La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

mardi 14 décembre 2010

Lancement du Prisme à Idées n°3

Comme annoncé sur le C@fé des sciences, le n° 3 de la revue Prisme à idées (numéro spécial sur les réseaux) sera lancé lors d'une soirée spéciale ce jeudi (19h30, ESPCI ParisTech, Amphi Langevin, 10 rue Vauquelin, Paris 5e).

Mais il y a eu un changement par rapport au programme annoncé : je figure finalement dans le panel, aux côtés de Pierre Bellanger (Président-Fondateur de Skyrock), Jean-Daniel Kant (spécialiste de la modélisation des systèmes complexes) et Paul Mathias (Directeur de programme au Collège international de philosophie). J'y parlerai notamment de web conversationnel et de culture scientifique.

N'hésitez pas à venir nombreux, après vous être inscrits sur Facebook ou par courriel à mathieu.moslonka@leprisme.net.

vendredi 3 décembre 2010

Nouveau classement Wikio des blogs de science

Jusqu'ici, le classement Wikio des blogs de science était un peu le boxon tellement l'acceptation du terme était vaste (avec de nombreux blogs de bibliothèques, comme l'avait bien noté Pablo). Désormais les sciences de l'information et de la documentation ont leur classement, ainsi que les sciences humaines et sociales, ce qui laisse les blogs consacrés aux maths, à la physique, chimie, biologie… bien tranquilles, ainsi que ceux qui questionnent les objets créés par ces sciences et leur place dans la société. Un bel exemple de travail de démarcation, diraient les sociologues !

Voici donc le nouveau classement Wikio [MàJ 6/12] des blogs de "science exacte" comme ils l'ont appelé :

1{sciences²}
2Globule et télescope
3Guy Doyen
4Le blogue de Valérie Borde
5Planet Techno Science
6Tom Roud
7Choux romanesco, vache qui rit et intégrales ...
8Le Cosmographe
9En quête de sciences
10Algorythmes
11Les indispensables mathématiques et physiques
12Mathématiques du coyote
13La science, la cité
14Le Blog d'ABC Maths
15Dr. Goulu
16Guru méditation
17Inclassables Mathématiques
18Butinages Mathématiques
19QLog (Quantized Log)
20effervesciences: le blog

Classement calculé par Wikio

Pour rappel : le classement Wikio reflète le nombre de liens entrants récents reçu par ces différents blogs, soit depuis d'autres blogs, soit depuis Twitter. Quand Sylvestre Huet est passé n° 1 du classement Science le mois dernier, il a remercié ses lecteurs à tort : certes le succès d'audience d'un blog se traduit intuitivement par un plus grand nombre de liens entrants mais concrètement, si tous les blogueurs et twitteurs boycottaient Sylvestre Huet, il chuterait irrémédiablement. C'est donc la dynamique des blogueurs et prescripteurs qui est à l'œuvre, plutôt qu'une mesure magique de l'audience.

Pour ma part, je suis surpris de me voir si haut (en ce miroir), mon rythme de publication sur ce blog s'étant largement réduit. La faute n'en revient pas à un manque d'intérêt pour l'outil mais plutôt une multiplication des lieux d'écriture et de publication : le blog collectif "STS en action", le blog Knowtex qui m'invite souvent à contribuer, le blog d'ami(e)s, le blog de Deuxième labo, mon blog sur ArtScienceFactory, OwniSciences etc. Ce n'est pas parce que je me disperse, mais parce que j'apprécie avoir plusieurs espaces pour échanger et imaginer des articles qui collent au contexte qui ont provoqué leur écriture et entourent leur publication. Ces dernières semaines, voici ce que vous avez peut-être raté :

Enfin, j'en profite pour vous demander votre avis sur le crosspost — cette pratique qui consiste à publier un même article à plusieurs endroits — et qui permettrait de renflouer un petit peu cet espace. Est-ce que ça vous gêne ? Est-ce que ça vous plait ? La tribune est ouverte !

dimanche 28 novembre 2010

Émission #fail sur France Culture ?

« Comment le numérique peut-il développer la culture scientifique ? ». Tel était le thème de l’émission "Science publique" du 19 novembre (animée par Michel Alberganti) avec Etienne Klein, Alexandre Moatti, Pierre Olivier Pulvéric et Bruno Racine.  Le débat s’annonçait ambitieux... Mais l'émission aurait dû s'appeler « Comment la numérisation du savoir peut-elle contribuer à diffuser la connaissance scientifique ? » vu l'angle étroit qu'elle s'est donné pour aborder le sujet.

