La science, la cité

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Faut-il encore interroger les candidat.e.s sur leur politique scientifique ?

Cette tribune a été publiée par Le Monde sous le titre « L’exercice du questionnaire aux politiques est inutile et dépassé »

En 2011 j’étais l’un des fondateurs de l’initiative “Votons pour la science” qui visait à interpeller les candidat.e.s à la présidentielle française sur une série de questions, afin de comprendre comment ils/elles appréhendaient les questions scientifiques et se positionnaient sur les thématiques suivantes : énergie, éducation, régulation des technologies et organisation de l’expertise, innovation. Portée par des passionnés qui font vivre depuis plus de 10 ans le débat scientifique à travers blogs, sites web, chaînes Youtube et comptes Twitter, “Votons pour la science” succédait à des mobilisations de blogueurs de science initiées aux États-Unis (élection présidentielle de 2008) puis au Canada (élection fédérale de mai 2011). L’exercice a fait florès : l’élection présidentielle de 2013 au Chili, l’élection du président du conseil de 2013 en Italie, l’élection présidentielle de 2016 aux États-Unis… ont toutes eu leur questionnaire de politique scientifique.

Pourtant, nous avons choisi de ne pas renouveler l’initiative pour les élections présidentielles de 2017. Non pas que l’exercice n’intéresse plus : les journalistes scientifiques réunis au sein de l’AJSPI d’une part, et les prestigieux scientifiques signataires de Science-et-technologie.ens.fr d’autre part, ont d’ores et déjà publié leur questionnaire en ligne. Mais nous arguons qu’il est inutile et dépassé. Certes, huit candidat.e.s, plus deux candidat.e.s à la primaire socialiste, nous avaient répondu : de quoi comparer largement leurs programmes ! Nous apprenions ainsi que Jacques Cheminade est fasciné par les nouvelles sources d’énergie (anti-matière, supraconductivité, stockage par chaleur sensible ou chaleur latente…) ; que Marine Le Pen s’entoure d’experts ayant “une réelle pratique de la science et [ayant], pour certains d’entre eux, poursuivi une carrière scientifique de premier plan” afin “de bien comprendre les grands enjeux associés à certaines problématiques scientifiques” ; qu’Eva Joly veut “faire des universités un lieu de formation majeur des cadres du pays” ; que Jean-Luc Mélenchon souhaite “inscrire dans la Constitution le droit des citoyens à intervenir dans le développement de la recherche”. C’était éclairant…

À peine François Hollande élu, il multiplia les signes de bonne volonté en déposant une gerbe en hommage à Marie Curie et en saluant les chercheurs amassés à l’Institut Curie. Jusqu’au choc de mi-mandat : le 17 octobre 2014, Sciences en marche mobilisait massivement la communauté scientifique contre la crise profonde traversée par le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans son discours à la tribune, le chercheur Pascal Maillard mettait le président Hollande face à ses engagements de campagne présentés sur notre site : redéployer une partie du Crédit impôt recherche pour les organismes et les Universités, revenir sur les financements de projets à court terme qui n’incitent pas à la prise de risque et qui enferment la recherche dans le conformisme, reconnaître le doctorat dans les grands corps d’État. En pratique, ce programme fut préparé par le député Jean-Yves Le Déaut, qui couvrait avec Geneviève Fioraso les sujets liés à l’innovation et à la recherche ; une fois élu, Hollande nomma Fioraso au Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et s’entoura de conseillers à l’Elysée d’où Le Déaut était absent. Quel poids ces “promesses” peuvent-elles donc avoir quand la parole politique est de plus en plus discréditée et les contraintes du pouvoir (notamment budgétaires) de plus en plus fortes ? N’engagent-elles que celles et ceux qui y croient ?

