fut découvert que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle — époque où l’on inventa la publicité.

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N° 9 : La Machine à différences de William Gibson et Bruce Sterling, 1991

Une uchronie qui vaut plus par son univers proche de “La véritable Histoire du dernier roi socialiste” que par son intrigue trop compliquée. On y croise Francis Galton (devenu Lord Galton), Charles Darwin, Ada Lovelace, Edward Mallory… dans un monde steampunk où les machines analytiques inventées par Charles Babbage servent à l’anthropométrie criminelle des services de la police, au fichage de la population par le ministère de l’intérieur, aux calculs scientifiques de l’Institut d’analyse machinisme de Cambridge, à la projection d’images animées des théâtres publics…

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N° 8 : L’Autre univers de Poul Anderson, 1955 (in La Patrouille du temps)

Il s’agit cette fois d’un voyage dans le temps qui se transforme en uchronie : deux patrouilleurs chargés de protéger la structure de l’Histoire, débarquent dans New York en 1955 qui ne ressemble plus du tout à celui qu’ils connaissent. Véhicules à vapeur, aucun éclairage urbain, ni bombe atomique ni pénicilline : ce monde semblait pratiquer des méthodes empiriques, sans disposer d’une véritable ingénierie. Le point de divergence entre ce monde et le nôtre ? La culture Celte aurait pris le pas sur l’Empire romain et les Juifs auraient disparu très tôt. Sans judaïsme pas de christianisme, donc pas de monothéisme, or l’idée médiévale d’un dieu unique et tout-puissant était capitale pour la science, car elle supposait la notion de l’ordre de la nature. Les premiers monastères ont sans doute eu la paternité de l’invention, essentielle, des horloges mécaniques, du fait qu’ils observaient des heures régulières pour la prière. Il semble que les horloges ne soient venues que tard dans ce monde-ci.

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N° 7 : Frankenstein de Mary Shelley, 1818

Voilà un immense classique, qui mérite toujours d’être (re)lu… pour s’apercevoir que ce n’est pas un roman d’horreur gothique mais plutôt un roman emprunt de romantisme (avec des descriptions lyriques des Alpes et des Highlands) et un roman de sentiments plutôt que d’aventure. Le personnage de Victor Frankenstein est énormément travaillé : c’est bien le “savant fou” qui est resté dans l’imaginaire collectif mais ses passions, son histoire, sa morale sont décrits en détail. Une hubris qui se résume en deux phrases, de l’ascension (quelle gloire ne résulterait pas de ma découverte, si je pouvais bannir du corps humain la maladie, et, hors les causes de mort violente, rendre l’homme invulnérable ?) à la chute (apprenez de moi, sinon par mes préceptes, du moins par mon exemple, combien il est dangereux d’acquérir la science, et combien plus heureux est l’homme qui prend sa ville natale pour l’univers, que celui qui aspire à une grandeur supérieure à ce que lui permet sa nature).

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N° 6 : Frankenstein délivré de Brian W. Aldiss, 1973

Ce roman est à lire juste après le précédent : Brian Aldiss imagine qu’un voyageur du temps rencontre le Dr Frankenstein et essaye d’agir sur les événements que nous, lecteurs, connaissons grâce à Mary Shelley. C’est jouissif de voir le narrateur remonter les bretelles de Frankenstein et tenter d’en faire un être meilleur. Le texte est également parsemé de réflexions sur la responsabilité du scientifique : Frankenstein n’était pas Faust, vendant son âme immortelle à Satan en échange de la puissance. Frankenstein ne voulait que la Connaissance — ne faisait, si l’on veut, que de la recherche. Il voulait mettre le monde en ordre. Il voulait trouver les réponses aux énigmes de la vie.

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N° 5 : La Double hélice de James Watson, 1968

Ce n’est pas un roman, mais ça se lit comme un roman : l’histoire de la découverte de la structure de l’ADN racontée par l’un de ses co-découvreurs. Dans une interview au Time en 2003, interrogé sur sa “deuxième plus grande réalisation”, Watson répondit : écrire La Double hélice. Je pense que ce livre durera. Personne d’autre n’aurait pu l’écrire. Et comment ! C’est un autoportrait sans concession de Watson l’américain, le macho, l’ambitieux.