Télécharger l'émission complète au format MP3

Vous avez dit numérisation des ressources ?

Les œuvres historiques de la science sont numérisées de manière partielle ou intégrale (100 000 ouvrages / an) rapporte Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France (BnF). Celui-ci venait notamment discuter de l'accord signé le 7 octobre avec Microsoft pour l’indexation sur le moteur de recherche Bing de ses œuvres numérisées.

La bibliothèque en ligne Gallica de la BnF devrait compter 1,2 million de documents en 2011, pendant que Google Books s'impose aussi sur ce marché et passe un accord avec l'éditeur Hachette pour la numérisation de 40 000 à 50 000 œuvres en langue française aujourd’hui épuisées.

Avec un marché colossal et une logique de partenariats public/privé en plein essor, il ne faut pas oublier que dans le domaine scientifique se pose la question de la légitimité des sources, prévient Pierre-Olivier Pulvéric, invité au titre des Assises du numérique dont il est le Commissaire général adjoint.

Tant d’informations, comment ne pas se noyer ?

Pour Alexandre Moatti, blogueur et président du comité éditorial de Science.gouv.fr et de Bibnum.education.fr : « Internet, c’est une confiance entre contributeurs ». L'internaute doit, par conséquent, jouir d’une méthode, de repères, d’une éducation aux usages numériques. Surtout : d’une capacité de discernement et de tri, nécessaires à une identification des ressources de qualité, et une utilisation des moteurs de recherche qui s'apparente à la démarche de recherche du scientifique.

L'omniprésence de Google (et de son idéologie) soulève également la question de l'ordre des résultats de recherche (algorithmes de ranking), qui peut être déformé par le Search Engine Optimization ou la présence de liens sponsorisés sur le côté (qui sont de la publicité, purement et simplement).

Pour Bruno Racine, le savoir n'est plus un sanctuaire réservé à quelques initiés et touche plus de monde. Mais pour Etienne Klein, l'appropriation du savoir scientifique doit être linéaire, avec des passages obligés... or le magma du web ne permet pas d'en prendre le temps.

Une émission qui prend le petit bout de la lorgnette

Ces sujets sont intéressants mais à trop se focaliser sur la numérisation et le web, on en oubliait que la culture scientifique sur le web n'est pas que diffusion, et que le numérique ne s'arrête pas au web. Heureusement, Alexandre Moatti était là pour envisager l'idée qu'à l’heure des réseaux sociaux en tous genres, ceux dédiés à la culture scientifique (comme Knowtex ou la communauté du C@fé des sciences, que j'ai contribué à fonder) permettent peut-être d'envisager de nouvelles formes de "mise en culture de la science".

En réalité, le numérique propose de nombreuses modalités d'engagement des communautés avec des contenus scientifiques, et des communautés entre elles (patients, scientifiques, chercheurs, blogueurs, amateurs…) autour de la culture scientifique. Qu'on pense aux serious games, plateformes de blogs et de partage de ressources, "débats participatifs" en ligne, pure players proposant d'autres lectures de la "science en train de se faire", webTV collaboratives… Le ciel est la limite comme disent les anglo-saxons !

Des invités triés sur le volet

Aux Assises du numérique (organisée par une agence de relations publiques), la table-ronde "Le numérique pour une nouvelle politique des savoirs" était animée par… Michel Alberganti. La pratique qui consiste à animer des débats s'appelle "faire des ménages" et c'est depuis longtemps une pierre dans le jardin de la déontologie des journalistes.

Le bulletin du Syndicat national des journalistes interrogeait en 1991 la "confusion des genres, due, par exemple, aux "ménages" effectués par certains de nos confrères, aux shows médiatiques télévisuels ou encore à l'omniprésence du sponsoring ou de la publi-info".  Cette question n'a rien perdu de son actualité puisqu'elle était à l'ordre du jour des Assises du journalisme la semaine dernière. Servez la soupe à la personne qui vous embauche pour faire un ménage, comme ici, et on ne manquera pas de vous poser des questions. Dont acte.