En 2012, nous avons vu les équipes de campagne remplir des questionnaires à tout va, émanant de groupes d’intérêt divers et variés où les scientifiques ne semblaient pas avoir plus de poids que les chasseurs ou le secteur des services à la personne… alors que les valeurs scientifiques sont menacées de toute part. La guerre culturelle dans laquelle nous sommes entrés pour faire face à la désinformation, à la post-vérité, aux biais cognitifs (écho de croyance, raisonnement motivé…) – auxquels n’échappent aucun bord politique – nécessite autre chose qu’un petit clientélisme s’attachant à quelques points de programme. Quand tout un système de valeurs fondamentales est mis en cause, la vigilance de tous les instants, la dénonciation, l’éducation… s’imposent à nous. Selon le politologue Brendan Nyhan cité par Hubert Guillaud, nous n’avons pas connu d’âge d’or démocratique : les faits n’ont jamais dominé l’opinion publique, les médias ou le discours politique. Voilà sur quoi il faut se battre, à l’instar de ces scientifiques américains qui s’engagent en politique depuis la victoire de Trump et se présentent aux élections sénatoriales de 2018 — sans que des questionnaires nous soient d’aucun secours.

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Top 7 des romans à teneur scientifique lus en 2016

J’ai lu très exactement 36 romans en 2016, en baisse de 6 ouvrages par rapport à mon bilan de 2015 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, les listes de 2014 et 2015) :

N° 7 : When it changed dirigé par Geoff Ryman, 2009

Cette anthologie de science-fiction propose des nouvelles inédites d’auteurs débutants ou confirmés, inspirées par les recherches de chercheurs britanniques. L’histoire que cette rencontre leur a inspirée est suivie d’un bref commentée du chercheur concerné. Cette initiative originale donne un résultat mitigé, pas mémorable, à l’exception du “Enigma” de Liz Williams qui met en scène de manière touchante Alan Turing et Ludwig Wittgenstein.

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N° 6 : Seventeen Coffins de Philip Caveney, 2014

Il s’agit du deuxième tome d’une série pour adolescents, non traduite en français. Pourquoi est-ce que je lis ça ? Parce que ça se passe à Edimbourg, à différentes périodes de l’Histoire selon les voyages dans le temps du personnage principal. Ce tome nous entraîne en 1830, quand Charles Darwin est connu par les habitants d’une manière décalée : Our University professer told me about him. He reckons he’s an idiot. He was studying medicine under Dr Munro, here in Edinburgh, but he threw it all up in the second year and moved to England to study natural history, of all things. (…) Ruined a promising career.

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N° 5 : Épépé de Ferenc Karinthy, 1970

Voici une fable étrange qui oscille entre Swift, Kafka et Perec, avec les tribulations d’un linguiste perdu dans une ville dont il n’arrive pas à comprendre la langue. Un choc pour ce spécialiste qui croit en son intuition, en sa rapidité de compréhension, en sa faculté d’approfondissement, en son inspiration, qualité indispensable à la recherche scientifique, et peut-être en la chance qui généralement a accompagné jusque-là sa carrière, ce qu’il a commencé il a le plus souvent pu l’achever. Il est rompu à la réflexion méthodique, c’est son métier, son gagne-pain (p. 107).

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N° 4 : Histoire des siècles futurs de Jack London, 1908-1912

Ce recueil de nouvelles, d’un écrivain plutôt connu pour ses romans d’aventures, surprend. Il n’a rien à envier aux pionniers de l’anticipation que furent J.H. Rosny aîné ou H.G. Wells. Deux nouvelles en particulier m’ont intéressé pour leur personnage principal de scientifique. Dans L’Ennemi du monde entier, un savant fou qui fut maltraité dans son enfance, un des hommes de génie les plus infortunés du monde, doué d’une merveilleuse intelligence, la met au service du mal au point de faire de lui le plus diabolique des criminels. Dans Goliath, un génie bienfaiteur, surhomme scientifique découvreur de l’Energon qui n’est rien d’autre que l’énergie cosmique contenue dans les rayons solaires, force tous les gouvernements du monde au désarmement, à la nationalisation des moyens de production et à la justice sociale. Même les professeurs de sociologie, ces vieux balourds, qui s’étaient opposés par tous les moyens à l’avènement de l’ère nouvelle, ne se plaignaient plus. Ils étaient vingt fois mieux rémunérés qu’autrefois et travaillaient beaucoup moins. On les occupa à réviser la sociologie et à composer de nouveaux manuels sur cette science.

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N° 3 : Délire d’amour de Ian McEwan, 1997

Voici un roman poignant dont le héros est un journaliste scientifique et auteur d’ouvrages de vulgarisation. Sans dévoiler l’intrigue, c’est un thriller psychologique avec la science en toile de fond, qui ose même se conclure sur un article scientifique ! À noter qu’Ian McEwan figurait déjà dans mon palmarès 2014 avec Solaire.

