La science, la cité

Le blog d'Antoine Blanchard alias Enro

 

mercredi 18 août 2010

Scientifiques et faucheurs d'OGM

À l'heure où l'essai de vignes OGM de l'Inra se fait une nouvelle fois arracher, où l'on ne sait plus à quel saint se vouer et où Marion Guillou (présidente de l'Inra) se dit scandalisée en tant que citoyenne, j'ai déterré un sondage de 2007 qui a fait quelque bruit sur Twitter… Le voici :

43 % des scientifiques du CNRS jugent acceptable la destruction d'essais d'OGM en plein champ (20 % pour qui c'est tout à fait acceptable et 23 % pour qui c'est assez acceptable)

Le sondage avait été présenté lors du colloque CNRS "Sciences et Société en mutation" (février 2007) que j'avais relaté sur ce blog. Il avait été commandé par le CNRS, chose rare, pour comprendre comment ceux qui font la science (chercheurs, ingénieurs) perçoivent eux-mêmes leurs relations avec la société. Il n'avait alors pas échappé à la présidence (Catherine Bréchignac) que les scientifiques ont le même positionnement que le grand public puisque selon l'auteur de l'étude, Daniel Boy, ces chiffres sont très comparables à ceux obtenus sur des échantillons représentatifs de 5.000 personnes non scientifiques. Et on pourrait continuer la liste : à 79% ils trouvent "acceptable" de boycotter des produits contenant des OGM. A 72% de lutter contre l'implantation d'un site de stockage de déchets nucléaires. A 66% de lutter contre l'implantation d'antennes de téléphonie mobile

Le sondage a été effectué selon la méthode de l'échantillonnage stratifié et Daniel Boy explique[1] :

Nous avons pris le CNRS tel qu'on l'avait et on a regardé en fonction des grades et des disciplines. Nous avons fait des cases : grades/disciplines. À l'intérieur de ces cases, un certain nombre de noms de personnes ont été tirés au sort. C'est plus proche du réel que les sondages grand public, parce qu'on est dans un univers d'environ 30 000 personnes. Il y a très peu de chances qu'on se trompe en faisant de l'aléatoire. (…) Donc je n'ai vraiment aucun doute que cela représente bien les ingénieurs et les chercheurs.

Les données sont très précises : les plus vieux (60 ans et plus) sont ceux qui jugent le moins favorablement les fauchages d'OGM, suivis par les moins de 40 ans. Ce sont donc les scientifiques de 40 à 59 ans, et ceux qui ont rejoint le CNRS entre 1980 et 2000, qui sont les plus proches des faucheurs. Pourquoi ? J'attends vos hypothèses en commentaire ! Les ingénieurs sont plus tolérants que les chercheurs, et les chargés de recherche plus que les directeurs de recherche, sans doute parce qu'ils n'y voient pas une remise en cause de leur autorité. Enfin, comme on pourrait s'y attendre, les personnels sont d'autant plus critiques envers les fauchages qu'ils travaillent en sciences de la vie, environnement ou chimie.

Nous voilà donc dans de beaux draps, répond en substance Anne Bertrand sur Twitter. Pas forcément, réponds-je. D'abord, parce qu'on voit que les scientifiques sont attachés globalement aux mêmes valeurs que le grand public et ont les mêmes réflexes. Il n'y a donc pas de grand divorce ! Ensuite, parce que cela montre à quel point les cultures épistémiques, les traditions de recherche et le vécu marquent les chercheurs. Il existe donc une diversité au sein de la communauté, qu'il faut maintenir et encourager. Qu'y aurait-il de plus dépriment qu'une tribu de clones en blouses blanches ! Enfin, cela signifie que certains chercheurs s'opposent à certaines recherches, ou en tous cas respectent que d'autres puissent s'y opposer. Et ça, c'est une bonne nouvelle pour qui ne veut pas voir dans les laboratoires des savants fous suivant aveuglément le sens du progrès !