D'autre part, il y a cette pratique du "Club Science publique" qui offre à Étienne Klein et Jean-Claude Ameisen (absent cette fois) un abonnement mensuel à l'émission. Je ne sais pas vous mais nous, cette pratique nous gêne. Et le regard d'Etienne Klein sur la culture numérique, bof…

Une occasion manquée au final

Comment ne pas contraster cette émission avec l'ébullition du "grand mix", la soirée mariant culture scientifique et culture numérique qui s'est tenue à la Cantine (haut lieu parisien de la culture numérique) le 5 novembre dernier ? (disclaimer : je suis à l'origine de cet événement)

Étudiants, chercheurs, blogueurs, internautes, "geeks", opérateurs de recherche et institutions de culture scientifique y étaient réunis pour écouter quelques spécialistes (Dominique Boullier du médialab SciencesPo, Jean Menu d'universcience et Pierre Barthélémy de Slate.fr), assister à la présentation de projets qui changent la culture scientifique numérique (citons OwniSciences, Prisme de tête, Sciences et démocratie, ArtScienceFactory, Hypotheses.org…) et réfléchir lors d'ateliers à deux questions :

Cet agent du changement, le magazine Politis l'a bien saisi dans l'article Controverses 2.0 publié la même semaine que l'émission de France culture. Extraits choisis :

Nous sommes à la Cantine, lieu parisien hautement connecté, pour une première réunion en vie réelle d’un nouveau type de réseau, et c’est l’une des questions posées au public. Ici on parle de live-blogging, de serious games, de bookmarking ou encore de cross-post. Et pourtant l’univers en question est loin d’être hermétique. Il se veut même le lieu d’expression d’un nouveau type de lien social autour des controverses scientifiques. De jeunes initiatives qui ne passent pas inaperçues. (…)

Antonio Casilli est sociologue à l’EHESS, spécialiste des questions liées à Internet et partie prenante dans le projet OWNISciences« Internet ne dématérialise pas les pratiques de controverses sociotechniques classiques, mais les prolonge. Les forums citoyens en ligne peuvent bousculer les certitudes scientifiques. Ce n’est pas nouveau et a déjà été observé dès les échanges télématiques du pré-web en 1988. Des personnes atteintes par le VIH avaient réussi, dans un réseau de résistance civile électronique, à faire évoluer les protocoles d’essais cliniques américains. »

Alors, à quand un "grand mix" sur France Culture ?

>> Article co-écrit avec Lorena Biret et publié initialement sur le blog Knowtex

>> Image CC Flickr : hans.gerwitz

mardi 6 avril 2010

Atelier "Nouveaux rapports des chercheurs aux publics" le 29 avril

Le C@fé des sciences est partenaire du colloque international "Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs" qui se déroulera à l'Institut national d'histoire de l'art (Paris) du 28 au 30 avril. Nous sommes heureux d'avoir contribué à mettre sur pied ces journées qui devraient être riches de présentations et d'échanges, autour de l'édition numérique, de la démocratie scientifique, des réseaux de savoirs, de la formation en ligne…

Colloque INHA

J'attire en particulier votre attention sur l'atelier "Nouveaux rapports des chercheurs aux publics" que j'animerai le jeudi 29 de 11h à 13h. Je recevrai Ghislaine Chartron (CNAM, INTD), Bastien Guerry (Wikimédia France), Olivier le Deuff (Université Lyon 3 et Prefics), Alexandre Moatti (Conseil scientifique du TGE-Adonis) et Joëlle Zask (Université de Provence) pour tenter de comprendre comment les réseaux sociaux, la publication en ligne, les plateformes de partage et les blogs — bref, le web 2.0 — transforment l'accès du grand public à l'information scientifique, l'organisation de la communauté des chercheurs et son rapport aux tutelles.

vendredi 19 mars 2010

À lire ailleurs : Callon et Latour, nouvelle étude sur les blogs de sciences

Mes frappes bloguesques sont de moins en moins chirurgicales et s'éparpillent de plus en plus autour du présent blog, qui reste malgré tout mon centre de gravité. Ainsi, j'ai publié cette semaine deux billets que je vous invite à lire ailleurs :

  • sur le blog collectif du Pris(m)e de tête, je propose une introduction à la théorie de l'acteur-réseau de Latour et Callon, pour tous ceux qui en ont encore une idée assez floue ou ne voient pas trop quel fut leur apport spécifique par rapport à d'autres sociologues des sciences. J'aime beaucoup le titre de ce billet, et je remercie la blogueuse en chef Marine de l'avoir trouvé : "Un monde de réseaux"