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N° 4 : La Statue intérieure de François Jacob, 1987

Une autre autobiographie de chercheur, magnifiquement écrite, qui va de l’enfance de l’auteur jusqu’à son 10e Noël à l’Institut Pasteur. La première moitié est riche des péripéties de la Seconde Guerre mondiale et aux théâtres de combats dans lesquels est engagé Jacob ; la seconde moitié correspond à ses débuts comme scientifique. On aurait envie d’apprendre de nombreux passages par cœur tellement il décrit à la fois avec exactitude et avec poésie le travail du chercheur, sans oublier de nous faire revivre ses découvertes liées à l’expression des gènes, qui lui vaudront le prix Nobel de physiologie.

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N° 3 : Un Blanc de Mika Biermann, 2013

Une expédition polaire qui tourne mal, une bande de scientifiques givrés, brossés à gros traits ridicules : Zout Würthimberg le géologue, Mikhaïl Arnoldowitsch Wobliètchenkov le sismologue, Jogen Ficiar l’ornithologue, Silva Dal le climatologue, Hanna Khor la cyanobactériologiste et Kora Pristine l’ichtyologue. Arriveront-ils à tirer un feu d’artifice depuis le pôle Sud pour le réveillon du 31 décembre 2000 ? Vous le saurez en lisant ce court roman polyphonique, qui joue avec le genre des “carnets d’expédition retrouvés”.

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N° 2 : L’Affaire Furtif de Sylvain Prudhomme, 2010

Un bateau mystérieux part de Lisbonne. Ses passagers sont inconnus, mais se dévoilent petit à petit… dont Toyo Sôseki, éminent naturaliste de l’Institut de Kyoto. Ce court roman joue avec les types de discours — au récit se mêlent des extraits de carnet de bord ou les débats entre philosophes et théologiens dans un colloque universitaire sur le sens de cette expédition. Une modernisation réussie du roman de pirates et de naufragés, où l’on va de surprise en surprise (si bien que je n’ose trop en dire pour ne pas en gâcher la lecture). Et cette phrase : C’est par paresse que l’homme a choisi de donner des noms aux plantes ; pour s’éviter la fatigue d’une observation chaque fois recommencée.

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N° 1 : Black-Out suivi de All Clear de Connie Willis, 2010

En 2065, les historiens d’Oxford ne se contentent plus d’explorer les archives et autres traces du passé : ils s’y plongent grâce au voyage dans le temps. Partis explorer la Grande-Bretagne de la Seconde Guerre mondiale, trois historiens vont se retrouver coincés à Londres pendant le Blitz et s’interroger sur la nature du continuum espace-temps (c’est un roman de science-fiction) : est-ce qu’ils peuvent intervenir sur les événements ? Quel est l’impact de leurs interventions ? Comment le continuum peut-il se rétablir ? Les deux tomes m’ont tenu en haleine cet été et je ne les ai plus lâchés jusqu’à la fin !

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Quelques réflexions à propos de l'affaire Voinnet

Depuis le mois de janvier, le biologiste des plantes Olivier Voinnet est dans la tourmente. Sur le site de commentaires par les pairs post-publication PubPeer, ce sont près de 40 articles étalés sur plus de 15 ans qui sont pointés du doigt. En cause, des données qui semblent trafiquées, notamment des figures de résultats expérimentaux qui semblent avoir été montées de toutes pièces sous Photoshop. Alors, fraude ou négligence ?

Nous étions encore à nous interroger quand, le 1er avril, une chercheuse du même domaine témoignait sur le site PubPeer des aléas d’un article d’Olivier Voinnet dont elle s’est retrouvée rapporteuse à trois reprises (deux fois l’article fut refusé, pour être accepté la troisième fois). Elle raconte ainsi que les auteurs ont fait dire différentes choses aux mêmes figures, jetant le trouble sur l’authenticité de leur travail et leur intégrité. Et le 7 avril, Vicky Vance rendait public son rapport de relectrice de l’époque.

