La science, la cité

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La fraude scientifique disséquée par la socio

“L’analyse de la fraude jette une lumière considérable sur le fonctionnement réel de la science. Elle éclaire à la fois les motivations du chercheur individuel et les mécanismes par lesquels la communauté scientifique valide et accepte les connaissances nouvelles. (…) ce n’est qu’en reconnaissant que la fraude est un phénomène endémique que l’on pourra comprendre la véritable nature de la science et de ses serviteurs.”
— William Broad et Nicholas Wade, La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique, Le Seuil coll. Points Sciences (1982, trad. fr. 1987)

Les journalistes Broad et Wade avaient bien compris l’intérêt épistémologique et sociologique à étudier la fraude scientifique, ou son négatif, l’intégrité scientifique. Ce programme s’étant développé dans plusieurs directions, les sociologues Michel Dubois et Catherine Guaspare viennent de publier une somme intitulée L’Intégrité scientifique. Sociologie des bonnes pratiques. Dans cet ouvrage, ils se livrent à un quadruple exercice :

  • décrire le paysage institutionnel de l’intégrité et son histoire
  • présenter des cas de méconduite scientifique et leur traitement (le cas de Michael LaCour et deux cas anonymes)
  • cartographier les travaux consacrés à l’intégrité scientifique, autour de quelques objets d’étude principaux (les pratiques discutables, la signature scientifique, les rétractations, l’évaluation post-publication, les causes des méconduites scientifiques)
  • revenir sur quelques résultats obtenus par les auteurs sur différents terrains d’enquête.

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Bref, une somme de 400 pages dans un format quasiment poche, qui a le mérite de brosser un panorama large ! Pour en rendre compte, j’ai traversé l’ouvrage en suivant quelques obsessions personnelles en matière d’intégrité scientifique (souvent chroniquées sur ce blog).

Pourquoi la mission science société du CNRS s’est occupée d’intégrité ?

J’ai toujours trouvé gênant que Jean-Pierre Alix, conseiller “Science-société” auprès de la présidence du CNRS, se soit vu confier la mission fraude scientifique au CNRS (voir ces deux tweets de décembre 2009). Pour moi, c’était une façon d’indiquer que les enjeux d’intégrité proviendraient de l’interface science-société, alors qu’à mon sens ils sont complètement endogènes à la recherche… L’ouvrage rappelle qu’Alix n’a pas chômé : il a participé aux travaux de l‘European Science Foundation sur l’intégrité (p. 25), il a participé à l’organisation de la première World Conference on Research Integrity en 2007 (p. 79), et il a rendu un rapport sur la fraude scientifique au Ministère en 2010 (p. 25), malheureusement resté sans effet (selon un témoin interrogé par les auteurs, p. 65).

Mais pour en revenir à ma question, le chapitre 18 relatant une enquête auprès des scientifiques de l’Inserm montre que 90 % des enquêtés associent le respect de l’intégrité scientifique à la confiance du public : l’intégrité scientifique est perçue comme un moyen de renforcer la légitimité et la crédibilité de la science aux yeux du grand public. C’est la deuxième motivation la plus souvent invoquée, après la volonté de garantir la fiabilité des résultats de recherche. Pour Dubois et Guaspare, les chercheurs sont conscients que la science n’existe pas indépendamment de la société ; elle dépend du soutien et de la reconnaissance du public. L’interdépendance entre intégrité scientifique et relations science-société serait donc justifiée, et pas seulement un prétexte ! D’autant que cette relation apparaît comme particulièrement présente chez les enquêtés les plus jeunes ayant un profil de type postdoctorant, contractuel et de moins de 40 ans, une population qui exprime par ailleurs avec le plus d’intensité le sentiment d’une “crise grave” ou généralisée du lien entre science et société.