Bonnes lectures !

lundi 28 septembre 2009

Les chercheurs-blogueurs ne sont pas des chercheurs comme les autres

J'assistais l'autre jour à la soutenance de thèse de Benjamin, auteur du Bactérioblog. Au-delà d'une prestation impressionante (mais on n'en attendait pas moins), couronnée d'une mention "très honorable" (la meilleure), j'ai eu devant moi non pas un chercheur mais un chercheur-blogueur. Une de ces créatures hybrides dont je parlais il y a quelques temps. Un chercheur dont l'approche de la science et le travail sont marqués par une grande curiosité pour les conditions de production des connaissances scientifiques, un fort souci pédagogique et des parti-pris marqués.

Ainsi, le chapitre d'introduction du manuscrit de thèse s'attardait longuement sur l'origine des biofilms dans la nature, la façon dont les chercheurs ont été amené à s'y intéresser et l'évolution des conceptions. Un genre que Benjamin avait déjà exploré dans ses billets sur l'origine des antibiotiques ou celle des vaccins. Une des rapporteuses n'a pas manqué d'être étonnée par ces vingt première pages qu'elle a qualifiées de philosophiques et sociologiques. Son incompréhension totale du travail de Benjamin (marquée par la surprise mais aussi les qualificatifs impropres employés) n'était pas partagée par tous les membres du jury, montrant le fossé qui peut exister au sein de la communauté scientifique.

Autre exemple : une des illustrations de l'introduction de thèse reflétait l'évolution du nombre d'articles consacrés aux biofilms, selon la base Pubmed. Tiens tiens… Benjamin avait déjà effectué ce travail de bibliométrie dans un billet consacré au prix Nobel Sydney Brenner, en avril 2007. Force est de constater que l'activité bloguesque permet d'enrichir le travail de recherche… D'autres blogueurs de science pourront, j'en suis sûr, détailler en commentaire d'autres exemples de ces fertilisations croisées.

Troisième exemple : le diaporama de soutenance (sous Keynote) de Benjamin était truffé d'animations, une technique qu'il avait expérimentée sur son blog pour expliquer la coloration de Gram. À nouveau, le blog permet de sortir de sa zone de confort et d'expérimenter de nouvelles façons de communiquer, que l'on peut retrouver ensuite dans des travaux plus académiques. Abel Pharmboy le montre à sa manière dans son dernier billet.

Benjamin a finalement décidé d'explorer d'autres voies et de quitter le monde de la recherche. Le jury s'est presque senti trahi par cette décision. Son directeur de thèse a indirectement été forcé de reconnaître combien le chercheur-blogueur bouscule les cadres rigide du monde de la recherche : plus rapidement autonome, sans doute plus impatient, il doit alimenter sa recherche par de nouvelles perspectives s'il ne veut pas se retrouver étranger à son propre monde. Pour ledit directeur de thèse, le départ de Benjamin doit être mis sur le dos de la peur de la difficulté — ce qui évite de s'interroger sur le fonctionnement de la recherche scientifique. Le directeur du jury, lui, était plus ouvert à l'idée que certains cerveaux peuvent se sentir à l'étroit dans un laboratoire. Espérons que notre chercheur-blogueur, à défaut d'être toujours un chercheur, restera un blogueur !!

vendredi 11 septembre 2009

Y'a-t-il encore des intellectuels engagés ?

M. le prof écrivait récemment sur son blog que si on compare la place des "intellectuels" dans les débats populaires sur les cinquante dernières années, on ne peut que se rendre compte de leur baisse de popularité et donc d'influence passant de "contemporain capital" à simple consultant. Et de poser l'hypothèse que cette perte de considération envers les intellectuels, et surtout le fait qu'ils soient (volontairement ou pas) tenus à l'écart de nombreux débats populaires participe d'un mouvement plus large de perte de confiance dans la production de l'esprit et plus largement dans la science en général.