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N° 2 : Expo 58 de Jonathan Coe, 2013

Ce roman drôle et touchant à la fois nous plonge dans l’Exposition universelle organisée à Bruxelles en 1958, dans une phase d’optimisme sans précédent quant aux avancées scientifiques récentes dans le champ du nucléaire, d’où le fameux Atomium. On y croise Sir Lawrence Bragg, directeur de la Royal Institution, et un développement sur la vision de “l’Homme du XXIe siècle” des scientifiques soviétiques.

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N° 1 : Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde, 2012

Cette version romancée de l’histoire vraie de Narcisse Pelletier, jeune mousse vendéen abandonné sur les côtes australiennes et recueilli par une tribu aborigène, est passionnante par sa construction et son témoignage anthropologique. Les membres de la Société de géographie, qui tentent d’en savoir plus sur les”sauvages” de ces contrées du Pacifique, en prennent pour leur grade. Mais le livre, qui a reçu le Prix Goncourt du premier roman, n’est pas exempt de reproches non plus : il faut en prolonger la lecture par la passionnante analyse qu’en livre l’anthropologue Stephanie Anderson. Pour comprendre que cet ouvrage n’est pas tant un témoignage sur les mœurs étranges de certaines tribus sauvages qu’un révélateur de la vision ethnocentrée que nous pouvons en avoir ; et pour s’interroger sur le statut de ces fictions basées sur des faits réels, qui donnent surtout envie de revenir aux sources historiques

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Le "publish or perish", coupable idéal de la fraude scientifique

Toujours à propos de la fraude scientifique, un discours omniprésent ces derniers mois n’a de cesse de m’agacer : le fait de mettre la hausse des cas de fraude sur le dos de la pression à la publication, le fameux “publish or perish”.

La pression à la publication est un coupable idéal mais je tiens à rétablir son innocence ! Le raisonnement semble logique : à trop demander des résultats aux chercheurs, on les pousse à s’affranchir des règles de bonne conduite et à plagier, à fabriquer ou falsifier des résultats… Et pourtant, c’est démenti par une étude intitulée on ne peut plus explicitement “Misconduct Policies, Academic Culture and Career Stage, Not Gender or Pressures to Publish, Affect Scientific Integrity”. Ses auteurs ne sont pas des inconnus : l’un, Vincent Larivière, est spécialiste de scientométrie (l’étude de la dynamique scientifique à partir des publications) ; l’autre, Daniele Fanelli, de méta-revues et d’éthique de la recherche.

Qu’ont-ils montré exactement ? Par une étude multifactorielle de 611 articles rétractés (suite à une fraude) et 2226 articles ayant fait l’objet d’un erratum (suite à une erreur honnête) en 2010-2011, ils ont corrélé la probabilité des premiers et derniers auteurs de frauder ou d’être intègre respectivement, avec des facteurs de risque psychologiques, sociologiques et structurels :

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Ils concluent que le sexe des auteurs n’est pas statistiquement significatif, que la fraude a plus de risque de se produire dans les pays qui n’ont pas de code de conduite, où la critique des pairs l’emporte sur le respect de l’autorité, où la performance est rétribuée financièrement, et au début de la carrière des chercheurs. La probabilité de frauder étant plus faible dans les pays où la performance de publication détermine l’évolution de carrière et le financement de la recherche, ils concluent que the widespread belief that pressures to publish are a major driver of misconduct was largely contradicted: high-impact and productive researchers, and those working in countries in which pressures to publish are believed to be higher, are less-likely to produce retracted papers, and more likely to correct them.

Les mêmes auteurs ont remis le couvert il y a quelques mois en montrant que le taux de publication individuel des chercheurs n’avait pas augmenté depuis un siècle. Ce qui a augmenté c’est le nombre d’article en collaboration, mais quand on compte chaque article comme une fraction du nombre d’auteurs de l’article alors l’effet disparaît. Par conséquent : the widespread belief that pressures to publish are causing the scientific literature to be flooded with salami-sliced, trivial, incomplete, duplicated, plagiarized and false results is likely to be incorrect or at least exaggerated.