Affaire Bihain

J’ai déterré en 2008 l’éditorial de la revue Science & Vie de 1998 consacré à l’affaire Bihain, qui regrettait amèrement que n’existe en France aucune déontologie scientifique. J’ai déploré en 2015 que le traitement de l’affaire aussi bien par l’Inserm que par le Ministère fut lamentable (…) et si bien minoré qu’aujourd’hui cet épisode a été oublié (…) et brille par son absence sur la page Wikipédia dudit Bernard Bihain. Je suis donc satisfait qu’en 2025, cette affaire fasse l’objet d’un encadré historique de deux pages (p. 363, appuyé sur Malscience de Nicolas Chevassus-au-Louis). Mais Dubois et Guaspare seraient bien intentionnés, dans une réédition de leur ouvrage, de corriger l’erreur sur la date du communiqué de l’Inserm paru en juin 2003 (et non en juin 2023 comme indiqué à deux reprises !). (Une autre coquille apparaît p. 178, où CRO est confondu avec RCO.)

Fraude dans la présentation des résultats de la recherche

J’aime l’approche de Daniele Fanelli consistant à redéfinir la fraude scientifique comme omission ou déformation de l’information nécessaire et suffisante pour évaluer la validité et l’importance d’une recherche. Cette manière de voir ramène la lutte contre la fraude scientifique sur le terrain de la communication des résultats, qui m’intéresse particulièrement. Et c’est une façon, selon lui, de rendre la fraude plus difficile en rendant impossible le mensonge par omission. Cette idée est bien présente dans un tableau synthétiques des pratiques discutables (p. 55), où la présentation et l’interprétation des résultats sont associés aux pratiques discutables suivantes :

  • la surinterprétation des résultats, l’exagération de leur nouveauté, de leur importance ou de leur applicabilité
  • l’absence de transparence et d’exhaustivité dans la communication des méthodes, protocoles et conditions expérimentales utilisés
  • l’omission (volontaire ou non) de données qui pourraient contredire une hypothèse
  • la reformulation de l’hypothèse de départ pour qu’elle s’ajuste aux résultats obtenus
  • le fait d’utiliser des travaux antérieurs sans les citer.

Affaire Voinnet

J’ai couvert à deux reprises sur ce blog l’affaire Voinnet, du nom de ce biologiste des plantes du CNRS au succès foudroyant, suspendu après enquête de son employeur suite à des accusations graves émises sur PubPeer concernant plus de 40 de ses articles ! J’étais impatient de lire ce que Dubois et Guaspare avaient à en dire… or ils y consacrent une étude de cas dans le chapitre “La biologie des plantes à l’épreuve de l’évaluation postpublication” (initialement publié dans la revue Zilsel). Cette analyse sociologique met en évidence les nouvelles formes de scepticisme organisé mises en œuvre par la communauté scientifique (p. 284), qui ne sont pas du tout des espaces d’ignorance et de non-droit comme on les caricature parfois.

Mais pour des infos d’insider, on se tournera vers Michèle Leduc, ancienne présidente du Comité d’éthique du CNRS interrogée par les auteurs (p. 73) : on a rencontré beaucoup de difficultés pour faire admettre au président du CNRS de l’époque que son dispositif pour régler les questions d’intégrité scientifique n’était pas suffisant. On lui a d’ailleurs dit bien avant le scandale autour d’Olivier Voinnet, dès 2012, avec un avis intitulé Nécessité d’une mise en place au CNRS de procédures en vue de promouvoir l’intégrité en recherche. (…) Notre avis de 2016 suggérait que le CNRS puisse faire comme l’Inserm. Cela n’a pas plu du tout ! Et pourtant l’affaire Voinnet, c’est tout de même la première fois que le CNRS, grande maison créée il y a plus de quatre-vingts ans, prenait des leçons de morale dans la grande presse. Il y a eu des articles dans Le Monde, dans Science, Nature, etc.