Comme souvent, on idéalise le passé et on tent à oublier que les formes de l'engagement public des chercheurs ont été multiples. Christophe Bonneuil propose par exemple la périodisation suivante :

  • de l'affaire Dreyfus (qui fonde la conscience politique des scientifiques) au colloque de Caen en 1956, l'engagement relève à la fois d'un devoir de pédagogie envers la société qu'il s'agit d'instruire et d'un rapport privilégié à l'objectivité qui impose de tendre la main à la justice comme l'écrit Paul Langevin
  • après mai 1968, l'intellectuel se met à questionner les rapports de domination qui traversent sa communauté et revendique une science "pour le peuple" ; la critique est plus réflexive car l'impact de la science sur le bien-être ne fait plus l'unanimité et le militantisme de gauche envahit le monde académique. Le savant engagé devient un chercheur responsable, qui politise son champ de compétence et va jusqu'à rejeter la posture d'expert
  • dans un contexte de reflux global des mobilisations, cette attitude cède le pas autour de 1981 à un rapport plus bon enfant à l'engagement : l'institution absorbe les chercheurs militants, les disciplines des sciences humaines et sociales font le plein et s'institutionnalisent également, les chercheurs se lancent dans la promotion de la culture scientifique et technique. On glorifie le lanceur d'alerte, un vestige du "chercheur responsable". La critique émane plus des organisations d'une société civile plus éduquée que des collectifs de chercheurs.

Christian Vélot, biologiste lanceur d'alerte sur les OGM ©© David Reverchon

Voilà comment l'intellectuel engagé flotte entre plusieurs eaux, également soumis aux schémas de la société qui l'entoure. Quand Guillaume écrit dans un commentaire sur ce blog : Quand les politiques se mêlent de sciences, on voit bien les résultats désastreux que cela entraine pour la science. Le scientifique ne devrait-il pas se limiter lui aussi à son domaine de compétence?, c'est bien qu'il juge les engagements de Jacques Monod entre les années 1950 et 1970 à la lumière de la société d'aujourd'hui.

Pour autant, nous sommes depuis presque 30 ans dans la troisième et dernière période décrite par Christophe Bonneuil, et l'on sent quelques frémissements sur les formes d'engagement de nos intellectuels. Plus présents dans l'arrière-scène médiatique (sur les blogs de science, notamment), plus conscients des défis du XXIe siècle et de leur profondeur sociale (réchauffement climatique, explosion démographique, état écologique de la planète…), imprégnés du principe de précaution, ils nous préparent forcément quelque chose de nouveau. L'ouverture à l'interdisciplinarité participe de cette prise de conscience, de cet "engagement", tout comme les réflexions sur la gouvernance de la recherche. S'il n'y a pas d'étincelles ou de gesticulations médiatiques, c'est aussi parce que ceux qui peuplent les laboratoires ont de plus en plus un statut précaire, ce qui limite leur liberté d'engagement "à l'ancienne" mais offre autant d'occasions d'en inventer de nouvelles formes : plus collectives, plus anonymes (ou pseudonymes)…

 via Emmanuel et Nicolas ©© Aurélien Tabard

Enfin, je pense qu'on en viendra à réviser nos conceptions sur les notions de réputation et d'autorité. J'ai l'impression de me répéter sur ce sujet que j'ai déjà abordé mais il me semble fallacieux de critiquer la réputation pour mieux vendre l'autorité. Ces deux faces d'une même médaille se répondent l'une et l'autre. L'autorité est cognitive, la réputation est sociale. L'examen de l'autorité ne s'appuie pas moins sur des critères extérieurs de jugement, peu différents de ceux qui fabriquent la réputation. La réputation nous aide à trier le bon grain de l'ivraie et l'autorité de Claude Allègre en matière de sciences de la terre passe par le filtre de sa réputation quand sa parole devient publique. La prochaine figure de l'intellectuel public, j'en suis sûr, aura bien compris cette dualité et s'en servira — nous forçant en retour à être encore plus vigilants sur nos critères de jugement et de confiance…

vendredi 21 août 2009

En route pour la Science Online Conference à Londres

Je pars ce soir pour Londres assister à la "Science Online Conference 09". Contrairement à l'année dernière, je ne traverse pas la Manche — mais paradoxalement le trajet (depuis Edimbourg) est plus long ! Je bloguerai en temps réel les discussions sur le salon FriendFeed prévu à cet effet, en compagnie d'autres participants. Que ceux qui ne seraient pas à l'aise avec cet outil se rassurent, le contenu est également repris ci-dessous.