Notes

[1] Daniel Boy (2008), "Analyse des résultats des enquêtes sur la perception de la société par les chercheurs et réciproquement", Sciences en société au XXIe siècle : autres relations, autres pratiques, CNRS Éditions

mardi 3 août 2010

Les surprises de l'histoire des sciences

J'ai beau savoir que l'histoire des sciences ne se résume pas à un progrès et qu'il faut se lever tôt pour y trouver un sens, je continue à être surpris par ses multiples méandres. Prenez l'histoire de la génétique : on connaît tous l'année 1953 qui marque la découverte de l'ADN par Watson et Crick (avec l'aide de Rosalind Franklin). Ce fut une belle prouesse que de donner une forme (de double hélice) à cette molécule si importante pour la vie, marquant l'apogée d'une quête longue de plusieurs décennies. Cette page retrace bien les étapes que l'on cite en général pour marquer cette chronologie :

  • 1879 - W. Flemming : chromatine vue au microscope + chromosome
  • 1902 - Sutton : observation de chromosomes durant la méiose ; même comportement que les facteurs mendéliens ; postulat : les gènes sont sur les chromosomes
  • 1928 - Griffith : transformation bactérienne ; transgénèse bactérienne
  • 1931 - Morgan : recombinaison, crossing-over
  • 1935 - Avery : rôle ADN facteur transformant
  • 1941 - Beadle, Tatum : Neurospora ; relation gène-enzyme
  • 1944 - Avery : ADN support de l’information génétique
  • 1950 - Chargaff : proportion équivalente AT et CG
  • 1953 - Watson, Crick : modélisation double hélice appariement A=T, C=G

Je connais bien cette histoire – d'ailleurs, mes chats ne s'appellent-ils pas Beadle et Tatum[1] ?!

La surprise, elle, est venue la semaine dernière. En assistant à un séminaire de Soraya de Chadavarian (UCLA), j'ai découvert que pendant que ces messieurs dames cherchaient à comprendre comment est codée l'information génétique, d'autres s'intéressaient à nos chromosomes : combien y en a-t-il, quelles sont leurs anomalies… ? Exactement au même moment ! Ainsi, ce n'est qu'en 1956 qu'on saura avec certitude que l'homme possède 23 paires de chromosomes.[2]

Pour moi, l'étude des chromosomes (qu'on appelle "cytogénétique") venait forcément avant l'étude de l'ADN, à la fois parce qu'ils sont "au-dessus" en terme d'organisation de l'information, mais aussi parce qu'ils semblent plus faciles d'accès car plus gros. Sans doute est-ce une lecture biaisée par la prédominance de la double hélice d'ADN dans notre représentation de la génétique, comme le "graal suprême" !

Ce qui est aussi intéressant dans cette histoire, c'est que le "moteur" du développement de la cytogénétique fut tout autre que celui du de la biologie moléculaire. Qui dit étude des chromosomes (et caryotypage des individus) dit d'abord applications médicales. Michael Court-Brown, qui fut directeur entre 1956 et 1969 de la Medical Research Council Human Genetics Unit à l'hôpital d'Edimbourg, lança par exemple une base de données de carytoypes (Registry of Abnormal Human Karyotypes) et obtint plusieurs résultats importants : première description d’un homme XXY, et du lien avec le syndrome décrit par Klinefelter, première description d’une femme XXX… Mais ces préoccupations médicales avaient une autre origine : l'âge d'or du nucléaire et l'étude des mutations chromosomiques induites par les radiations. C'est ainsi qu'une partie de la génétique a été influencée par la physique nucléaire et les questions de radiation !

Je vous le disais, l'histoire des sciences est pleine de surprises (et de photos de chats) !

Notes

[1] Et hop, une photo de chat. Au mois d'août on a le droit ;-)

[2] Tjio J.H & Levan A. 1956. "The chromosome number of man". Hereditas 42, 1-6

lundi 12 juillet 2010

Manifeste pour une médiation scientifique auto-critique, responsable et émancipatrice

J'y faisais allusion dans mon dernier billet, il vient de sortir : le manifeste Révoluscience pour une médiation scientifique auto-critique, responsable et émancipatrice.