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Je n’ai pas encore trouvé d’explication à la propagation de ce mythe, à part qu’il permet de blâmer les agences de financement et la culture de l’évaluation à tout va, dont beaucoup de chercheurs se passeraient bien volontiers…

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Fraude et intégrité scientifique : lettre ouverte à l'Académie des sciences

Monsieur le Président Bernard Meunier,
Madame la Secrétaire perpétuelle Catherine Bréchignac,
Monsieur le Secrétaire perpétuel Jean-François Bach,

en tant que citoyen, je m’honore de contribuer à la culture scientifique de ce pays et de ses habitants. Depuis 10 ans, je tiens sur mon blog « La science, la cité » la chronique des bonnes et mauvaises relations entre science et société. Ce rôle de vigie, j’aimerais le partager avec notre assemblée la plus auguste, siégeant quai Conti.

Statutairement, l’Académie exerce cinq missions fondamentales : encourager la vie scientifique, promouvoir l’enseignement des sciences, transmettre les connaissances, favoriser les collaborations internationales et assurer un rôle d’expertise et de conseil. L’exemplarité éthique n’en fait pas partie mais c’est une responsabilité qui lui est reconnue de fait :

  • le rapport de Pierre Corvol propose de « mieux impliquer les Académies en matière d’intégrité dans les sciences et faire la promotion de leurs travaux dans la matière » (Proposition n° 13)
  • le Président Hollande, dans son discours de ce jour, désigne les scientifiques de l’Académie comme un rempart contre les « égarements » des « charlatans ».

Vous comprendrez ma colère et mon incompréhension du fait que l’Académie des sciences accueille en son sein un fraudeur notoire, à l’origine du plus grand scandale de fraude scientifique en France depuis l’affaire Bihain dans les années 1990. Olivier Voinnet, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a été suspendu par [MàJ 16/10] ses employeurs, l’ETH Zürich et son employeur le CNRS. Mme la Secrétaire perpétuelle Catherine Bréchignac peut mesurer la gravité de cette décision puisqu’elle a dirigé pendant cinq ans le CNRS, et qu’elle n’a jamais eu à prononcer une telle sanction.

Par conséquent, je tenais à vous exprimer ma révolte et à lire la défense que vous voudrez bien m’opposer. Dans cette attente, je vous prie de croire, chers membres du Bureau de l’Académie des sciences, ma considération la plus distinguée.

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[MàJ 28/09] Ceux qui ont suivi l’affaire Voinnet et savent déjà qu’il est membre de l’Académie des sciences me demandent s’il y a du nouveau le concernant. La réponse est non. Ce qui a motivé mon courrier c’est que l’Académie, très exposée en cette année de son 350e anniversaire, se pare de plus en plus d’une probité qu’elle ne me paraît pas mériter. On me demande également s’il est possible d’exclure un membre de l’Académie. Ses statuts prévoient que tout Membre, à compter du jour où son élection a été approuvée par le Président de la République, jouit durant sa vie entière de la totalité des droits que lui confère son élection, sans limitation aucune sauf celle prévue à l’article 25 des présents Statuts.. Rien n’est donc prévu pour exclure les brebis galeuses ; et on ose nous parler d’exemplarité…

[MàJ 14/10] En toute discrétion (je le dois à FX Coudert qui l'a repéré et tweeté), l'Académie des sciences a publié un communiqué de presse où elle annonce qu'Olivier Voinnet a été élu à l’Académie des sciences en novembre 2014 avant la mise en cause de plusieurs de ses publications. À ce jour, il n’a pas été reçu sous la Coupole, acte solennel d’intronisation de tous les membres de l’Académie des sciences. Dès que les conclusions de la commission mixte CNRS-ETH seront connues, notre Académie prendra alors les décisions nécessaires. Pendant cette période d’attente, notre Compagnie s’abstiendra de tout commentaire. Ce que je ne comprends pas c'est que le chercheur sur lequel porte l'investigation CNRS-ETH en cours n'est probablement pas O. Voinnet (mais l'un de ses co-auteurs). Pourquoi donc attendre le résultat de cette enquête dont les détails ne sont pas connus alors que celle qui portait sur O. Voinnet est terminée et a conduit à sa suspension ?!