Le 9 avril, le CNRS (qui emploie Olivier Voinnet, où il est Directeur de recherche 1e classe) et l’ETH de Zürich (où il est détaché et dirige une équipe d’une trentaine de personnes) annonçaient installer chacun une commission d’enquête composée d’experts indépendants afin de faire toute la lumière sur ces accusations. Il suffit donc désormais d’attendre leur rapport ?

Ce n’est malheureusement pas si simple, et il y a plusieurs raisons d’être inquiet.

D’une part, alors que le CNRS et l’ETH verrouillaient la communication de crise et interdisaient aux protagonistes de communiquer pendant le travail des commissions d’experts, ces deux institutions ne purent s’empêcher d’aller au-delà du factuel dans leur communiqué de presse, pour exprimer leur avis sur les reproches formulés à l’encontre d’Olivier Voinnet :

Indépendamment des travaux de cette commission, le CNRS constate à ce stade que les mises en cause publiques ont porté sur la présentation de certaines figures, mais qu’à sa connaissance, aucune déclaration n’a remis en cause les résultats généraux obtenus par Olivier Voinnet et ses collaborateurs sur le rôle des petits ARN dans la régulation de l’expression des gènes et la réponse antivirale, résultats par ailleurs confirmés à plusieurs reprises, sur le même matériel ou sur d’autres, par différents groupes à travers le monde.

These allegations have come as a surprise to the Executive Board at ETH Zurich. Olivier Voinnet is a scientist whose outstanding research findings have been confirmed repeatedly by other research groups, says Günther (le Vice-président de l’ETH en charge de la recherche et des relations institutionnelles).

Or, comme leur a répondu Vicky Vance dans une lettre ouverte publiée dimanche 12 avril :

I have read that the posts showing fabrication of data in the figures of many of Prof. Voinnet’s articles were viewed by some people as having little importance. The rationale being provided is that the results are still valid because other labs have been able to show the same results. That is NOT completely true. The practice of fabrication of data by the Voinnet lab has had serious negative impact on the field of RNA silencing. Many investigators are, in fact, not able to repeat some aspects of his reported results or have conflicting data. However, once results are published in high impact journals by a powerful and important senior investigator such as Prof. Voinnet, there is little chance to get funding to pursue conflicting data and further experimental approaches are stalled.

Pour reprendre la formule des sociologues David Pontille et Didier Torny, if the absence of reproducibility is often considered a clue to falsification, the opposite is not necessarily true. C’est-à-dire que contrairement aux rayons N et à la mémoire de l’eau qui se sont dégonflés dès le pot aux roses découvert, le domaine des ARN interférents ouvert par Voinnet subsistera après lui. Mais dans quel état ? Le tri entre les résultats valables et les résultats non valables sera considérable, et on réalisera quel coup a été porté contre l’avancée des connaissances et l’éthique scientifique. À cet égard, l’attitude déculpabilisante des tutelles est irresponsable et inadmissible.

D’autre part, la France a un lourd passif en matière de gestion de la fraude scientifique. Revenons un peu en arrière : en septembre 1998, l’éditorial de Science et Vie titré Fraude scientifique : l’exception française regrettait que

il n’existe en France aucune déontologie scientifique. Nulle protection n’est offerte aux dénonciateurs, qui honorent la science en proclamant la vérité au risque de briser leur carrière. Il est temps de s’attaquer sérieusement au mal. Hélas, quand on lit le communiqué de l’Inserm, qui indique que, à sa connaissance, aucune mauvaise conduite scientifique de l’unité 391 n’a pu être démontrée, on n’a pas l’impression d’en prendre le chemin…

Ce qui valait l’ire de l’éditorialiste était l’affaire Bihain, du nom de ce chercheur Inserm bardé de contrats industriels qui annonça avoir découvert un gène de l’obésité susceptible de donner naissance à des traitements révolutionnaires… jusqu’à ce que des soupçons de fraude émergent. Le traitement de l’affaire aussi bien par l’Inserm que par le Ministère fut lamentable (comme en témoigne le résumé qu’en fit Nature) et si bien minoré qu’aujourd’hui cet épisode a été oublié (contrairement à la mémoire de l’eau, qui est pourtant plus vieille de 10 ans) et brille par son absence sur la page Wikipédia dudit Bernard Bihain.