Retour sur la genèse

Révoluscience, c'est un collectif qui s'est saisi de la question de la médiation scientifique à l'occasion du colloque Pari d'avenir en 2008 (souvenez-vous...). L'idée était d'échanger autour des objectifs et des pratiques de la culture scientifique, avec des participants les plus hétérogènes possibles (chercheurs, médiateurs, étudiants, institutionnels). Le programme du colloque est d'ailleurs toujours en ligne... Après coup, voici ce que j'écrivais sur cette réflexion/rencontre inédite :

La chose qui m'a le plus frappé, c'est à quel point les présupposés même du débat ne sont pas forcément partagés. Valoriser la culture scientifique ? Oui, tout le monde est d'accord. Mais renégocier ce que cela signifie ? Pas facile. En particulier, certaines personnes sont ancrées dans des pratiques depuis plusieurs années, ou sont des scientifiques elles-même, et ont donc du mal à envisager les choses sous un angle nouveau. C'était bien là, pourtant, l'enjeu du colloque : produire suffisamment de réflexion pour donner matière à un manifeste à venir "pour une révision des objectifs et des pratiques de la culture scientifique". Avec une difficulté supplémentaire qui est que finalement, la diversité est un facteur crucial. Faut-il vraiment vouloir limiter le partage de la culture scientifique à un ou deux objectifs prioritaires et à un ou deux types de pratiques bien identifiés ? Difficile de répondre... Néanmoins, il était salutaire de se poser ces questions.

Le manifeste...

...sera dévoilé par morceaux, tous les lundis jusqu'au 9 août. Je proposerai probablement ma sélection de "morceaux choisis" une fois la publication complète. En attendant, vous pouvez déjà consulter le chapitre sur les objectifs et pratiques de la médiation scientifique. Viendront ensuite :

  • Rapport aux publics
  • Quelle science ?
  • Nature et progrès
  • Réflexivité et responsabilité

Et maintenant ?

J'espère d'abord que ce manifeste attirera l'attention et sera au moins lu, voire discuté. Une déclinaison du manifeste est d'ailleurs disponible sous Commentpress afin que chaque paragraphe puisse être discuté et amendé collectivement. Il pourra servir à fédérer une communauté, à proposer une boîte à outils pour inciter à penser la science… et pour la communiquer, et enfin renouveler les pratiques. Cette action a surtout été pensée pour contribuer à changer des choses sur le terrain et à dépasser certaines habitudes de médiation issues de la "tradition", et probablement jamais remises en question. On verra si ces objectifs sont remplis ! Accessoirement, il est prévu également un ouvrage aux Éditions du Cavalier Bleu (Idées reçues sur la science), à paraître début 2011, qui a été rédigé de manière concomitante à ce travail de réflexion.

MàJ 14/07 : un atelier sera organisé du 21 au 24 juillet, dans le cadre du festival Paris-Montagne, pour discuter le manifeste. N'hésitez pas à y participer !

mercredi 7 juillet 2010

À quoi sert la vulgarisation ?

J'avais envie de ce billet depuis longtemps, et ce sont deux événements récents qui l'ont mis en branle. D'abord, le billet du blog "Vulgaris" qui se demande s'il faut continuer à vouloir susciter des vocations scientifiques, et la réponse (outrée) de Chloé. Ensuite, c'est le lancement prochain d'un manifeste pour une médiation scientifique auto-critique, responsable et émancipatrice — dont on reparlera très vite.

À quoi sert la vulgarisation, donc. Vous savez déjà que je ne suis pas dupe, et que l'industrie de la vulgarisation scientifique profite surtout à elle-même. Je rejoins également Marine quand elle affirme qu'au final tout ça, n’est souvent qu’une vaste entreprise de légitimation (sincère) de la science et de la recherche par les acteurs de la science et de la recherche. Mais il reste des bonnes raisons de vouloir vulgariser[1], et le pluriel est important puisque ces raisons séparent souvent des associations qui semblent pourtant sorties du même moule de "la science pour tous".