COPE (Committee on Publication Ethics)

Je suis fasciné par COPE, une alliance d’éditeurs qui fixe les bonnes pratiques en matière d’éthique, et dont les membres font tout l’inverse dès lors qu’ils doivent rétracter une publication, investiguer sur un signalement, etc. Ce paradoxe est peu traité dans l’ouvrage — Dubois et Guaspare rappellent seulement les conditions nécessaires fixées par COPE pour procéder à la rétractation d’une publication (p. 186) : un manque de fiabilité avérée des résultats publiés, la découverte d’un plagiat, une absence d’autorisation pour l’utilisation des données, une démarche de recherche contraire à l’éthique, un processus d’évaluation par les pairs compromis, un manque de transparence sur des conflits d’intérêts.

Normes des enquêtes pour manquement à l’intégrité scientifique

Si vous ne connaissez pas le billet de blog “Open letter to CNRS” de Dorothy Bishop, lisez-le : il s’agit d’un échange en mars 2023 entre le référent intégrité scientifique du CNRS et les signataires d’une lettre ouverte relative au traitement des soupçons de fraude portés sur PubPeer contre une chercheuse française. On y découvre l’abîme qui existe entre le traitement par le CNRS de ce type d’affaires et les attentes des signataires : d’un côté le secret, une procédure codifiée, et une prudence toute administrative… et de l’autre la nécessité de réagir vite, même à un simple signalement PubPeer, pour dépolluer la littérature scientifique et sanctionner les coupables. Est-ce que Dubois et Guaspare analysent ce hiatus ?

Ils le font notamment en conclusion d’une étude de cas dans les humanités, qui met en lumière la complexité des dilemmes auxquels font face celles et ceux qui assument la responsabilité d’avoir à décider. Il leur revient de protéger l’intégrité scientifique de leurs organisations tout en évitant de nuire injustement aux personnes mises en cause. Il leur revient de trancher entre une approche de justice punitive, fréquemment identifiée aux signalements en ligne, et une approche de justice réparatrice qui privilégierait la possibilité de corriger les manquements plutôt que d’interrompre la carrière d’un chercheur. Il leur revient enfin de choisir entre agir dans la discrétion pour protéger les personnes ou agir en pleine lumière pour accroître la confiance de la communauté scientifique dans les processus décisionnels de ses institutions (p. 134).

Concernant la confidentialité des enquêtes sur les allégations de fraude, on apprend dans le témoignage de la première déléguée à l’intégrité scientifique de l’Inserm, Martine Bungener, qu’il fut décidée à sa création en 1999 que les signalements ne devaient pas être anonymes : on garantissait une première période d’enquête interne et anonyme, et cela devenait public une fois suffisamment d’informations collectées (p. 69). Procédure confirmée par le décret du 3 décembre 2021 relatif au respect des exigences scientifiques qui prévoit la confidentialité de la procédure de traitement des signalements (p. 74). Origin story intéressante : le directeur général de l’Inserm de l’époque était marqué par sa rencontre avec le directeur des NIH, qui avait été confronté à une histoire compliquée. Cela l’avait beaucoup choqué : un chercheur qui avait été accusé à tort et qui s’était suicidé deux mois avant (p. 68).

Le rapport de 2018 ayant conduit à la création de la Mission à l’intégrité scientifique du CNRS contenait trente-deux recommandations, dont le référent IS ne doit pas pouvoir s’autosaisir, mais doit pouvoir être saisi par quiconque est alerté par des allégations discutées dans la sphère publique (p. 71). Le succès de PubPeer pose un problème aux référents à l’intégrité scientifique : le cadre règlementaire qui s’applique au traitement des signalements de méconduites n’a généralement pas imaginé une situation où les allégations proviendraient d’utilisateurs d’une plateforme en ligne qui seraient à la fois plusieurs, anonymes et sans lien officiel avec les institutions scientifiques (p. 224). De quoi inspirer une réforme en profondeur des procédures ? D’autant qu’une enquête auprès des scientifiques du CNRS montre que pour la très grande majorité des scientifiques interrogés il n’y a pas d’illégitimité de principe de ces innovations (p. 341).