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Top 10 des romans à teneur scientifique lus en 2015

J’ai lu très exactement 42 romans en 2015, ce qui améliore encore mon bilan de 2014 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, la liste de 2014) :

N° 11 : Le Triste destin de Kitty da Silva d’Alexander McCall Smith, 2005 (in One City)

Une jolie histoire de cœur et d’interculturalité par l’auteur des Chroniques d’Edimbourg et ancien professeur de droit de la médecine — ou comment un jeune indien arrive à Edimbourg avec son diplôme de médecine pour intégrer un laboratoire de recherche sur les cellules souches.

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N° 10 : Le Cerveau à sornettes. Traité de l’Évitisme de Roger Price, 1951

L’évitisme est une théorie philosophico-humoristique inventée par Roger Price et recommandée par Georges Perec en préface (C’est drôle ? Oh oui ! C’est drôle. Vous me jurez que c’est drôle ? Je vous jure que c’est drôle. C’est américain ? Oui, c’est américain, mais c’est quand même drôle.). Ce n’est pas pour rien qu’on y trouve un air de famille de Cantatrix sopranica L. dudit Perec. Extrait : Vous remarquerez que la femelle Néandertal était également dotée d’un physique très primitif. Certaines mutations typiquement féminines ne s’étaient pas encore produites. je veux parler du buste, bien sûr. Le buste ne fut découvert que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle — époque où l’on inventa la publicité.

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N° 9 : La Machine à différences de William Gibson et Bruce Sterling, 1991

Une uchronie qui vaut plus par son univers proche de “La véritable Histoire du dernier roi socialiste” que par son intrigue trop compliquée. On y croise Francis Galton (devenu Lord Galton), Charles Darwin, Ada Lovelace, Edward Mallory… dans un monde steampunk où les machines analytiques inventées par Charles Babbage servent à l’anthropométrie criminelle des services de la police, au fichage de la population par le ministère de l’intérieur, aux calculs scientifiques de l’Institut d’analyse machinisme de Cambridge, à la projection d’images animées des théâtres publics…

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N° 8 : L’Autre univers de Poul Anderson, 1955 (in La Patrouille du temps)

Il s’agit cette fois d’un voyage dans le temps qui se transforme en uchronie : deux patrouilleurs chargés de protéger la structure de l’Histoire, débarquent dans New York en 1955 qui ne ressemble plus du tout à celui qu’ils connaissent. Véhicules à vapeur, aucun éclairage urbain, ni bombe atomique ni pénicilline : ce monde semblait pratiquer des méthodes empiriques, sans disposer d’une véritable ingénierie. Le point de divergence entre ce monde et le nôtre ? La culture Celte aurait pris le pas sur l’Empire romain et les Juifs auraient disparu très tôt. Sans judaïsme pas de christianisme, donc pas de monothéisme, or l’idée médiévale d’un dieu unique et tout-puissant était capitale pour la science, car elle supposait la notion de l’ordre de la nature. Les premiers monastères ont sans doute eu la paternité de l’invention, essentielle, des horloges mécaniques, du fait qu’ils observaient des heures régulières pour la prière. Il semble que les horloges ne soient venues que tard dans ce monde-ci.

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N° 7 : Frankenstein de Mary Shelley, 1818

Voilà un immense classique, qui mérite toujours d’être (re)lu… pour s’apercevoir que ce n’est pas un roman d’horreur gothique mais plutôt un roman emprunt de romantisme (avec des descriptions lyriques des Alpes et des Highlands) et un roman de sentiments plutôt que d’aventure. Le personnage de Victor Frankenstein est énormément travaillé : c’est bien le “savant fou” qui est resté dans l’imaginaire collectif mais ses passions, son histoire, sa morale sont décrits en détail. Une hubris qui se résume en deux phrases, de l’ascension (quelle gloire ne résulterait pas de ma découverte, si je pouvais bannir du corps humain la maladie, et, hors les causes de mort violente, rendre l’homme invulnérable ?) à la chute (apprenez de moi, sinon par mes préceptes, du moins par mon exemple, combien il est dangereux d’acquérir la science, et combien plus heureux est l’homme qui prend sa ville natale pour l’univers, que celui qui aspire à une grandeur supérieure à ce que lui permet sa nature).