 

Vulgariser pour "participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent"

Ce n'est pas moi qui le dit mais la Déclaration universelle des droits de l'homme, dans son article 27 : Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent. C'est très beau, ça a pu inspirer dans les années d'après-guerre mais j'ignore si des initiatives de vulgarisation continuent à s'en revendiquer. Au-delà de l'idée d'égal accès à un progrès matériel et à ses bienfaits (médecine, informatique…), j'interprète cette injonction de manière large : les scientifiques changent le monde, et ils doivent expliquer (à tout le monde !) comment ils le changent !

 

Vulgariser pour former des futurs scientifiques

Quoiqu'en dise Chloé, l'argument de la désaffection des filières est l'un des plus fréquemment retenus pour justifier les initiatives de vulgarisation scientifique, qu'elles soient formelles (la main à la pâte) ou informelles (festivals de science, productions audiovisuelles, musées et centres de science…). Si l'on touche plus de jeunes, alors on repeuplera les laboratoires, les centres d'ingénierie et les départements de R&D — pour le plus grand bonheur des scientifiques du pays, de leurs associations professionnelles et du PIB. Ca marche… mais pas partout :

la volonté de devenir scientifique ou ingénieur dans les pays plus pauvres peut s'interpréter du fait de leur moindre développement socio-économique. Beaucoup d'entre eux se situent au niveau auquel se trouvait l'Europe après la Seconde guerre mondiale. Il s'agissait alors de reconstruire. Les ingénieurs et les scientifiques étaient des héros. Leur aura poussait les enfants vers les études scientifiques et techniques. Je pense qu'aujourd'hui les pays les moins avancés se trouvent dans une situation comparable.

Il faut admettre que plus un pays est développé, moins ses étudiants souhaitent devenir scientifiques ou ingénieurs. Ces disciplines ne leur apparaissent pas suffisamment importantes et significatives. Elles semblent "hors du coup" et obsolètes. Mais il est intéressant de noter que des domaines mieux cotés – comme la biologie, la médecine et les études de vétérinaire, les sciences de l'environnement – ne souffrent pas du même manque d'étudiants. Pour ces jeunes, travailler sur des défis dans les domaines de la santé ou de l'écologie a plus de sens que de se plonger dans la physique, les maths ou la technologie.

 

Vulgariser pour former des citoyens éclairés et critiques

La place de la science dans notre société fait des connaissances scientifiques le bagage indispensable de tout futur citoyen, à la fois en terme de connaissances et de méthodes ou valeurs. Sauf que cela peut être lu dans les deux sens : en général, les gouvernants estiment qu'un peuple mieux informé prendra de meilleures décisions (c'est-à-dire celles que lui-même défend). Si on explique largement les nanos, alors on aura les citoyens derrière nous. Sauf que ça ne marche pas comme ça… À l'inverse, il peut s'agir d'une vraie volonté d'empowerment des citoyens, et de les former pour les faire participer aux choix scientifiques et techniques. Tout est question de démarche, de processus, et de contenu…

 

Vulgariser pour engager la conversation

Et si finalement la vulgarisation n'était qu'un prétexte à faire des activités, rencontrer du monde, échanger autour de questions et préoccupations communes — et finalement à créer du lien social ? C'est une hypothèse forte, que j'assume de plus en plus. J'ai cru comprendre que ce fut un temps l'ambition du festival Paris-Montagne, mais il se recentre aujourd'hui sur l'idée de faire passer les valeurs positives portées par la science. Cet objectif de "conversation" est important, et sans doute plus universel que les autres, mais il joue beaucoup moins sur les cordes sensibles des financeurs et institutionnels de la recherche… Alors forcément il disparaît des objectifs affichés de la CST, et c'est bien dommage ! :(

Notes

[1] J'utilise ici le terme "vulgarisation", moins glamour que "médiation" ou "communication", parce que c'est surtout ce courant "classique" qui m'intéresse.

mardi 1 juin 2010

Petite mythologie du traitement d'image

Les disciplines scientifiques ont souvent leurs petites histoires, leurs anecdotes qui les rendent banalement humaines tout en leur apportant une dose de mythologie. Les physiciens des particules savent par exemple que le nom "quark" fut tiré de Finnegan's Wake de James Joyce ; les astrophysiciens se souviennent que le terme "big bang" fut inventé par Fred Hoyle d'abord pour s'en moquer, avant d'être définitivement adopté par la communauté ; mais peu d'informaticiens savent d'où provient cette image :