Dix ans plus tard, la France faisait encore figure de mauvais élève dans la lutte contre la fraude scientifique, ce qui n’augure pas de bonnes choses pour l’affaire Voinnet. Mais certains observateurs (je protège mes sources !) estiment que ce scandale qui éclabousse un chercheur médaillé d’argent du CNRS, sans doute le premier grand scandale scientifique de l’histoire du CNRS, ne pourra pas être étouffé comme le fut l’affaire Bihain.

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A l'assaut d'un paradoxe de la recherche française !

A l’ère de l‘open data, on ne peut que s’étonner de ne pas avoir de vision pluriannuelle des financements accordés par l’Agence nationale de la recherche (ANR) ; ou de ne pas savoir sur quels projets travaille tel chercheur et avec quels résultats, ou qui est spécialiste de tel sujet dans telle université… D’autant plus que les chercheurs se plaignent tout le temps de remplir trop de formulaires et de rendre sans cesse des comptes, qu’il s’agisse de soumettre un dossier à l’ANR, de déposer une publication dans l’archive ouverte HAL, de produire leur compte-rendu annuel d’activité ou de remplir le dossier d’évaluation HCERES de leur laboratoire. Voici donc le paradoxe (enfin, un des paradoxes…) de la recherche française : multiplication des saisies de données en entrée, et pauvreté des données publiques en sortie.

Dit autrement par l’Académie des sciences, cela donne (je souligne) : La facilité de diffusion par voie électronique de questionnaires construits de manière peu rationnelle par des personnes très éloignées des laboratoires et n’ayant pas une connaissance réelle de la vie des laboratoires amène les chercheurs à passer un temps de plus en plus grand à remplir de trop nombreux formulaires qui nourrissent des « cimetières à informations » dont la taille semble seulement limitée par celle des serveurs qui hébergent ces formulaires une fois remplis.

Partant de ce constat déplorable, j’ai passé un nombre incalculable d’heures avec ma collègue Elifsu à comprendre d’où venait le problème. Nous avons épluché un grand nombre de documents, rapports et articles ; testé de nombreux logiciels ; et interrogé une douzaine d’acteurs du monde de la recherche. Bref, nous avons pénétré pour vous dans les rouages de l’administration, du pilotage et de la valorisation de la recherche. On dit merci qui ?

Et non seulement nous pensons, modestement, avoir trouvé la réponse, mais en plus nous avons une bonne nouvelle : il existe quelques solutions simples à la déperdition d’information dans la recherche, que vous découvrirez dans notre livre blanc tout juste paru :-)

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Notre analyse devrait rassurer les chercheurs, qui souffrent à la fois du manque d’information sur les orientations de la recherche et de la difficulté à repérer les bons interlocuteurs sur tel ou tel sujet, et des lourdeurs administratives évoquées plus haut. Elle devrait également rassurer les administrateurs : il est possible de rendre l’administration de la recherche conviviale et directement utile, en retirant toutes les corvées (ou les tâches perçues comme telles). Elle devrait enfin rassurer les dirigeants : ce que nous décrivons n’est pas un idéal sorti de nos cerveaux mais des processus, des infrastructures déjà éprouvés en Grande-Bretagne et ailleurs… avec une analyse coûts-bénéfices qui ne laisse aucun doute quant à l’opportunité de rejoindre le mouvement !

Chercheurs, administrateurs, dirigeants de la recherche : la feuille de route est claire et la balle dans votre camp…

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Top 10 des romans à teneur scientifique lus en 2014

J’ai lu très exactement 39 romans en 2014, ce qui est mon meilleur score depuis de (trop) nombreuses années grâce à 1/ une discipline de fer au premier semestre (me forcer à lire au moins 20 pages chaque soir) et 2/ un nouveau boulot à l’université de Bordeaux depuis le mois de juin, qui me fait asseoir dans le tramway 50 minutes par jour et me donne largement l’occasion de lire.