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N° 6 : Frankenstein délivré de Brian W. Aldiss, 1973

Ce roman est à lire juste après le précédent : Brian Aldiss imagine qu’un voyageur du temps rencontre le Dr Frankenstein et essaye d’agir sur les événements que nous, lecteurs, connaissons grâce à Mary Shelley. C’est jouissif de voir le narrateur remonter les bretelles de Frankenstein et tenter d’en faire un être meilleur. Le texte est également parsemé de réflexions sur la responsabilité du scientifique : Frankenstein n’était pas Faust, vendant son âme immortelle à Satan en échange de la puissance. Frankenstein ne voulait que la Connaissance — ne faisait, si l’on veut, que de la recherche. Il voulait mettre le monde en ordre. Il voulait trouver les réponses aux énigmes de la vie.

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N° 5 : La Double hélice de James Watson, 1968

Ce n’est pas un roman, mais ça se lit comme un roman : l’histoire de la découverte de la structure de l’ADN racontée par l’un de ses co-découvreurs. Dans une interview au Time en 2003, interrogé sur sa “deuxième plus grande réalisation”, Watson répondit : écrire La Double hélice. Je pense que ce livre durera. Personne d’autre n’aurait pu l’écrire. Et comment ! C’est un autoportrait sans concession de Watson l’américain, le macho, l’ambitieux.

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N° 4 : La Statue intérieure de François Jacob, 1987

Une autre autobiographie de chercheur, magnifiquement écrite, qui va de l’enfance de l’auteur jusqu’à son 10e Noël à l’Institut Pasteur. La première moitié est riche des péripéties de la Seconde Guerre mondiale et aux théâtres de combats dans lesquels est engagé Jacob ; la seconde moitié correspond à ses débuts comme scientifique. On aurait envie d’apprendre de nombreux passages par cœur tellement il décrit à la fois avec exactitude et avec poésie le travail du chercheur, sans oublier de nous faire revivre ses découvertes liées à l’expression des gènes, qui lui vaudront le prix Nobel de physiologie.

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N° 3 : Un Blanc de Mika Biermann, 2013

Une expédition polaire qui tourne mal, une bande de scientifiques givrés, brossés à gros traits ridicules : Zout Würthimberg le géologue, Mikhaïl Arnoldowitsch Wobliètchenkov le sismologue, Jogen Ficiar l’ornithologue, Silva Dal le climatologue, Hanna Khor la cyanobactériologiste et Kora Pristine l’ichtyologue. Arriveront-ils à tirer un feu d’artifice depuis le pôle Sud pour le réveillon du 31 décembre 2000 ? Vous le saurez en lisant ce court roman polyphonique, qui joue avec le genre des “carnets d’expédition retrouvés”.

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N° 2 : L’Affaire Furtif de Sylvain Prudhomme, 2010

Un bateau mystérieux part de Lisbonne. Ses passagers sont inconnus, mais se dévoilent petit à petit… dont Toyo Sôseki, éminent naturaliste de l’Institut de Kyoto. Ce court roman joue avec les types de discours — au récit se mêlent des extraits de carnet de bord ou les débats entre philosophes et théologiens dans un colloque universitaire sur le sens de cette expédition. Une modernisation réussie du roman de pirates et de naufragés, où l’on va de surprise en surprise (si bien que je n’ose trop en dire pour ne pas en gâcher la lecture). Et cette phrase : C’est par paresse que l’homme a choisi de donner des noms aux plantes ; pour s’éviter la fatigue d’une observation chaque fois recommencée.

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N° 1 : Black-Out suivi de All Clear de Connie Willis, 2010

En 2065, les historiens d’Oxford ne se contentent plus d’explorer les archives et autres traces du passé : ils s’y plongent grâce au voyage dans le temps. Partis explorer la Grande-Bretagne de la Seconde Guerre mondiale, trois historiens vont se retrouver coincés à Londres pendant le Blitz et s’interroger sur la nature du continuum espace-temps (c’est un roman de science-fiction) : est-ce qu’ils peuvent intervenir sur les événements ? Quel est l’impact de leurs interventions ? Comment le continuum peut-il se rétablir ? Les deux tomes m’ont tenu en haleine cet été et je ne les ai plus lâchés jusqu’à la fin !

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