Attendez… quel est le rapport avec l'informatique ? Cette photo de visage féminin est utilisée depuis 1973 pour évaluer le résultat d'un algorithme de traitement d'image, qu'il s'agisse de compression, réduction du bruit… Elle s'y prête bien : la photo regorge de détails capables de mettre à l'épreuve le meilleur des algorithmes et contient aussi bien des aplats que des textures et des ombres. Mais quand Alexander Sawchuk, fatigué d'utiliser les images standard de test qui remontaient au début des années 1960, chercha un portrait sur papier brillant pour dépanner un collègue qui devait soumettre un papier à un colloque, il ne se doutait pas qu'il ferait l'histoire. Et pas de n'importe quelle façon : une personne entra alors au laboratoire avec un numéro récent de Playboy, dont l'encart central mettant en scène la délicieuse Lena Soderberg (agée de 21 ans). La photo était toute trouvée, il ne restait plus qu'à la scanner en coupant aux épaules. La photo dans son entier est on ne peut plus suggestive (attention, nudité).

Cette "Lenna", comme on surnomme la photo aujourd'hui, n'est pas arrivée par hasard dans les ordinateurs des chercheurs : c'est un monde essentiellement masculin qui préfère travailler sur un joli minois que sur une photo quelconque. Mais de là à utiliser la photo d'une pin up (également sous droit d'auteur, ce qui pose d'autres problèmes sur lesquels le magazine Playboy est passé de façon magnanime), on n'est pas très loin du monde des chauffeurs routiers…

Et apparemment ce n'est pas prêt de s'arrêter : les chercheurs se sont plains au fil du temps qu'il leur manquait des informations précises sur la numérisation originale de la photo pour pouvoir travailler efficacement. Jeff Seideman, président à Boston de la section locale de la Society for Imaging Science and Technology, prévoyait apparemment de re-scanner l'image en collaboration avec les archivistes de Playboy et en faire l'image de référence du XXIe siècle pour comparer les techniques de compression !

Notons aussi que l'année suivante, en 1974, un informaticien décidait pour la première fois de faire afficher "hello world" à son programme, ouvrant ainsi une tradition qui se perpétue encore aujourd'hui ! Ces années-là se construisit donc la mythologie qui fonde l'informatique aujourd'hui…

mardi 6 avril 2010

Atelier "Nouveaux rapports des chercheurs aux publics" le 29 avril

Le C@fé des sciences est partenaire du colloque international "Le numérique éditorial et sa gouvernance : entre savoirs et pouvoirs" qui se déroulera à l'Institut national d'histoire de l'art (Paris) du 28 au 30 avril. Nous sommes heureux d'avoir contribué à mettre sur pied ces journées qui devraient être riches de présentations et d'échanges, autour de l'édition numérique, de la démocratie scientifique, des réseaux de savoirs, de la formation en ligne…

Colloque INHA

J'attire en particulier votre attention sur l'atelier "Nouveaux rapports des chercheurs aux publics" que j'animerai le jeudi 29 de 11h à 13h. Je recevrai Ghislaine Chartron (CNAM, INTD), Bastien Guerry (Wikimédia France), Olivier le Deuff (Université Lyon 3 et Prefics), Alexandre Moatti (Conseil scientifique du TGE-Adonis) et Joëlle Zask (Université de Provence) pour tenter de comprendre comment les réseaux sociaux, la publication en ligne, les plateformes de partage et les blogs — bref, le web 2.0 — transforment l'accès du grand public à l'information scientifique, l'organisation de la communauté des chercheurs et son rapport aux tutelles.

vendredi 19 mars 2010

À lire ailleurs : Callon et Latour, nouvelle étude sur les blogs de sciences

Mes frappes bloguesques sont de moins en moins chirurgicales et s'éparpillent de plus en plus autour du présent blog, qui reste malgré tout mon centre de gravité. Ainsi, j'ai publié cette semaine deux billets que je vous invite à lire ailleurs :