De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une petite sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture :

N° 10 : Intuition d’Allegra Goodman (Éditions du Seuil), 2006

Voici une histoire d’amitiés et d’inimitiés dans un laboratoire de biologie, sur fond de soupçons de fraude. Ce roman est un des meilleurs représentants du courant lab lit (“littérature de labo” pour faire court), et à ce titre j’en attendais beaucoup. Il m’a un peu déçu, j’ai trouvé qu’il traînait parfois en longueur et que son écriture était sans style ou inutilement pompeuse.

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N° 9 : La Vénus anatomique de Xavier Mauméjean (Le Livre de poche, coll. “Science-fiction”), 2004

Cette uchronie imagine que le médecin-philosophe du XVIIIe siècle Julien Offroy de la Mettrie participe à un concours organisé par Frédéric II de Prusse pour réaliser le “nouvel Adam”. Associé dans une drôle d’équipe avec le mécanicien constructeur d’automates Jacques Vaucanson et l’anatomiste rebelle Honoré Fragonard, il explore sous toutes les coutures la question de l’homme et de la machine. Résultat : un chouette voyage historique, géographique (de Saint-Malo à l’Allemagne en passant par Paris) et savant.

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N° 8 : Cosmicomics d’Italo Calvino (Le Livre de poche), 1965

On ne présente plus ces contes où Italo Calvino s’amuse à raconter de façon si originale le big bang, la fin des dinosaures, la dérive des continents… Si original mais un tantinet répétitif à force, et parfois trop tourné vers la poésie à mon goût. À noter que mon édition est ancienne mais Gallimard a édité en 2013 un volume complet comprenant Cosmicomics, Temps zéro, Autres histoires cosmicomiques et Nouvelles histoires cosmicomiques.

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N° 7 : Les Esprits de Princeton de Daniel Kehlmann (Actes Sud, coll. “Papiers”), 2012

J’ai déjà écrit tout le bien que je pensais des Arpenteurs du monde, du même auteur. Voici cette fois une courte pièce de théâtre, qui démarre avec l’enterrement du grand logicien Kurt Gödel à Princeton, en 1978. Sa veuve et ses collègues venus assister à la veillée funèbre évoquent leurs souvenirs de ce scientifique atypique et parfois dérangé qui, ces dernières années, leur a donné du fil à retordre. Kurt Gödel, ou plutôt son esprit, est présent lui aussi, pour revivre les événements de sa vie, spectateur éthéré de son évolution.

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N° 6 : La Véritable Histoire du dernier roi socialiste de Roy Lewis (Actes Sud, coll. “Babel”), 1990

Roy Lewis (à qui l’on doit le célèbre Pourquoi j’ai mangé mon père) propose ici une uchronie mordante, où les révolutions de 1848 ont fait advenir une humanité socialiste. Lewis traite en long et en large de ce qu’il adviendrait alors à la science, comme je le raconte dans mon billet “De Pierre Boulle à Roy Lewis, la science (ne) fait (pas) le bonheur”.

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N° 5 : CosmoZ de Claro (Actes Sud, coll. “Babel”), 2010

Claro est un directeur de collection, traducteur (de Pynchon, excusez du peu !) et auteur qui n’a peur de rien. Ainsi, ce gros roman est une fresque un peu dingue qui tisse ensemble le mythe du magicien d’Oz (le livre comme le film) et les horreurs du 20e siècle : Dorothy, Toto, l’Epouvantail, le Bûcheron en fer-blanc, le Lion poltron, la Sorcière de l’Ouest et un couple de Munchkins se retrouvent ainsi jetés dans les remous de l’histoire. Je retiens notamment quelques pages courageuses sur l’essor de la radiothérapie, les ouvrières de l’industrie du radium et la fabrication de la bombe atomique.