Enfin, un chapitre consacré aux “détectives de la science” comme Dorothy Bishop et ses co-signataires met en évidence que l’objectif des utilisateurs des plateformes d’évaluation postpublication est à la fois d’exposer d’éventuelles anomalies et d’interpeller les auteurs et leurs institutions (p. 299).

Vous l’aurez compris, j’ai trouvé dans cet ouvrage très riche des réponses aux questions que je me pose, et nul doute que vous aussi !

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Du debunking sur le web, et sur les réseaux sociaux en particulier

Vendredi 12 février était invité dans la matinale de France inter Laurent Tillon, présenté comme chargé de mission biodiversité à l’ONF, membre du Conseil National de la Protection et de la Nature et auteur de Etre un Chêne, sous l’écorce de Quercus (Actes Sud). Ce dernier n’est pas un ouvrage de vulgarisation mais appartient au genre du nature writing, présenté par son éditeur comme un texte nourri de science, de poésie et de philosophie.

Dans cet entretien, Laurent Tillon évoque les substances volatiles des feuilles qui aident la plante à se défendre. Ce qu’on appelle aussi parfois les phytoncides aurait un effet sur le système immunitaire des vertébrés : j’emploie le conditionnel et j’ajoute que ces hypothèses sont controversées, comme le montre l’article Wikipédia correspondant mais des résultats ont été publiés par des équipes des universités Chung-Hsing (Taiwan) et de Taiwan montrant qu’elles réduiraient le stress et l’anxiété chez les souris, et par des équipes des universités de Stanford et d’Osaka sur des effets significatifs sur l’activité des lymphocytes NK8 et donc l’immunité innée chez l’Homme. Laurent Tillon évoque d’abord les vertébrés puis explique que quand on va se promener en forêt, on gagne en immunité. Il est possible de douter des extrapolations qui sont faites (passer de résultats in vitro à des conclusions concernant une promenade en forêt) mais d’autres travaux par des universités coréennes montrent que les effets bénéfiques des promenades en forêt sont bien réels (exemple).

Puis il continue en expliquant que les feuilles qui se cicatrisent émettent des ions négatifs, des petits champs électriques, pour solliciter le renouvellement des feuilles, lesquels ont la propriété de réduire le cortisol qui est l’hormone du stress. Ce passage se termine ensuite sur les habitudes de promenades en forêt des japonais (le “shinrin-yoku”) et le fait qu’on peut toujours enlacer un arbre, on ne risque rien.

Face à ce passage radio, plusieurs réactions sont possibles. Se dire qu’effectivement, la balance bénéfice-risque est très favorable et que ce conseil santé semble épris de bon sens. Se dire aussi qu’on découvre des pratiques culturelles japonaises qui excitent notre curiosité. Ou se dire qu’il s’agit là de notions qu’on ignorait et vouloir creuser cette littérature scientifique (comme je l’ai fait ci-dessus). Mais en tweetant ce passage retranché de ses dernières secondes de rigolade en mode ça ne fera de mal à personne, on peut s’y essayer, il n’y a aucun risque, France inter a suscité de très nombres réactions en mode “bullshit alert” de la part de journalistes ou vulgarisateurs à tendance rationaliste (La Tronche en biais, François-Marie Bréon, Emmanuelle Ducros), des chercheurs (en chimie, en physique, en biologie…), des vidéastes comme Cyrus North (spécialiste en vulgarisation de la philosophie), des personnalités défendant une idéologie conservatrice (Gilles Clavreul, Amaury Brelet), des ingénieurs… Cette unanimité (642 réponses, 626 reweets avec commentaire) était très impressionnante et m’a tout de suite frappé, comme elle a marqué un chercheur en physico-chimie affirmant ne pas trop comprendre tous les collègues qui sont tombés sur lui.