  • sur le blog collectif du Pris(m)e de tête, je propose une introduction à la théorie de l'acteur-réseau de Latour et Callon, pour tous ceux qui en ont encore une idée assez floue ou ne voient pas trop quel fut leur apport spécifique par rapport à d'autres sociologues des sciences. J'aime beaucoup le titre de ce billet, et je remercie la blogueuse en chef Marine de l'avoir trouvé : "Un monde de réseaux"

Bonnes lectures !

lundi 15 mars 2010

"Medical Hypotheses" est-elle une revue scientifique ?

Albertine Proust signale sur Twitter que la revue Medical Hypotheses est actuellement sur la sellette : son éditeur Elsevier réclame qu'elle se soumette à la revue par les pairs, après la publication en juillet 2010 d'un article de l'équipe du virologiste Peter Duesberg (UC Berkeley) selon lequel le HIV n'est pas la cause du SIDA et les données épidémiologiques et démographiques démentent l'existence d'une épidémie massive de SIDA en Afrique du sud. Le sujet est sensible, mais prenons un peu de recul.

De cette revue, j'en parlais dans mon plaidoyer pour la diversité en science il y a deux ans. Ce qui ressortait, c'est que l'absence de publication d'une idée qui aurait pu être vraie fait plus de mal que la publication d'une douzaine d'idées qui se révèlent être fausses. Selon le rédacteur en chef de cette revue atypique, les idées bizarres ont tendance à attirer l'attention et peuvent stimuler des réponses de valeur — même quand un article est essentiellement erroné. D'autres revues jouent ce rôle dans d'autres disciplines : Journal of Scientific Exploration, Electronic Journal of Mathematics and Physics, International Journal of Forecasting. Mais faut-il pour autant que la décision de publication repose entre les mains d'un seul homme ?

Répondront non ceux pour qui ce qui n'est pas examiné par les pairs n'a pas de valeur. C'est la raison pour laquelle la revue Chaos, Solitons and Fractals qui semblait noyautée entièrement par son rédacteur en chef fut pointée du doigt à la fin de l'année 2008[1]. Son éditeur, Elsevier, fut là aussi sommé de réagir.

Répondront oui ceux qui y voient la garantie d'un espace d'expression un peu différent, moins soumis aux contraintes de la communauté. Les nombreuses lettres de soutien publiées sur son blog par le rédacteur en chef laissent penser que la revue Medical Hypotheses remplit cette fonction et les exemples ne semblent pas manquer pour dire que telle théorie publiée il y a 10 ou 15 ans, qui paraissait totalement hétérodoxe à l'époque, est aujourd'hui considérée comme "normale".

Une des difficultés de ces affaires c'est qu'elles condamnent sans appel et mettent dans le même sac des pratiques éditoriales douteuses et la publication de théories considérées comme fumeuses. Ainsi, Chaos, Solitons and Fractals fut notamment l'antre de la relativité d'échelle de Laurent Nottale, une théorie dont on ne sait toujours pas trop quoi faire…

À mon avis, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain et il important de maintenir des espaces d'expression à la marge. Les scientifiques ont beau jeu de prétendre que ce qui n'est pas évalué par les pairs n'est pas d'or : les articles d'Albert Einstein ne l'ont jamais été et on connaît trop bien les dérives du peer review (effets de cliques notamment). Cependant, faut-il appeler ceci des revues et les indexer dans Pubmed ? Probablement pas, de la même façon qu'un billet de blog ou un pre-print publié dans arXiv peut être cité sans appartenir formellement à une revue (voire même être récompensé par la médaille Fields). Si notre définition de la revue scientifique est intouchable (rédacteur en chef indépendant, comité de lecture…) alors c'est la nature de l'article scientifique qu'il faut revoir pour pouvoir y inclure ces formes d'expression plus libre.

Notes

[1] Bizarrement, l'article accusateur de Nature n'est plus présent dans les archives de la revue. Ça sent le soufre…