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N° 4 : Les Insolites de René Sussan (Denoël, coll. “Présence du futur”), 1984

La plus longue nouvelle de ce recueil, “Un fils de Prométhée”, s’intéresse aux événements de l’été 1816 au bord du lac Léman, quand Percy Bysshe Shelley, Mary Goodwin (ils ne se marieront qu’en décembre), Lord Byron, sa maîtresse Claire Claremont et le Dr. John Polidori se mirent en tête d’écrire chacun une histoire mystérieuse et surnaturelle. Le résultat, pour Mary Shelley, fut nul autre que Frankenstein. Mais René Sussan imagine que sous l’influence de la théorie “l’ontogénie récapitule la phylogénie” du Pr Meckel (précurseur de Haeckel), Byron et sa compagnie échafaudent une expérimentation sur son enfant à naître en extrayant le fœtus du ventre de Claire Clairmont pour le baigner dans un milieu proche du placenta, afin de le faire se développer au-delà de 9 mois et obtenir un surhomme ; le Dr Polidori s’y oppose. Je vous laisse découvrir ce texte pour savoir si l’expérimentation aura lieu et comment elle se terminera… (Cette nouvelle a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 1985.)

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N° 3 : Le Prestige de Christopher Priest (Gallimard, coll. “Folio SF”), 1995

Ce roman a été adapté au cinéma par Christopher Nolan et met en scène deux magiciens qui rivalisent d’ingéniosité et de perversité pour dépasser l’autre. Avec, dans le rôle du savant fou construisant des machines infernales et entretenant l’hubris des magiciens, Nikola Tesla (joué dans le film par David Bowie !). Ce roman est captivant et bien documenté en ce qui concerne le caractères et le travail de Tesla.

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N° 2 : La Fille du temps de Josephine Tey (10/18, coll. “Grands détectives”), 1951

Ce livre est présenté partout comme un grand classique du roman policier et je n’en avais pourtant jamais entendu parler, jusqu’à ce qu’il soit mis en avant sur un présentoir de la librairie Mollat. S’inscrivant dans la lignée des whodunit, il met en scène un inspecteur de Scotland Yard cloué dans son lit, qui enquête à plusieurs siècles de distance sur les atrocités (soi-disant) commises par Richard III pour se hisser sur le trône d’Angleterre. En particulier, il souhaite faire la preuve que le souverain n’est pas coupable de l’assassinat de ses neveux, les enfants du roi Edouard IV, connu comme l’affaire des Princes de la Tour. Ce livre est une réflexion extrêmement riche et intéressante sur le métier d’historien, et la méthode historiographique. Le titre est d’ailleurs tiré d’une phrase de Francis Bacon : La Vérité est fille du Temps et non de l’Autorité.

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N° 1 : Solaire de Ian McEwan (Gallimard, coll. “Folio”), 2010

Je connaissais Ian McEwan comme un auteur sérieux, auteur du troublant “Expiation” (adapté au cinéma sous le titre “Reviens-moi”), et je le découvre drôlatique. Ce roman est le portrait au vitriol d’un chercheur en physique fictif, récompensé du prix Nobel de physique et complètement infréquentable, qui essaye de revenir dans la course scientifique pour ne pas rester un chercheur has been. Certaines scènes sont d’anthologie et j’ai hurlé de rire en lisant son périple rocambolesque au pôle Nord, en compagnie d’artistes concernés par le réchauffement climatique.

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Petite histoire des blogs de science en français

Il y a quelques mois, un chercheur en histoire culturelle m’a contacté suite au colloque “Histoire de la culture scientifique en France : institutions et acteurs” organisé à Dijon en février. Dans le cadre de l’édition des actes, il souhaitait élargir le périmètre des thèmes traités et m’a demandé de faire un article de synthèse sur l’histoire des blogs de science. J’ai longtemps hésité avant d’accepter, et j’ai profité de l’été pour retourner dans mes archives personnelles et fouiller ma mémoire afin d’écrire ce chapitre. Le voici en version auteur : j’en suis assez fier. N’hésitez pas à laisser un commentaire pour signaler une erreur ou combler un manque.

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