En effet, cette réaction massive n’est pas celle que j’aurais attendue, mais plutôt quelque chose comme « tiens, ce qu’il raconte m’étonne beaucoup, dommage qu’il n’apporte pas de preuve mais essayons de se renseigner. Allez les tweetos, que sait-on de la sylvothérapie et de l’effet des ions sur l’immunité ? ».

Sur quoi ont porté les critiques ? C’est très très difficile à dire puisque les tweets n’apportaient souvent aucune contradiction. Laurent Tillon se fait traiter d’illuminé, ses théories sont farfelues, et France inter aurait perdu la boule. Certains admettent qu’en étant absolument pas spécialiste, ce genre discours m’inquiète un peu. Et du côté des vulgarisateurs et scientifiques ? Eh bien c’est la même chose : certains essayent de comprendre ce dont il est question et se demandent si ça aurait un rapport avec un certain procédé de production d’électricité à partir d’arbres mais la plupart sont juste scandalisés et protestent sur cette désinformation à une heure de grande écoute.

À froid, certains modèrent leurs propos et admettent que c’est un poil suspect, qu’il s’est pris les pieds dans le tapis et que le terme champ électrique a pu être une maladresse pour vulgariser le terme ion : renseignons-nous avant de faire des grandes déclarations…. Il me semble que la bonne attitude serait la prudence, éventuellement du scepticisme, mais sur un domaine si spécialisé je doute que tous ceux qui ont réagi l’ont fait en connaissance de cause. Que les scientifiques réagissent comme les autres, en mode je ne comprends peut-être pas tout ce dont il parle mais ça me semble être du bullshit donc c’en est probablement, voilà ce qui me choque. Je ne dis pas qu’il a parfaitement raison ou que quelques publications suffisent à lui donner raison ; mais je dis qu’un travail minimal de vérification était nécessaire avant de dégainer.

JIl me semble que les réactions auxquelles nous avons assisté sont une mauvaise dérive de la vulgarisation scientifique et des conversations sur les réseaux sociaux. Attention, j’essaye d’expliquer mais sans jugement. Je me contente d’observer ce qu’est devenu le travail de vulgarisation et d’explication des sciences qui me mobilisait, mes semblables et moi, quand nous avons commencé à faire d’internet notre terrain d’expression. En effet, voilà plus de dix ans que je défends le droit des blogueurs de science à parler ce dont ils ne sont pas spécialistes, à condition de faire le travail d’enquête et de lecture critique de la littérature scientifique, et à condition d’accepter les critiques et les commentaires. Mon meilleur exemple c’était ce billet du Bacterioblog (un blog spécialisé en bactériologie et évolution) qui démontrait que non, ce n’était pas absurde d’observer une baisse des infarctus du myocarde après un mois d’interdiction de fumer dans les lieux de convivialité. Bien que non spécialiste, ce blogueur avait fait le travail de recherche nécessaire pour contrer un lieu commun. Et aujourd’hui, on observe des non spécialistes qui tweetent sans source et sans justification pour contrer une parole semi-experte (l’auteur s’étant documenté pour écrire son livre et possédant une thèse en écologie forestière). Même si cette question est complexe car pluridisciplinaire (la biophysique des ions, la chimie de l’atmosphère, les neurosciences du cortisol, la biologie des feuilles), est-ce qu’on n’aurait pas dû s’attendre à un ou deux debunking un peu plus documentés ? Ceux qui ont fait cet effort ont montré par exemple que dans les arbres et tout autour d’eux, la densité de charge électriques n’est pas nulle et on a donc des concentrations d’ions dans l’air ou que il existe des travaux scientifiques publiés (essentiellement japonais à ma connaissance) qui vont en ce sens.

Je ne veux pas surinterpréter cet épisode mais il montre, selon moi, que 1/ les discours qui peuvent sonner “new age” ne passent plus et qu’aucun crédit ne leur est accordé par une grande partie de la communauté scientifique et 2/ que cette même partie de la communauté scientifique ne se prive plus de juger en deux secondes ce qui est vrai et ce qui est faux, comme le ferait n’importe qui et 3/ qu’on ne suspend plus assez son jugement face à un exposé. Cette analyse étant aggravée par le fait que a/ ce n’est pas la première fois que France inter donne la parole à des auteurs de livre en promo qui tordent la science pour produire des énoncés (d)étonnants et que b/ au sortir d’une crise Covid qui aura largement agité les radars anti-bullshit des vulgarisateurs scientifiques, ceux-si sont désormais beaucoup plus prompts à dégainer. Certains ont pu laisser entendre qu’une affirmation extraordinaire ne peut pas être assénée sans preuve. Mais, si j’accepte cet argument pour Avi Loeb et ses déclarations sur l’astéroïde Oumoamoa, j’estime ici qu’il n’y a rien de très extraordinaire !

En conclusion, je voudrais qu’on admette collectivement que tout n’était pas faux dans ce qui est raconté par Laurent Tillon, que la nuance est le meilleur allié de la crédibilité scientifique, et qu’il existe des questions scientifiques sur lesquelles les français sont peut-être moins bien informés que des chercheurs asiatiques… Je voudrais aussi réveiller mes camarades vulgarisateurs qui se gaussent de l’ultracrépidarianisme de certains scientifiques abonnés aux plateaux télé : attention, en réagissant vous aussi à chaud sur des sujets dont vous n’êtes pas experts, vous rapprochez dangereusement de ce travers que vous dénoncez…

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La crise COVID-19 vue par des économistes de l'innovation

Qu’est-ce qu’il a manqué comme investissements dans la R&D pour être mieux préparés à la pandémie en cours ? Est-ce que les énormes investissements actuels et la réorientation de certains pans de la recherche vers le COVID-19 est la plus efficace, et quels peuvent être ses effets pervers (notamment les querelles de brevets en cours) ? Que peut-on attendre de l’après-crise en termes de politiques de recherche, et d’adoption de certaines technologies numériques ?

Des économistes de l’innovation, chercheurs ou doctorants du College of Management of Technology de l’EPFL (Suisse), ont publié le 14 avril une étude de 33 pages riches de réflexions théoriques, de pronostics tendanciels, mais aussi d’exemples. Pour faciliter la diffusion de ces résultats, je vous en propose une synthèse en français sous forme de mindmap.

De mon côté, j’ai également publié quelques réflexions et un peu de veille sur l’innovation ouverte pour faire face au COVID-19.

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Top 9 des romans à teneur scientifique lus en 2019

J’ai lu très exactement 22 romans en 2019, deux de plus qu’en 2018 ! De tous ces romans, goût personnel oblige, un nombre non négligeable est à consonance scientifique. Voici une sélection personnelle de ceux dont je recommande la lecture (et, pour mémoire, les listes de 2014, 2015, 2016, 2017 et 2018) :

N° 8 : Galatea 2.2 de Richard Powers, 1995

Mon premier Richard Powers, l’auteur dont les romans abondent de réflexions sur la science et que Bruno Latour et Daniel Dennett adorent, m’est malheureusement tombé des mains. Les ingrédients avaient tout pour me plaire : un écrivain en résidence dans une université, un chercheur qui développe une intelligence artificielle… mais le style très recherché en VO a eu raison de moi.

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N° 7 : Dracula de Bram Stoker, 1897

Ce roman ultra-classique met en scène plusieurs personnages qui luttent contre le comte Dracula. Parmi eux, le Dr Seward et le Pr. Van Helsing ont recours à un mélange entre le savoir traditionnel des chasseurs de vampires, et la méthode médicale basée sur la symptomatologie et le raisonnement déductif.

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N° 6 : Project Unison: Mirador de la Memoria d’Ewa Miendlarzewska, 2018

Ce livre m’a été recommandée par une collègue de l’auteure, laquelle est chercheuse en neurosciences à l’université de Genève. Dans le genre de la neuroscience-fiction, ce premier roman met la barre très haut avec de vrais morceaux de science (comment se fabrique un souvenir, comment donner une personnalité à une IA, quelles hormones influent sur notre comportement…), un catalogue très fourni de trouvailles technologiques (un robot compagnon domestique, une machine pour oublier, le projet Unison du titre qui relie plusieurs consciences et télécharge leurs souvenirs dans le cloud…), et une narration non linéaire. Non traduit en français.

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N° 5 : Pfitz d’Andrew Crumey, 1995

Un Prince cherche l’immortalité en inventant des villes imaginaires, qu’il fait cartographier au millimètre par une administration rigoureuse : Service de la Cartographie, Service Biographique, Service des Belles-lettres… L’occasion de quelques considérations sur le travail du cartographe, l’accomplissement d’un rêve impossible : rendre le monde sur le papier.

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N° 4 : La Tristesse des éléphants de Jodi Picoult, 2014

Serenity, Jenna, et Virgil sont lancés à la recherche d’Alice, une ethologue spécialiste du comportement de deuil des éléphants, et s’est enfuie sans laisser d’adresse. La narration alterne entre leurs différents points de vue et les chapitres vus par Alice sont extrêmement documentés, relatant la vie facinante des éléphants en Afrique et dans une réserve aux États-Unis. On n’a qu’une envie après avoir refermé le livre : passer plus de temps avec ces pachydermes et découvrir ce qu’ils ont à nous dire !

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N° 3 : Botaniste de Marc Jeanson et Charlotte Fauve, 2019

C’est le livre scientifique dont tout le monde a parlé cette année. En tête de gondole : Marc Jeanson, devenu à 32 ans le responsable des collections de l’herbier national au Muséum national d’Histoire Naturelle à Paris (et accessoirement membre de ma promo à l’Agro Paris). Avec l’ingénieure et journaliste Charlotte Fauve, il rend un hommage (richement illustré d’anecdotes d’histoire des sciences) à ses prédécesseurs illustres et défend le métier de botaniste, l’importance de conserver nos herbiers, et d’étudier la flore en même temps que l’Homme modifie son environnement.

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N° 2 : Histoire du lion Personne de Stéphane Audeguy, 2016

Ce court roman de 160 pages suit le périple du lion Personne, abandonné par sa mère dans la savane et récupéré par un jeune garçon sénégalais, jusqu’à la Ménagerie du Jardin des plantes. Histoire vraie ou inventée ? À vrai dire peu importe tant on se laisse porter par une langue riche et érudite, un texte “à hauteur d’animal”, et l’authenticité des savants Buffon ou Bernardin de Saint-Pierre tels qu’ils apparaissent dans le roman.

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N° 1 : Le Météorologue d’Olivier Rolin, 2014

Tombé par hasard sur l’histoire d’Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, Olivier Rolin nous amène sur les pas de ce météorologue sacrifié par le régime stalinien et exécuté sur dénonciation calomnieuse. Avec celui qui représentait l’URSS à la Commission internationale sur les nuages, participait à des congrès pansoviétiques sur la formation des brouillards, avait créé en 1930 le Bureau du tempsle socialisme s’édifiait dans le ciel aussi. Un roman puissant et passionnant.

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Journalisme scientifique, #NoFakeScience et idéologie

Je ne me suis pas exprimé sur la tribune #NoFakeScience, laquelle réclame un meilleur traitement scientifique des faits journalistiques, car j’étais gêné par ce texte dont je devrais pourtant partager les objectifs. Après tout, moi aussi j’ai ouvert ce blog pour corriger des erreurs manifestes des médias (voir par exemple ce billet de 2006) ! Mais au fil du temps, en observant le comportement des signataires voire des auteurs de la tribune, mon malaise s’est accentué et j’ai pu commencer à mettre des mots dessus.

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